« J’aurais voulu m’enfoncer, m’étouffer dans le centre de la terre ; l’invincible honte l’emporta sur tout… »
Jean-Jacques Rousseau, exprime ainsi sa confusion d’avoir imputé à la servante Marion un vol de ruban dont il était le vrai coupable ( voir “ Les Confessions livre II ).
Se cacher sous terre pour exprimer sa honte est une expression devenue courante. Celle-ci a des origines antiques qu’on retrouve dans diverses cultures, notamment chez les Grecs anciens ou les Romains.
C’est une expression imagée qui renvoie à la pratique d’enterrer les morts. Une personne envahie par la honte voudrait se retrouver à la place des morts, enterrée six pieds sous terre afin qu’on l’oublie. L’idée est d’ailleurs paradoxale puisque les enterrements ont justement pour fonction de permettre aux vivants de se souvenir des morts.
Mais on comprendra mieux ce paradoxe si on se réfère à la Torah, plus précisément à la Sidra Kora’h (Nombres / Bamidbar 16). Kora’h et ses acolytes Datan et Aviram, vont ameuter une troupe de 250 personnes pour se révolter contre Moshe et Aharon et contester la légitimité de leur gouvernement1.
Mais leur révolte va tourner au vinaigre. La terre va les engloutir vivants. Méritaient-ils un châtiment si horrible ? Chacun s’interroge.
Et si cela signifiait plus simplement qu’ils disparaissaient sous terre parce que – prenant conscience de leurs méfaits – ils avaient tout simplement honte de leur comportement. Comment supporter le regard de Moshe et Aharon qu’ils avaient injustement accusés par pure jalousie ? Comment regarder en face leur communauté qu’ils avaient ainsi entraînée dans le malheur ? N’est-ce pas pour cette raison qu’ils ont été ensevelis vivants ? Pour pouvoir purifier leur être et revenir à des sentiments meilleurs ?
La tradition juive (Ari hakadoch2) dit que Kora’h réparera sa faute à la fin des temps. La Tehila 92,13 (Psaume) justifie cette interprétation. Il est écrit : צַדִּיק כַּתָּמָר יִפְרָח (traduction : le juste comme un palmier fleurira). Les dernières lettres de chacun des mots hébreux de ce texte forment le nom de Kora’h ( קרח)3.
Kora’h serait donc bien cet homme devenu juste. Il fleurira sous les palmiers après s’être caché sous terre autant de temps qu’il lui aura fallu pour surmonter sa honte. La Téchouva (le retour sur soi) est toujours possible. Personne n’est jamais définitivement condamné, même et surtout, s’il disparaît vivant sous la terre.


