Paroles en héritage

L’humour en élection

Une grande partie des Juifs d’Europe vivaient dans la pauvreté aux XIXème et XXème siècle. Plus encore dans l’Est de l’Europe, où les pogroms constants rendaient la misère d’autant plus redoutable.

On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que, pour ces Juifs, l’égalité apparaisse comme un rêve inaccessible. Ils savaient bien que le peuple juif avait été choisi par Hachem leur Elohim, mais ils n’en ressentaient aucunement les bienfaits.


On retrouvera ce paradoxe poussé à l’extrême chez un conteur tel que Cholem Aleikhem. Ce pseudonyme signifie “ que la paix soit sur vous” ou c’est tout simplement une manière de dire “bonjour”. Son véritable patronyme était « Cholem Naoumovitch Rabinovitch ». Il écrivit de nombreux contes et histoires qui évoquent cette malheureuse situation. On citera “Le tailleur ensorcelé et autres contes”, “un conseil avisé” ou “Tevye le laitier” …

Ses récits mettent en scène des personnages submergés par les soucis de la vie quotidienne. Ils essaient de s’en tirer par diverses astuces, incluant des dialogues constants avec la Transcendance, inspirés de la Torah. Les titres de ses contes sont souvent évocateurs des soucis financiers rencontrés par lui-même et par les siens : “Si j’étais Rothschild”, “le gros lot”, “un jeûne bien léger”…

C’est ainsi qu’il fera dire à Tévye : « Cher Dieu, si la richesse est une malédiction, pourquoi ne me maudis-tu pas un peu ? “.

Ses récits ont inspiré la très célèbre comédie musicale “ Fiddler on the Roof” (un violon sur le toit) de Joseph Stein dans laquelle s’entend cette apostrophe pleine d’humour : “Oui, nous sommes ton peuple élu mais pourquoi n’en n’élirais tu pas un autre de temps en temps ?”.

Une histoire juive rend compte de cette ambiance : Un vieil homme peine sur le chemin, un gros fagot sur l’épaule. Il ne peut plus avancer. Son fagot lui tombe de l’épaule. Désespéré, il appelle l’Ange de la Mort pour qu’il vienne le délivrer une fois pour toute de sa misère.

A peine l’a-t-il appelé que l’Ange de la Mort apparaît : “Que me veux-tu ? lui demande-t-il ? Et le vieil homme de lui répondre : “ Aide-moi donc à remettre ce fagot sur mes épaules s’il te plait”.1

La misère est encore préférable à la mort.


  1. Adapté du livre “Les joies du yiddish” – Encyclopédie de l’humour juif de Léo Rosten – Editions Calmann-Lévy. ↩︎

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