Au fil du temps

Le 9 av – Ticha BeAv – un jour d’espoir

Le 9 av (Ticha BeAv) est le jour le plus triste du calendrier juif. Un jour de deuil et de jeûne. Selon la tradition juive, il concentre les plus grandes catastrophes qui se sont abattues sur le peuple juif au cours de son histoire.

Qu’on en juge !

  • En ce jour, 10 des 12 explorateurs, envoyés par Moche/Moise découragèrent le peuple Hébreu d’entrer en terre de Canaan et provoquèrent sa rébellion. Cette génération fut condamnée à mourir dans le désert.
  • En ce jour, le Temple fut détruit. Le premier par les Babyloniens menés par Nabuchodonosor en 586 avant l’E.C et le second par les Romains de Titus (70 après l’E.C).
  • En ce jour, Bar Kokhba et les résistants juifs, assiégés dans la forteresse de Betar, tombent sous les coups des Romains de l’Empereur Hadrien (135 de l’EC). Le sol de Jérusalem et du Temple sont labourés. Les noms mêmes de la Judée et de Jérusalem sont effacés.
  • En ce jour furent expulsés les Juifs d’Angleterre (1290).
  • En ce jour, l’Espagne expulsa les Juifs (1492).
  • En ce jour commença la Première Guerre Mondiale (1914), prélude à la Seconde et à la Shoah.

Pas de quoi se réjouir. Et pourtant, durant le 9 Av, un non-évènement attire l’attention :.les Juifs ne récitent pas les Tahanounim1. Cette prière serait pourtant complètement adaptée à la situation. On y lit :

“…Nous ne savons pas quoi faire mais nos yeux sont tournés vers Toi Hachem, souviens-Toi de Ta pitié et de Ta bonté car elles existent depuis toujours. Que Ta bonté soit étendue sur nous comme nous T’attendons. Ne Te souviens pas des fautes passées, que Ta pitié nous devance car nous avons été fortement appauvris.”.

Habituellement, cette prière n’est pas prononcée les jours de réjouissances. Par exemple, elle n’est pas dite durant le Chabbath et les jours de fêtes. Mais pourquoi n’est-elle pas non plus récitée le 9 Av ? Le 9 Av serait-il aussi un jour de fête ?

Une raison donnée par nos Sages provient d’un soulagement. Certes Hachem a laissé détruire Son Temple, il a aussi laissé mourir de nombreux Juifs, mais le peuple est resté vivant (Am ‘hai). Les dégâts matériels peuvent toujours être réparés et il reste encore un espoir de renaissance.

De plus, le Midrash Eikhah Rabba 1:51 ( (“Lamentations Rabbah”) nous apprend qu’un Machiah (Messie) potentiel est né au moment où le Second Temple était la proie des flammes : figure d’espoir et de consolation en pleine désolation ! Certes un Machiah naît à chaque génération et ne se réalise que si la génération le mérite. Cela n’a pas été le cas jusqu’ici. Mais la voie est toujours ouverte. Et c’est un grand symbole que cette naissance se produise en pleine catastrophe.

Aux heures les plus sombres, le peuple juif perçoit toujours une petite lumière qui lui permet d’espérer. On pense à ces hassidim qui dansaient sous les bombes en Pologne lors de l’invasion allemande de la Pologne en 1939. La joie devenait une barrière contre la catastrophe. La dernière phrase de La Famille Moskat du célèbre écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer semble ironiser sur cet espoir quand il écrit : « La mort est le Messie ». Mais l’écrivain, aussi célèbre qu’il était devenu, est décédé en 1991. Le peuple hébreu est toujours vivant. L’espoir (la Tikva2) est consubstantiel au judaïsme.


  1. Prière de supplications, de confessions, et d’espoir dans la miséricorde de la Transcendance. Le mot vient de la racine bilitère חֵן (‘hen) “grâce” ou trilitère חָנַן (‘hanane) “avoir pitié de”. ↩︎
  2. Voir article du rabbin Daniel Knafo dans ce même numéro IV de la Revue “Avraham ! Avraham !” ↩︎
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