Nous avons identifié quatre marqueurs actuels de l’antisémitisme.
Les Juifs et Israël sont désignés par quatre mots infamants : “génocidaires”, “colonialistes”,
“suprémacistes” et “zélateurs de l’apartheid 1.
Nous essayons de montrer en quoi ces accusations trouvent un certain écho
populaire du fait qu’elles s’appuient sur un fond d’anti-judaïsme millénaire,
toujours présent dans le psychisme collectif moderne. Et cela d’autant plus
qu’aujourd’hui, il existe une pluralité d’origine de cet antijudaïsme dans ses
différentes variantes qu’il soit païen, chrétien, islamique ou athée.
Nous nous efforçons de montrer en quoi ces quatre accusations
n’ont aucun sens si on se réfère à la tradition juive, y compris en Israël aujourd’hui.
Les deux précédents numéros ont traité du “génocide” et du “colonialisme”
Attachons-nous maintenant au “suprémacisme”,
un terme apparu très récemment dans l’histoire des idées et des idéologies.
Commençons par une définition
Nous dirons que le “suprématisme” est une horrible idéologie qui affirme la supériorité d’une catégorie d’êtres humains sur les autres.
Cette croyance n’est pas seulement erronée, elle est indigne. Elle justifie la domination d’êtres soi-disant supérieurs sur des êtres soi-disant inférieurs.
En France, ce mot est un anglicisme d’origine américaine. On le voit apparaître vers la fin du XXème siècle chez quelques initiés. Son utilisation massive ne se développe qu’après l’an 2000 et plus encore après 2010.
Qui parle de “suprématisme” ?
Il faut préciser que le terme “suprématiste” est le plus souvent une étiquette injurieuse collée par des “anti-suprématistes” sur des personnes qu’ils souhaitent ciblées. Très peu de groupes se revendiquent eux-mêmes “suprématistes”, même s’il en existe 2
Quelle différence avec le racisme ?
Le raciste limite ses nuisances aux “races” jugées inférieures. Le “suprématiste” peut très bien être raciste, on l’appellera alors, par exemple, “suprématiste blanc”3 . Mais il peut aussi étendre son “suprématisme” à d’autres domaines comme le genre ou la sexualité : il deviendra alors un “suprématiste mâle”, oppresseur des femmes, ou “suprématiste hétéro”, oppresseur des homosexuels. Il existe aussi le “suprématisme humain“ ardemment combattu par les anti-spécistes. Il peut y avoir autant de “suprématistes” que de catégories à opprimer. Adopter un comportement “suprémaciste” dans un domaine n’exclut en rien un comportement semblable dans un autre. Bien au contraire, cela va souvent ensemble.
C’est alors que va naître dans la foulée et sans crier gare, le “suprématisme juif” !
Cela laisse sans voix ! Comment un peuple persécuté depuis des millénaires, parfois exterminé, peut-il devenir “suprématiste” ? Au XXème siècle les Juifs se sont toujours retrouvés aux côtés des Noirs pour lutter en faveur de leurs droits civiques avec le Pasteur Martin Luther King. Le Pasteur lui-même le reconnaissait volontiers.4 C’est un très grand mystère que je vais essayer d’explorer.
D’où vient le “suprématisme Juif “ ?
La « Jewish supremacy »5 apparaît pour la première fois aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XXème siècle. Son diffuseur n’est autre que David Duke, un ancien dirigeant du Ku Klux Klan. En 2003, ce triste individu publie un livre intitulé “Jewish Supremacism : My Awakening on the Jewish Question” 6. On se dit que tout va bien ; il n’y a rien de nouveau et peut-être ne s’agit-il que d’une nouvelle version actualisée du “Protocole des sages de Sion”7 .
Pourtant, David Duke ne va pas rester seul bien longtemps car son expression d’extrême-droite “suprématisme juif” va faire fortune. Et où se répand-elle ? Pas tellement dans les milieux habituellement sympathisants du Ku Klux Clan déjà naturellement acquis. Elle se répand dans les milieux universitaires et médiatiques, le plus souvent marqués à gauche.
Il existera un “nouvel” historien israélien expatrié, du nom d’Ilan Pappé pour le relayer. Lui, et quelques étonnants confrères, vont accompagner et stimuler ce mouvement en lui donnant une respectabilité. Il a toujours existé des Juifs pour haïr les Juifs8.
Ledit Ilan Pappé décrit la première Alyah 9 en terre d’Israël comme une société cherchant à établir “une société fondée sur la suprématie juive” au sein de “colonies-coopératives”. Il sera chaleureusement soutenu par un collègue jordanien, Joseph Massad, professeur d’études arabes qui écrivit: la « suprématie juive » a toujours été un « principe dominant dans le sionisme religieux et laïc ».
En France ce thème est largement popularisé par Dieudonné et Soral dont on connaît les »sympathies » affichées pour le judaïsme10.
Par précaution et, pour ne pas avoir l’air antisémite et ne pas tomber sous les coups de la loi française, le “suprématisme juif” est souvent associé au seul gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou présenté comme un dictateur fasciste alors qu’il a été élu à la suite de cinq élections en 4 ans, totalement libres et ouvertes à toutes les candidatures.
L’idée que les Juifs se croient supérieurs est très ancienne
Certains diront que cet ostracisme est lié aux passions générées par les conflits actuels du Moyen-Orient. Pourtant, ce conflit n’existait pas dans l’antiquité et Netanyahou n’était pas encore né, ni Smotrich, ni Ben Gvir11 …
A cette époque, les mots“suprématisme” (ou apartheid) ne sont évidemment pas employés par les intellectuels antiques. Mais les Juifs sont clairement accusés de vouloir faire bande à part. Ils ne voudraient pas se mélanger aux autres. Pourquoi ? Le sous-entendu est clair : ils se sentent supérieurs, meilleurs que les autres peuples.
Écoutons plutôt nos grands intellectuels grecs ou romains.
Le plus ancien est l’historien gréco-égyptien Manéthon (IIIème s. avant l’EC). Il dénonce des lois « contraires aux autres peuples ». Un peu plus tard, le géographe grec Strabon (né en 68 avant EC. et mort après 23 EC), cité par Flavius Joseph12 , écrit : « Les Juifs ont introduit une manière de vivre différente, et ne se mêlent pas aux autres hommes. ». Le sénateur, proconsul et néanmoins historien romain, Tacite (Ier et IIème siècle de l’EC) affirme dans Histoires V. 5 : « Ils s’isolent des autres hommes dans leurs repas et leurs relations sexuelles. Bien qu’ils soient très enclins à la luxure entre eux, ils s’abstiennent avec les étrangers. ». Le poète satirique romain Juvénal (Ier et IIème siècle de l’EC) dans Satires XIV, 103-104 : « Ils ne montrent le chemin qu’à ceux qui observent les mêmes rites, et ne conduisent à la source que les circoncis. »
L’historien-rhéteur gréco égyptien d’Alexandrie, Apion13 (1er siècle de l’EC), toujours cité par Flavius Josèphe, se désole : « Ils ne veulent avoir de relations ni de table commune avec les autres peuples. ». On pourrait trouver bien d’autres citations allant dans ce sens.
Il est intéressant de mettre ces dénonciations en parallèle avec la lettre célèbre de l’évêque de Lyon, Agobard à Louis le Pieux 14 . On y trouvera curieusement une préoccupation complètement inversée. C’est l’évêque cette fois, qui interdit aux chrétiens de se mêler aux Juifs : “Nous ne devons donc pas nous unir à eux (aux Juifs) par la participation à leurs mets et à leurs breuvages…15” Cela montre que cette pratique conviviale était courante à cette époque, pour le plus grand déplaisir du malheureux ecclésiastique.
Cela montre clairement combien dans l’histoire, la mise à part des Juifs ne relève pas de leur fait. Ils n’ont en rien décrété les expulsions, ni les ghettos, ni les lois discriminantes ou autre Dhimmitude, ni les “Statuts” des Juifs… Ils les ont au contraire contestés quand c’était possible et subis, lorsqu’il était impossible de faire autrement 16.
Un antijudaïsme qualitativement distinct du racisme
On notera ici qu’avec le soit-disant » antisuprématisme Juif » l’antisémitisme se distingue nettement du racisme. On pourrait même dire qu’il se veut antiraciste. La démonstration est simple et complètement en phase avec l’actualité.
Les racistes pensent qu’il existe des “races inférieures” et d’autres “supérieures” . Les antisémites-antisuprématistes accusent les Juifs de se vouloir “supérieur” et donc d’être eux-mêmes, des racistes. Le tour est joué : les Juifs sont des racistes puisqu’ils se croient supérieurs. On peut être de gauche antiraciste et antisémite.
Certes, les antisémites « classiques » ont voulu rabaisser les Juifs au point d’en faire une “race inférieure”. Mais il ne s’agissait pas d’une “race inférieure” comme les autres. Ils ont été souvent comparés à des porcs 17 . Mais les temps modernes, sans exclure les porcs, ont plutôt retenu une parenté avec les rats ou les poux. Charles Maurras dans son journal “L’Action Française” écrit : “L’effroyable vermine des Juifs d’Orient apporte les poux, la peste, le typhus”18. Les nazis iront plus loin dans la déshumanisation ; ils feront des Juifs eux-mêmes, des rats ou des poux.
Or, ces animaux tant décriés renvoient à l’imaginaire de la peste comme l’a bien compris Maurras. Les Juifs sont bien pires que les soi- disant “races inférieures”. Celles-ci sont au moins capables de travailler sans répandre de maladies infectieuses 19. Elles peuvent facilement être soumises à l’esclavage. Les Juifs non. Ils sont trop dangereux. Leur simple contact peut être mortel. C’est pourquoi ils sont envoyés, non pas en esclavage, mais à l’extermination par des gaz adaptés. Certains négationistes de la Shoah l’ont dit à leur manière : “on n’a gazé que des poux à Auschwitz”. En fait les poux en question étaient bien des Juifs.
La vraie contagion, crainte par les antisémites, serait que les Juifs soient capables de convaincre de leurs bonnes intentions. C’est pourquoi les antisémites les accusent volontiers de vouloir dominer le monde. Pour eux, les Juifs seraient bien le peuple élu, mais un peuple élu pour le mal. Le ”Dieu” des Juifs n’a-t-il pas été un Dieu cruel dans la tradition chrétienne ? Au moins jusqu’en 1962 , quand Vatican II sous la direction du pape Jean XXIII mit un terme à “l’enseignement du mépris”»20 contre les Juifs.
Le peuple hébreu, un peuple “élu” pour quoi faire ?
Évidemment si on se réfère aux textes juifs, on comprendra sans peine que l’élection n’est pas celle à laquelle de mauvaises langues voudraient faire croire.
La première occurrence de ce choix se trouve dans le Livre de Berechit/Genèse 12,2 et 3. Le Tétragramme (Hachem) bénit Avraham qui s’appelle encore Avram. Il l’assure de sa bénédiction afin qu’il devienne un grand peuple21. Et Hachem ajoute aussitôt après : “par toi seront bénies toutes les familles de la terre”22. Avram n’est pas choisi parce qu’il est riche et puissant23. Au contraire, il a quitté le clan de son père installé à Haran, après avoir fui Our Kasdim en Mésopotamie. Il est seul avec sa femme Sarai et quelques soutiens. Mais sa capacité à se tenir à l’écoute d’une parole plus grande que lui suffit. C’était un comportement totalement nouveau à l’époque.
Cette méthode testée avec Avraham, sera reprise par la Transcendance de manière encore plus éclatante dans le Livre de Devarim/Deutéronome 7:724 où il est écrit :
» Ce n’est pas parce que vous êtes les plus nombreux parmi tous les peuples que Hachem s’est attaché à vous et vous a choisis ; car vous êtes le plus petit de tous les peuples…« 25
Le choix du peuple hébreu n’est donc pas dû à sa puissance mais au contraire, à son insignifiance. C’est l’inverse de toute la tradition païenne et c’est pour cela que ce choix reste incompréhensible, encore aujourd’hui. Chez les païens antiques un Dieu puissant allait de pair avec un peuple puissant : si le peuple était petit, ses dieux l’étaient aussi et inversement.
Pour les Hébreux, c’est le contraire : Hachem choisit le peuple le plus petit. Et c’est, paradoxalement, ce qui montre combien il est un Être Universel et Infini. Hachem ne veut pas d’un peuple – Empire à la manière des Perses, des Grecs ou des Romains. Il veut un peuple “Saint”. « Vous serez pour moi un trésor parmi tous les peuples… Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte ” 26 (Chemot / Exode 19:6).
Que veut dire un peuple Saint ? Un peuple effectivement séparé des autres en ce qu’il n’aspire pas, comme tous les autres, à la domination et à l’oppression de ses semblables. Et pour ne pas devenir un Empire, il ne faut pas se contenter d’être petit. Il faut aussi faire preuve d’humilité. Aucun Empereur n’y arrive. Par contre, toutes les grandes figures du judaïsme sont connues pour ce trait de caractère. Avraham/Avraham se disait “poussière et cendre”27. Moshé/Moise a refusé, dans un premier temps, la mission d’aller libérer les Hébreux soumis en Egypte : il s’en croyait incapable 28. Moshé/Moïse et Aaron l’ont constaté lucidement : « Que sommes-nous ? ”29. Leur confiance dans la Transcendance est la marque de cette humilité. Ils ne se prenaient aucunement pour le nombril du monde.
Le choix du peuple Hébreu par la Transcendance n’est pas seulement noté à de multiples reprises dans la Torah. Il a été adoubé par le christianisme, comme par l’Islam, qui ont repris à leur compte toutes les grandes figures du Livre.Cela n’a conféré aucun privilège aux Hébreux, puis aux Juifs. Bien au contraire. Toute l’histoire du peuple juif est là pour en témoigner. C’est bien pourquoi il est tout à fait extraordinaire qu’il soit toujours présent et toujours attaché, sous une forme ou sous une autre, à cette mission qui lui a été confiée par la Torah, il y a maintenant 3338 ans au Mont Sinaï.
Jean-Jacques Rousseau l’avait déjà souligné en son temps dans ses “Fragments politiques” :
» Mais un spectacle étonnant et vraiment unique est de voir un peuple expatrié, n’ayant plus ni lieu ni terre depuis près de deux mille ans […] un peuple épars, dispersé sur la terre, asservi, persécuté, méprisé de toutes les nations, conserver pourtant ses coutumes, ses lois, ses mœurs, son amour patriotique et sa première union sociale, quand tous les liens en paraissent rompus.
Les Juifs nous donnent cet étonnant spectacle… Ils n’ont plus de chefs, et sont toujours peuple ; ils n’ont plus de patrie, et sont toujours citoyens.” (Fragments politiques).
Jean-Jacques Rousseau appelait en conséquence un Etat juif de ses vœux : » Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu’ils n’aient un Etat libre, des écoles, des universités où ils puissent parler et disputer sans risques. Alors, seulement, nous pourrons savoir ce qu’ils ont à dire.”
Et qu’ont-ils à dire en effet ? Ils disent que Hachem a confié à Israël la responsabilité de réparer le monde. C’est cela son “élection”. Une élection qui ne confère ni honneur, ni avantage mais qui engage chacun individuellement et tous collectivement, dans un projet qui concerne toute l’humanité.
613 commandements pour s’élever non pour s’isoler
Ainsi s’explique la grande quantité de commandements que chaque Juif est censé respecter : 613 !!!! Il s’agit d’un rappel permanent de cette Alliance ponctuée par les moments forts que sont les fêtes.
Ces commandements sont très souvent mal interprétés. Ils apparaissent comme un moyen pour les Juifs de se dissocier du commun des mortels. Certes, ils définissent une identité mais chaque culture possède la sienne, respectable à partir du moment où elle respecte les autres.
Pourquoi les Juifs ne font-ils pas comme les autres ? Parce qu’il est impossible de faire comme les autres tout en restant soi-même. Faire comme les autres c’est forcément abandonner sa propre culture. Chaque peuple à sa culture, même si la mondialisation tend à gommer les différences du fait de la marchandisation du monde. Mais justement, cet effacement des cultures semble insupportable aux peuples qui y perdent toute identité et donc tout repère.
Et surtout, pourquoi la culture juive s’effacerait-elle au profit d’une autre alors qu’elle a déjà tant apporté à tous ? Dans la tradition juive, l’application des commandements n’implique aucun mépris des autres. C’est juste ce que le peuple juif considère devoir faire pour lui-même et pour les autres. En quoi cela dérange-t-il ? Cela n’oblige personne. Les commandements ont pour but principal d’élever le peuple juif à la hauteur de l’Alliance contractée au Sinaï. “Les commandements n’ont été donnés que pour raffiner les créatures ” (Midrash Tanhuma -Vème siècle de l’EC et Midrash Rabbah 44,1).
Mais ce faisant, ils ont aussi une dimension universelle exemplaire. Pour le Maharal de Prague (1512 – 1609), ils sont la structure spirituelle du genre humain. Les 248 membres du corps et les 365 jours de l’année solaire font bien un total de 613 ; ils organisent l’homme dans sa complétude : corps, esprit, temps. Leur application par les Juifs constitue une explicitation de la nature de l’homme pour toute l’humanité. (Voir ses livres Tiferet Israël et Gour Arie).
La Torah considère tous les hommes Juifs et non Juifs comme égaux
Le texte le dit:
זֶה סֵפֶר תּוֹלְדֹת אָדָם בְּיוֹם בְּרֹא אֱלֹהִים אָדָם בִּדְמוּת אֱלֹהִים עָשָׂה אֹתוֹ
Ceci est le livre des générations d’Adam. Au jour où Elohim a créé Adam à l’image d’Elohim il l’a fait.
Ce qui est important pour notre propos c’est qu’il met en relation “les générations issues d’Adam” (םדָ ָא דֹת ְוֹלתּ) et l’Adam fait à l’image d’Elohim, masculin et féminin. Cela signifie que toutes les générations issues d’Adam sont à l’image d’Elohim 30.
C’est dans cette ressemblance à Eloqim que s’inscrit l’humanité commune à tous les humains quels qu’ils soient. Pas de suprématisme. Tous ceux qui sont dans la filiation d’Adam sont semblables.
C’est ce qu’affirme Rabbi ben Azzai (Midrash Rabba (24,6) quand il dit que le principe essentiel de la Torah est le Livre des filiations d’Adam” en donnant un seul père à toute l’humanité. C’est ainsi qu’on rend tous les hommes solidaires.
Rabbi Akiva (1er et 2ème siècle de l’EC) reprendra cette idée en la rapprochant du fameux “Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Vayiqra/Lévitique – 19,18). L’origine commune des humains crée les bases objectives de l’amour du prochain au-delà du comportement de chacun. C’est une loi qui trouve son origine en Elohim comme mesure de justice. C’est le contenu pratique de la référence à la Transcendance Une Unique.
Rabbi Tan’huma complètera en disant : si nous dénigrons notre prochain, nous nous dénigrons nous-mêmes puisque nous sommes tous faits à la ressemblance d’Elohim.
Alors en quoi existe-t-il un “suprématisme juif “ ?
Certains pourront dire oui dans la Torah c’est très bien. Mais dans la pratique c’est autre chose. Le sionisme et Israël seraient devenus un concept et un pays où domine le “ suprématisme juif ”.
Mais que dit Rousseau ? Qu’ils aient “un Etat libre, des écoles, des universités où ils puissent parler et disputer sans risques.” (Souligné par l’auteur)
“Sans risque” sont les deux mots à retenir
Imaginez qu’Israël ait été accueilli avec joie par toutes les Nations unies en 1948 comme l’a décidé la résolution 181 de l’ONU le 29 novembre 1947. Dans un tel État entouré d’amis, les beaux principes d’ouverture, de liberté, d’égalité, de fraternité auraient pu s’accomplir sans aucune anicroche.
Malheureusement, depuis la Renaissance de l’Etat d’Israël, ce n’est pas du tout le cas. Ce tout petit pays de 14 000 km2 dont 8 000 de désert en 1948 ne lésait pourtant personne. Sûrement pas les pays arabo-musulmans qui disposaient d’environ 13 millions de km2. On pouvait s’arranger gentiment et discuter de toutes les frontières sans séparer en trois ou quatre Etats les peuples Druzes, ou Kurdes.
Le premier gouvernement Ben Gourion était prêt à faire beaucoup de compromis pourvu qu’il dispose d’un Etat. Les gouvernements israéliens qui l’ont suivi ont tenté d’échanger la paix contre des territoires : les accords d’Oslo ont laissé une partie de la Samarie; puis Elmut Olmert a proposé la création d’un État palestinien dans l’intégralité de la Bande de Gaza et dans 93 % de ladite “Cisjordanie”, avec un corridor routier qui lie les deux territoires. Tous les israéliens se trouvant sur le territoire de ce futur État palestinien seraient évacués. Israël s’est effectivement retiré de Gaza en 2005 sous le Gouvernement d’Ariel Sharon en obligeant les Juifs qui y vivaient à en partir.
Mais rien n’y fit. Bien au contraire.
La présence d’un Etat juif indépendant sur une terre considérée comme musulmane a été vécue comme une provocation. Les concessions territoriales n’ont fait que favoriser la formation et le renforcement des milices armées islamiques. La menace et les agressions contre Israël n’ont fait qu’augmenter avec des moyens technologiques toujours plus puissants alimentés par l’Iran. Des guerres sans fin s’ensuivirent. Le 7 octobre 2023 à clairement montré que la survie des israéliens est en jeu, depuis maintenant 78 ans.
L’Etat d’Israël n’a d’autre choix que de prendre des mesures drastiques pour se protéger. Là est le fond de toutes les mesures contestées, prises par les gouvernements successifs.
Malgré cette pression permanente, Israël reste un pays démocratique, y compris pour ses citoyens druzes ou arabes. Les citoyens arabes d’Israël présentent des listes “ethniques” aux élections et obtiennent des sièges à la Knesset. Toutes les écoles, toutes les professions et toutes les institutions sont ouvertes à tous, y compris la Cour Suprême. Les restrictions, les murs, les routes séparées, les check-points ne sont que les conséquences de la guerre et cesseront quand elle cessera.
Non vraiment, ni les Juifs, ni Israël ne sont en rien “suprématistes”.
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NOTES
- L’accusation d’apartheid n’est que l’application concrète du suprémacisme. Nous en parlerons dans le prochain numéro de notre Revue. ↩︎
- Ce fut le cas pour le Ku Klux Klan ou l’American Nazi Party aux Etats Unis. Il s’agit évidemment de racistes blancs. Mais il existe aussi un suprémacisme noir soutenu par des groupes comme la “Nation of Islam”. Ce qui est très curieux, puisque l’Islam a imposé l’esclavage à l’Afrique noire. ↩︎
- Dans les milieux qui emploient ce langage, on ne trouve jamais de “suprémacistes noirs” ou “arabo-musulmans”, y compris lorsqu’eux-mêmes s’en réclament. ↩︎
- « Comment pourrait-il y avoir antisémitisme chez les Noirs alors que nos amis juifs ont démontré leur attachement au principe de tolérance et de fraternité, non seulement sous forme de donations substantielles, mais aussi de nombreuses autres manières concrètes et souvent au prix de grands sacrifices personnels. Pourrons-nous jamais exprimer notre reconnaissance aux rabbins qui ont choisi de témoigner à Saint Augustine lors de notre récente manifestation contre la ségrégation dans cette triste ville? Dois-je rappeler à quiconque les terribles coups portés au rabbin Arthur Lelyveld de Cleveland lorsqu’il a rejoint les défenseurs des droits civils à Hattiesburg dans le Mississippi? Et qui peut oublier le sacrifice de deux vies juives, Andrew Goodman et Michael Schwerner, dans les marais du Mississippi? Il serait impossible d’énumérer les contributions que le peuple juif a effectué en faveur de la lutte des Noirs pour l’émancipation – elles ont été si importantes. » Martin Luther King, 1965, The Essential Writings ↩︎
- Ou “suprématie juive” de l’anglo-américain. ↩︎
- « Suprémacisme juif : Mon éveil à la question juive » ↩︎
- Ce texte est un faux tsariste qui date de 1903. Il a pour but de faire croire que les Juifs se réunissaient en secret pour gouverner le monde. Il a été largement diffusé par tous les antisémites qu’ils soient nazis, staliniens, mais aussi dans les pays arabo-musulmans où il a eu l’honneur de 9 traductions différentes toujours largement diffusées. ↩︎
- Paul de Tarse l’a montré dès le 1er siècle de l’EC. Il sera suivi par de nombreux convertis qui, au Moyen Âge par exemple, sont les meilleurs pourfendeurs des Juifs dans les disputes organisées par l’Eglise pour les confondre. Un bon exemple est Donin de La Rochelle au XIIIème siècle de l’EC
. ↩︎ - L’Alya— en hébreu : ou , signifie littéralement « ascension » ou « élévation ». Cela désigne l’acte de retourner vivre en Israël pour un Juif exilé parmi les Nations. ↩︎
- Cette formulation est bien entendu ironique. ↩︎
- Betsalel Smotrich et Itamar Ben Gvir sont des ministres du gouvernement du 1er ministre israélien Benjamin Netanyahou actuel. Ils sont souvent appelés “suprémacistes Juifs” ou carrément “fascistes
” dans nombre de publications. Le propos ici n’est pas d’analyser leurs politiques mais d’indiquer comment le mot “suprémaciste” est utilisé. ↩︎ - Flavius Joseph né Yossef ben Matityahou HaCohen (37 – 100 de l’EC) fut un général juif fait prisonnier par les romains en 67. Il devint citoyen romain et a laissé une œuvre considérable où il s’est souvent fait l’avocat des juifs contre leurs persécuteurs. ↩︎
- Apion a écrit une histoire de l’Egypte en cinq volumes dans laquelle il décrit à sa façon la sortie d’Egypte des Juifs : «Lorsque les 110 000 lépreux chassés, voyagèrent pendant six jours, ils ont développé des bubons dans leurs ainés, et ainsi ils se sont reposés le septième jour pour leur récupération. Le nom de cette maladie étant Sabbo en langue égyptienne, ils appelèrent alors ce jour de repos le Shabbat ». Il reprend Manéthon sur ce point. Au moins reconnaît-il qu’il y a bien eu une sortie d’Egypte. ↩︎
- Louis le Pieux (778 – 840 de l’E.C.) fut un des fils de l’Empereur Charlemagne. Il est lui aussi Empereur sur l’Occident de 813 à 833. ↩︎
- “ Lettre à l’Empereur sur l’insolence des Juifs” reproduite sur le site : “L’antiquité grecque ou latine au Moyen-Age”. ↩︎
- Nous y reviendrons à propos de l’apartheid dans le prochain numéro. ↩︎
- La comparaison des Juifs à des porcs a pour but d’humilier les Juifs car leur tradition considère le porc comme un animal impur. Mais aussi parce qu’il symbolise toutes sortes de défauts attribués aux juifs par les antisémites : la luxure, la goinfrerie, l’attachement obsessionnel aux biens matériels. On connait “la truie de Wittenberg” ou de Ratisbonne qui illustre cette “théologie” médiévale. Il n’y a pas si longtemps (janvier 2026), le député LFI Guiraud a traité de “porc” Meyer Habib homme politique franco-israélien et ancien député à l’Assemblée Nationale. On admirera la culture antijuive du député maire de Roubaix. ↩︎
- Charles Maurras, dans Action française du 6 octobre 1920. ↩︎
- On a revu la phraséologie antisémite resurgir dans la période de l’épidémie de covid.
« Il est triste, mais pas surprenant, que la pandémie de Covid-19 ait déclenché une nouvelle éruption de cette idéologie toxique (l’antisémitisme). Nous ne pouvons jamais baisser la garde », a déclaré Antonio Guterres , le chef de l’ONU lors d’une commémoration virtuelle du 76ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau à la synagogue Park East, à New York.
(Site ONU Info). Des fausses nouvelles largement relayées sur la toile accusaient les Juifs de propager le virus. ↩︎ - Voir Jules Isaac (1877 6 1963 de l’EC) : “Jésus et Israel”. ↩︎
- Pentateuque Genèse ch. 12, v. 2, (Le’h Le’ha – לך לך) ↩︎
- Pentateuque Genèse ch. 12, v. 3, (Le’h Le’ha – לך לך) ↩︎
- Voir ce même numéro, et aussi les précédents sur la véridique histoire d’Avraham ↩︎
- Pentateuque Deutéronome ch. 7, v. 7, (Vaet’hanan –ואתחנן) ↩︎
- Pentateuque Deutéronome ch. 7, v. 7, (Vaet’hanan – ואתחנן)
↩︎ - Pentateuque Exode ch. 19, v. 6, (Yitro –יתרו) ↩︎
- Pentateuque Genèse ch. 18, v. 27, (Vayera –וירא) ↩︎
- Pentateuque Exode ch. 6, v. 30, (Va’era –וארא) ↩︎
- Pentateuque Exode ch. 16, v. 7, (Bechala’h –בשלח)
↩︎ - Le mot hébreu דְמ וּת (démout) comprend deux lettres de אָדָם (Adam) qui donne la sang et la couleur rouge (דָם). Le אָ (aleph) de אָדָם correspond au Tétragramme puisqu’il est composé de deux yods et d’un vav soit la valeur numérique 26). Pour faire Adam à son image (דְמוּת) Eloqim a donc associé le Tétragramme (אָ) et le sang (דָם) pour faire l’humain, un être de chair et de sang.
↩︎



