d’Angel Wagenstein
Angel Wagenstein est un scénariste et romancier bulgare né le 17 octobre 1922 à Plovdiv et mort le 29 juin 2023 à Sofia.
Son roman « Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac »a reçu le Prix Jean Monnet de littérature européenne.
Il offre un récit drolatique et grinçant, faussement distancé, de la vie des Juifs d’Europe centrale dans l’entre-deux guerres pris en étau entre le nazisme et le communisme, avec le sionisme et les transformations de l’Europe en arrière-plan.
Contrairement à ce qu’un lecteur non averti pourrait penser, il ne s’agit pas de la Bible hébraïque, mais des 5 livres d’Isaac Blumenfeld qui correspondent aux 5 patries qui ont traversé sa vie au cours du XXème siècle.
Pourtant ce pauvre petit tailleur juif ne fut pas un grand voyageur. Il n’aspirait qu’à recoudre de vieux caftans dans l’atelier de son père pompeusement nommé “La mode parisienne”. Il vivait tranquillement à Kolodetz, ce village peuplé de Juifs (Shtetl) et inconnu de tous. Il se situe près de Lvov, aujourd’hui en Ukraine.
Il y serait resté bien tranquillement en épousant son grand amour Sarah, la sœur du Rabbin Ben David avec laquelle il eut trois beaux enfants.
Mais, si tu ne t’intéresses pas à l’histoire, l’histoire s’intéresse à toi.
Et c’est ainsi que dans l’espace de quelques dizaines d’années, Isaac Blumenfeld, a réussi le tour de force d’avoir été un fidèle sujet et soldat de l’Empire Austro-Hongrois, puis un soldat polonais, et encore un citoyen soviétique, pour devenir un allemand du Reich hitlérien. Il finira sa vie comme un libre citoyen autrichien, non sans être passé par deux camps de concentration allemands et un camp de travail stalinien, non sans avoir appris la mort de sa femme et de ses trois enfants et de la plupart de sa famille et de ses amis.
Isaac Blumenfeld examine avec distance et humour tout ce monstrueux fatras historique qui engloutit l’humain en général, et le Juif en particulier. Comment le peut-il ? Parce qu’avec l’aide de sa conscience et de son ange gardien, le rabbin Ben David, il garde espoir – en dépit de tout – en un avenir sinon radieux, du moins meilleur.
La référence aux cinq Livres de la Torah est explicite. La Création n’a-t-elle pas été conçue d’abord pour le Bien ? C’est ainsi qu’il ne se suicidera pas à la manière de Stefan Zweig.
Un livre drôle, original et émouvant.



