{"id":589,"date":"2026-02-21T14:09:26","date_gmt":"2026-02-21T13:09:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=589"},"modified":"2026-03-01T09:39:39","modified_gmt":"2026-03-01T08:39:39","slug":"midrash-des-ruines-et-de-laube-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/02\/21\/midrash-des-ruines-et-de-laube-2\/","title":{"rendered":"Midrash des Ruines et de l\u2019Aube"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-background\" style=\"background:radial-gradient(rgb(255,255,255) 0%,rgb(219,231,238) 100%)\"><blockquote><p>Dans cet article nous souhaitons vous proposer une analyse de la r\u00e9silience juive \u00e0 partir de deux m\u00e9ditations sur un th\u00e8me que tous connaissent dans la culture fran\u00e7aise pour avoir \u00e9tudi\u00e9 les po\u00e8mes de Jean de La Fontaine \u00e0 l\u2019\u00e9cole. <br>La premi\u00e8re se centre sur nos deux animaux c\u00e9l\u00e8bres quand la seconde innove en introduisant la dimension de l\u2019humain.<br>En suivant, nous tenterons de comprendre pourquoi et comment le juda\u00efsme s\u2019est empar\u00e9 de ces deux animaux.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><br><strong>Contrepoint du Corbeau et du Renard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les cendres d\u2019un monde ancien,<br>un corbeau se posa sur la branche bris\u00e9e.<br>Il ne tenait pas de fromage,<br>ni d\u2019\u00e9loge \u00e0 \u00e9couter.<br>Son plumage absorbait la nuit,<br>et ses yeux \u00e9taient les miroirs de tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un renard passa, l\u00e9ger et vigilant.<br>Il ne cherchait pas \u00e0 flatter ni \u00e0 tromper.<br>Il cherchait seulement ce qui pouvait na\u00eetre des ruines.<br>Son pas \u00e9tait le rythme du monde qui continue,<br>malgr\u00e9 la perte et le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le corbeau dit, avec un souffle de vent :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab J\u2019ai vu la m\u00e9moire du monde se noyer dans l\u2019eau,<br>j\u2019ai port\u00e9 les souvenirs de ceux qui n\u2019ont plus de voix. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le renard r\u00e9pondit, ses oreilles tendues vers l\u2019horizon :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Et moi, je trouve les chemins entre les pierres,<br>l\u00e0 o\u00f9 la vie cherche un point pour \u00e9clore. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils se regard\u00e8rent :<br>l\u2019un immobile, l\u2019autre mouvant,<br>comme deux mots diff\u00e9rents d\u2019une m\u00eame phrase inachev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce dialogue silencieux,<br>aucun fromage ne se perdait,<br>aucune flatterie n\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire.<br>Il n\u2019y avait que la m\u00e9moire qui purifie et la ruse qui annonce la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors le corbeau s\u2019\u00e9lan\u00e7a dans l\u2019air encore ti\u00e8de,<br>et le renard disparut parmi les herbes neuves.<br>Et sur les ruines, sans t\u00e9moin,<br>la premi\u00e8re graine s\u2019ouvrit.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>Le Corbeau, le Renard et l\u2019Humain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un homme marchait parmi les pierres bris\u00e9es,<br>les mains vides, le c\u0153ur plein de souvenirs.<br>Le vent faisait trembler les cendres,<br>et dans le silence, il entendait le monde retenir son souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors un corbeau se posa sur une branche morte.<br>Ses yeux, sombres et profonds, semblaient parler :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab J\u2019ai travers\u00e9 la nuit, j\u2019ai port\u00e9 ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu.<br>Tout ce qui s\u2019effondre contient une m\u00e9moire que nul ne peut voler. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un renard apparut, passant entre les ruines,<br>ses pas souples laissant des traces dans la poussi\u00e8re.<br>Il dit, sans h\u00e2te :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Et moi, je chemine l\u00e0 o\u00f9 rien ne semble survivre.<br>L\u00e0 o\u00f9 la pierre est froide, j\u2019ai trouv\u00e9 le souffle qui fait na\u00eetre l\u2019aube. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme s\u2019arr\u00eata.<br>Il observa le corbeau, gardien de ce qui fut,<br>et le renard, messager de ce qui peut devenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le corbeau s\u2019inclina l\u00e9g\u00e8rement vers lui :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab N\u2019oublie pas la nuit. Tout ce que tu crois avoir perdu, je le tiens pour toi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le renard, approchant, posa ses yeux sur ses mains vides :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab N\u2019oublie pas l\u2019esp\u00e9rance. M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 tout est ruine, la vie cherche un passage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors l\u2019homme sourit.<br>Non parce que la peur avait disparu,<br>mais parce qu\u2019il comprit que m\u00e9moire et renaissance pouvaient coexister.<br>Que l\u2019ombre et la ruse, ensemble, formaient le rythme du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le corbeau s\u2019envola dans le ciel encore lourd,<br>le renard disparut entre les herbes nouvelles,<br>et l\u2019homme marcha, l\u00e9ger, portant en lui<br>les deux secrets : le souvenir qui purifie et la ruse qui fait na\u00eetre la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et quelque part dans la poussi\u00e8re, la premi\u00e8re graine s\u2019ouvrit,<br>comme si le monde, lui aussi, \u00e9coutait la le\u00e7on du corbeau et du renard.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n<p><strong>Le corbeau (\u05e2\u05b9\u05e8\u05b5\u05d1, <em>\u2019orev<\/em>)<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>No\u00e9 et le d\u00e9luge : Le premier corbeau appara\u00eet dans Berechit<em> \/ Gen\u00e8se 8:7<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00ab\u00a0Il envoya le corbeau, qui sortit, allant et revenant jusqu\u2019\u00e0 ce que les eaux se soient retir\u00e9es de dessus la terre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le corbeau ne revient pas dans l\u2019arche, contrairement \u00e0 la colombe. Les commentateurs (Rachi, Midrash Rabbah) voient en lui :<\/p>\n<ul>\n<li>\n<ul>\n<li>Un symbole de l\u2019instinct animal et de la m\u00e9fiance.<\/li>\n<li>Il repr\u00e9sente aussi l\u2019\u00e9go\u00efsme ou la noirceur spirituelle (il ne se soucie pas des autres, seulement de sa survie).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Dans le Talmud et le Midrash, le corbeau est souvent cit\u00e9 comme animal impur (Lev. 11:15).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cependant, dans le <em>Midrash<\/em> (<em>Erouvin 22a<\/em>), il est aussi symbole de la Providence divine : Hachem nourrit m\u00eame les petits du corbeau, bien que leurs parents les d\u00e9laissent, ce qui exprime qu\u2019il est pourvu \u00e0 toutes les cr\u00e9atures, m\u00eame les plus \u00ab rejet\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>Le corbeau symbolise donc :<\/p>\n<ul>\n<li>\n<ul>\n<li>L\u2019ombre, la solitude, le rejet, mais aussi<\/li>\n<li>La fid\u00e9lit\u00e9 de haShem envers les oubli\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>En ce sens, il \u00e9voque \u00e0 la fois le jugement et la mis\u00e9ricorde cach\u00e9e.<\/p>\n<p>Effectivement, dans le juda\u00efsme, le corbeau (\u05e2\u05b9\u05e8\u05b5\u05d1), bien qu\u2019animal <em>tame<\/em> (\u05d8\u05de\u05d0, impur), poss\u00e8de une dimension paradoxalement purificatrice ou r\u00e9paratrice, lorsqu\u2019on comprend la logique spirituelle sous-jacente.<\/p>\n<p>Dans la pens\u00e9e juive \u2014 surtout dans la Kabbale et la \u2018Hassidout \u2014 il n\u2019y a pas de mal absolu :<\/p>\n<p>\u05db\u05dc \u05d3\u05d1\u05e8 \u05d9\u05e9 \u05d1\u05d5 \u05e0\u05d9\u05e6\u05d5\u05e5 \u05e7\u05d3\u05d5\u05e9\u05d4 <em>\u00ab Tout contient une \u00e9tincelle de saintet\u00e9. \u00bb<\/em> (Ari Zal, <em>Etz \u2018Ha\u00efm<\/em>)<\/p>\n<p>Ainsi, m\u00eame un animal tame (impur) contient une force spirituelle qui, bien que voil\u00e9e, peut servir \u00e0 la purification lorsqu\u2019elle est correctement \u00ab \u00e9lev\u00e9e \u00bb (<em>mit\u2019aleret<\/em>). C\u2019est ce qu\u2019on appelle le tikoun (r\u00e9paration) du mal.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<ul>\n<li>Nous avons vu que dans Berechit 8:7, Noah envoie le corbeau avant la colombe. Les Sages (Zohar, <em>Berechit<\/em> 58a) expliquent que c\u2019est parce qu\u2019il est li\u00e9 \u00e0 la rigueur (Guevoura) ou aux forces du jugement (<em>midat haDin<\/em>).<\/li>\n<li>En allant \u00ab et revenant \u00bb, il pr\u00e9pare le monde pour la sortie de la colombe &#8211; symbole de puret\u00e9 et de mis\u00e9ricorde\u00a0; il ouvre le chemin \u00e0 la purification du monde apr\u00e8s le D\u00e9luge.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il agit comme instrument de transition entre destruction et r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans le Tanakh (I Rois 17:4-6), nous trouvons un passage fascinant : \u00ab\u00a0Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande matin et soir.\u00a0\u00bb. Les corbeaux (animaux impurs) nourrissent le proph\u00e8te \u00c9lie, l\u2019un des plus saints hommes.<\/p>\n<p>Le Midrash s\u2019\u00e9tonne : pourquoi des corbeaux ? R\u00e9ponse (Zohar, <em>Vay\u00e9ra<\/em> 119b) :<\/p>\n<p>Pour montrer que m\u00eame le <em>tame<\/em> peut \u00eatre au service du <em>tahor<\/em>. Le corbeau, messager de la rigueur, devient agent de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Le Zohar (III, 46b) associant le corbeau \u00e0 la Sefira de Guevoura (la Rigueur, le Jugement), nous rappelle que dans la structure s\u00e9firotique, Guevoura est n\u00e9cessaire \u00e0 la puret\u00e9 ( sans jugement, pas de s\u00e9paration entre pur et impur), permet donc au corbeau, en \u201cnommant\u201d ou \u201cportant\u201d l\u2019impuret\u00e9, de faire la distinction qui rend la purification possible.<\/p>\n<p>Le <em>tame<\/em> devient ici le miroir du tahor : sans obscurit\u00e9, pas de clart\u00e9.<\/p>\n<p>Le corbeau, symbole de la force brute et sombre, n\u2019est pas impur en soi, il est porteur d\u2019une <em>lumi\u00e8re dissimul\u00e9e dans la rigueur<\/em>. Le <em>tame<\/em> devient source de purification lorsqu\u2019il r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de la Providence m\u00eame dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le renard (\u05e9\u05c1\u05d5\u05bc\u05e2\u05b8\u05dc, <em>shou\u2019al<\/em>)<\/strong><\/p>\n<p>Le renard appara\u00eet souvent dans la Bible et les Proph\u00e8tes, notamment dans Shir HaShirim \/ Cantique des cantiques (2:15) : \u00ab\u00a0Attrapez-nous les renards, les petits renards qui ravagent les vignes.\u00a0\u00bb <br \/>Le <em>Midrash Rabba<\/em> sur <em>2:15<\/em> dit : \u201cLes petits renards, ce sont les nations qui d\u00e9vastent la vigne d\u2019Isra\u00ebl.\u201d Ici, les renards symbolisent les forces subtiles du mal, les petites fautes qui ab\u00eement la relation spirituelle (la vigne = Isra\u00ebl ou la foi). Donc pr\u00e9sage d\u2019\u00e9preuves collectives, mais aussi appel \u00e0 la vigilance et au retour.<\/p>\n<p>Dans N\u00e9h\u00e9mie 4:3, un adversaire dit : \u00ab\u00a0M\u00eame un renard s\u2019\u00e9lancerait dessus, et il briserait leur mur de pierre.\u00a0\u00bb Le renard est ici une image d\u2019ironie ou de faiblesse apparente.<\/p>\n<p>Dans la tradition midrashique et mystique, il devient aussi une figure proph\u00e9tique : il annonce le passage d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre \u2014 souvent de la d\u00e9solation \u00e0 la r\u00e9demption.<\/p>\n<p>Dans <em>Lamentations 5:18<\/em>, apr\u00e8s la destruction du Temple : \u00ab\u00a0\u00c0 cause de cela, le mont Sion est d\u00e9sol\u00e9, et les renards y circulent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le renard est ici un signe tangible du d\u00e9sastre : l\u00e0 o\u00f9 il y a vie et saintet\u00e9 (le Temple), plus rien, seulement la ruse et l\u2019instinct. Le shou\u2018al devient le symbole du profanateur, du monde retourn\u00e9 au chaos naturel. Le renard appara\u00eet donc comme pr\u00e9sage de jugement divin\u00a0: un marqueur de la pr\u00e9sence du Din (rigueur) apr\u00e8s le retrait de la <em>Shekhina<\/em> (Pr\u00e9sence divine).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais il est aussi per\u00e7u comme pr\u00e9sage de r\u00e9demption<\/p>\n<p>Le Talmud (<em>Makot 24b<\/em>) raconte une histoire c\u00e9l\u00e8bre : lorsque Rabbi Akiva et ses coll\u00e8gues virent un renard sortir du Saint des Saints apr\u00e8s la destruction du Temple, les autres sages pleur\u00e8rent.<\/p>\n<p>Rabbi Akiva rit et dit : \u00ab\u00a0De m\u00eame que la proph\u00e9tie de destruction s\u2019est accomplie, ainsi se r\u00e9alisera celle de la r\u00e9demption.\u00a0\u00bb\u00a0: le renard devient symbole d\u2019espoir, de renaissance apr\u00e8s la ruine<\/p>\n<p>Rabbi Akiva lit dans le renard un signe cod\u00e9 : Apparence de destruction \u2192 R\u00e9alit\u00e9 de pr\u00e9paration et Ruine du visible \u2192 Germination de l\u2019invisible.<\/p>\n<p>Le renard repr\u00e9sente la r\u00e9silience du peuple juif et pr\u00e9sage de la d\u00e9livrance future. Sa ruse annonce que le projet est toujours en mouvement, m\u00eame dans les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Dans la symbolique kabbalistique, le renard appartient au domaine de Yesod (le lien, la ruse, le passage). Il circule entre les mondes : il traverse les ruines, c\u2019est-\u00e0-dire les zones de <em>brisure des vases<\/em> (<em>shevirat hakelim<\/em>). Il annonce la r\u00e9paration (<em>tikoun<\/em>) qui viendra.<\/p>\n<p>Le renard est un <em>mazmin<\/em> (\u05de\u05b7\u05d6\u05b0\u05de\u05b4\u05d9\u05df) \u2014 un \u201cpr\u00e9parateur\u201d de la voie vers la lumi\u00e8re cach\u00e9e en traversant les zones d\u2019ombre. Son apparition est donc pr\u00e9sage d\u2019un changement spirituel majeur. Dans la lecture plus mystique, les renards qui \u201cravagent la vigne\u201d repr\u00e9sentent les forces de dissimulation (klipot) qui poussent Isra\u00ebl \u00e0 purifier sa foi. Leur pr\u00e9sence annonce la n\u00e9cessit\u00e9 et la proximit\u00e9 de la r\u00e9paration.<\/p>\n<p>Le renard symbolise\u00a0la ruse, la d\u00e9brouillardise, la survie (dans un monde en ruine) mais aussi la transformation du mal en bien, la lumi\u00e8re cach\u00e9e dans la d\u00e9solation.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet article nous souhaitons vous proposer une analyse de la r\u00e9silience juive \u00e0 partir de deux m\u00e9ditations sur un th\u00e8me que tous connaissent dans la culture fran\u00e7aise pour avoir \u00e9tudi\u00e9 les po\u00e8mes de Jean de La Fontaine \u00e0 l\u2019\u00e9cole. La premi\u00e8re se centre sur nos deux animaux c\u00e9l\u00e8bres quand la seconde innove en introduisant la dimension de l\u2019humain.En suivant, nous tenterons de comprendre pourquoi et comment le juda\u00efsme s\u2019est empar\u00e9 de ces deux animaux. Contrepoint du Corbeau et du Renard Sur les cendres d\u2019un monde ancien,un corbeau se posa sur la branche bris\u00e9e.Il ne tenait pas de fromage,ni d\u2019\u00e9loge \u00e0 \u00e9couter.Son plumage absorbait la nuit,et ses yeux \u00e9taient les miroirs de tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. Un renard passa, l\u00e9ger et vigilant.Il ne cherchait pas \u00e0 flatter ni \u00e0 tromper.Il cherchait seulement ce qui pouvait na\u00eetre des ruines.Son pas \u00e9tait le rythme du monde qui continue,malgr\u00e9 la perte et le silence. Le corbeau dit, avec un souffle de vent : \u00ab J\u2019ai vu la m\u00e9moire du monde se noyer dans l\u2019eau,j\u2019ai port\u00e9 les souvenirs de ceux qui n\u2019ont plus de voix. \u00bb Le renard r\u00e9pondit, ses oreilles tendues vers l\u2019horizon : \u00ab Et moi, je trouve les chemins entre les pierres,l\u00e0 o\u00f9 la vie cherche un point pour \u00e9clore. \u00bb Ils se regard\u00e8rent :l\u2019un immobile, l\u2019autre mouvant,comme deux mots diff\u00e9rents d\u2019une m\u00eame phrase inachev\u00e9e. Dans ce dialogue silencieux,aucun fromage ne se perdait,aucune flatterie n\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire.Il n\u2019y avait que la m\u00e9moire qui purifie et la ruse qui annonce la lumi\u00e8re. Alors le corbeau s\u2019\u00e9lan\u00e7a dans l\u2019air encore ti\u00e8de,et le renard disparut parmi les herbes neuves.Et sur les ruines, sans t\u00e9moin,la premi\u00e8re graine s\u2019ouvrit. Le Corbeau, le Renard et l\u2019Humain Un homme marchait parmi les pierres bris\u00e9es,les mains vides, le c\u0153ur plein de souvenirs.Le vent faisait trembler les cendres,et dans le silence, il entendait le monde retenir son souffle. Alors un corbeau se posa sur une branche morte.Ses yeux, sombres et profonds, semblaient parler : \u00ab J\u2019ai travers\u00e9 la nuit, j\u2019ai port\u00e9 ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu.Tout ce qui s\u2019effondre contient une m\u00e9moire que nul ne peut voler. \u00bb Un renard apparut, passant entre les ruines,ses pas souples laissant des traces dans la poussi\u00e8re.Il dit, sans h\u00e2te : \u00ab Et moi, je chemine l\u00e0 o\u00f9 rien ne semble survivre.L\u00e0 o\u00f9 la pierre est froide, j\u2019ai trouv\u00e9 le souffle qui fait na\u00eetre l\u2019aube. \u00bb L\u2019homme s\u2019arr\u00eata.Il observa le corbeau, gardien de ce qui fut,et le renard, messager de ce qui peut devenir. Le corbeau s\u2019inclina l\u00e9g\u00e8rement vers lui : \u00ab N\u2019oublie pas la nuit. Tout ce que tu crois avoir perdu, je le tiens pour toi. \u00bb Le renard, approchant, posa ses yeux sur ses mains vides : \u00ab N\u2019oublie pas l\u2019esp\u00e9rance. M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 tout est ruine, la vie cherche un passage. \u00bb Alors l\u2019homme sourit.Non parce que la peur avait disparu,mais parce qu\u2019il comprit que m\u00e9moire et renaissance pouvaient coexister.Que l\u2019ombre et la ruse, ensemble, formaient le rythme du monde. Le corbeau s\u2019envola dans le ciel encore lourd,le renard disparut entre les herbes nouvelles,et l\u2019homme marcha, l\u00e9ger, portant en luiles deux secrets : le souvenir qui purifie et la ruse qui fait na\u00eetre la lumi\u00e8re. Et quelque part dans la poussi\u00e8re, la premi\u00e8re graine s\u2019ouvrit,comme si le monde, lui aussi, \u00e9coutait la le\u00e7on du corbeau et du renard. Le corbeau (\u05e2\u05b9\u05e8\u05b5\u05d1, \u2019orev) No\u00e9 et le d\u00e9luge : Le premier corbeau appara\u00eet dans Berechit \/ Gen\u00e8se 8:7. \u00ab\u00a0Il envoya le corbeau, qui sortit, allant et revenant jusqu\u2019\u00e0 ce que les eaux se soient retir\u00e9es de dessus la terre.\u00a0\u00bb Le corbeau ne revient pas dans l\u2019arche, contrairement \u00e0 la colombe. Les commentateurs (Rachi, Midrash Rabbah) voient en lui : Un symbole de l\u2019instinct animal et de la m\u00e9fiance. Il repr\u00e9sente aussi l\u2019\u00e9go\u00efsme ou la noirceur spirituelle (il ne se soucie pas des autres, seulement de sa survie). Dans le Talmud et le Midrash, le corbeau est souvent cit\u00e9 comme animal impur (Lev. 11:15). Cependant, dans le Midrash (Erouvin 22a), il est aussi symbole de la Providence divine : Hachem nourrit m\u00eame les petits du corbeau, bien que leurs parents les d\u00e9laissent, ce qui exprime qu\u2019il est pourvu \u00e0 toutes les cr\u00e9atures, m\u00eame les plus \u00ab rejet\u00e9es \u00bb. Le corbeau symbolise donc : L\u2019ombre, la solitude, le rejet, mais aussi La fid\u00e9lit\u00e9 de haShem envers les oubli\u00e9s. En ce sens, il \u00e9voque \u00e0 la fois le jugement et la mis\u00e9ricorde cach\u00e9e. Effectivement, dans le juda\u00efsme, le corbeau (\u05e2\u05b9\u05e8\u05b5\u05d1), bien qu\u2019animal tame (\u05d8\u05de\u05d0, impur), poss\u00e8de une dimension paradoxalement purificatrice ou r\u00e9paratrice, lorsqu\u2019on comprend la logique spirituelle sous-jacente. Dans la pens\u00e9e juive \u2014 surtout dans la Kabbale et la \u2018Hassidout \u2014 il n\u2019y a pas de mal absolu : \u05db\u05dc \u05d3\u05d1\u05e8 \u05d9\u05e9 \u05d1\u05d5 \u05e0\u05d9\u05e6\u05d5\u05e5 \u05e7\u05d3\u05d5\u05e9\u05d4 \u00ab Tout contient une \u00e9tincelle de saintet\u00e9. \u00bb (Ari Zal, Etz \u2018Ha\u00efm) Ainsi, m\u00eame un animal tame (impur) contient une force spirituelle qui, bien que voil\u00e9e, peut servir \u00e0 la purification lorsqu\u2019elle est correctement \u00ab \u00e9lev\u00e9e \u00bb (mit\u2019aleret). C\u2019est ce qu\u2019on appelle le tikoun (r\u00e9paration) du mal. Nous avons vu que dans Berechit 8:7, Noah envoie le corbeau avant la colombe. Les Sages (Zohar, Berechit 58a) expliquent que c\u2019est parce qu\u2019il est li\u00e9 \u00e0 la rigueur (Guevoura) ou aux forces du jugement (midat haDin). En allant \u00ab et revenant \u00bb, il pr\u00e9pare le monde pour la sortie de la colombe &#8211; symbole de puret\u00e9 et de mis\u00e9ricorde\u00a0; il ouvre le chemin \u00e0 la purification du monde apr\u00e8s le D\u00e9luge. Il agit comme instrument de transition entre destruction et r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Dans le Tanakh (I Rois 17:4-6), nous trouvons un passage fascinant : \u00ab\u00a0Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande matin et soir.\u00a0\u00bb. Les corbeaux (animaux impurs) nourrissent le proph\u00e8te \u00c9lie, l\u2019un des plus saints hommes. Le Midrash s\u2019\u00e9tonne : pourquoi des corbeaux ? R\u00e9ponse (Zohar, Vay\u00e9ra 119b) : Pour montrer que m\u00eame le tame peut \u00eatre au service du tahor. Le corbeau, messager de la rigueur, devient agent de mis\u00e9ricorde. Le Zohar (III, 46b) associant le corbeau \u00e0 la Sefira de Guevoura (la Rigueur, le Jugement), nous rappelle que dans la structure s\u00e9firotique, Guevoura est n\u00e9cessaire \u00e0 la puret\u00e9 ( sans jugement, pas de s\u00e9paration entre pur et impur), permet donc au corbeau, en \u201cnommant\u201d ou \u201cportant\u201d l\u2019impuret\u00e9, de faire la distinction qui rend la purification possible. Le tame devient ici le miroir du tahor : sans obscurit\u00e9, pas de clart\u00e9. Le corbeau, symbole de la force brute et sombre, n\u2019est pas impur en soi, il est porteur d\u2019une lumi\u00e8re dissimul\u00e9e dans la rigueur. Le tame devient source de purification lorsqu\u2019il r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence de la Providence m\u00eame dans l\u2019obscurit\u00e9. Le renard (\u05e9\u05c1\u05d5\u05bc\u05e2\u05b8\u05dc, shou\u2019al) Le renard appara\u00eet souvent dans la Bible et les Proph\u00e8tes, notamment dans Shir HaShirim \/ Cantique des cantiques (2:15) : \u00ab\u00a0Attrapez-nous les renards, les petits renards qui ravagent les vignes.\u00a0\u00bb Le Midrash Rabba sur 2:15 dit : \u201cLes petits renards, ce sont les nations qui d\u00e9vastent la vigne d\u2019Isra\u00ebl.\u201d Ici, les renards symbolisent les forces subtiles du mal, les petites fautes qui ab\u00eement la relation spirituelle (la vigne = Isra\u00ebl ou la foi). Donc pr\u00e9sage d\u2019\u00e9preuves collectives, mais aussi appel \u00e0 la vigilance et au retour. Dans N\u00e9h\u00e9mie 4:3, un adversaire dit : \u00ab\u00a0M\u00eame un renard s\u2019\u00e9lancerait dessus, et il briserait leur mur de pierre.\u00a0\u00bb Le renard est ici une image d\u2019ironie ou de faiblesse apparente. Dans la tradition midrashique et mystique, il devient aussi une figure proph\u00e9tique : il annonce le passage d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre \u2014 souvent de la d\u00e9solation \u00e0 la r\u00e9demption. Dans Lamentations 5:18, apr\u00e8s la destruction du Temple : \u00ab\u00a0\u00c0 cause de cela, le mont Sion est d\u00e9sol\u00e9, et les renards y circulent.\u00a0\u00bb Le renard est ici un signe tangible du d\u00e9sastre : l\u00e0 o\u00f9 il y a vie et saintet\u00e9 (le Temple), plus rien, seulement la ruse et l\u2019instinct. Le shou\u2018al devient le symbole du profanateur, du monde retourn\u00e9 au chaos naturel. Le renard appara\u00eet donc comme pr\u00e9sage de jugement divin\u00a0: un marqueur de la pr\u00e9sence du Din (rigueur) apr\u00e8s le retrait de la Shekhina (Pr\u00e9sence divine). Mais il est aussi per\u00e7u comme pr\u00e9sage de r\u00e9demption Le Talmud (Makot 24b) raconte une histoire c\u00e9l\u00e8bre : lorsque Rabbi Akiva et ses coll\u00e8gues virent un renard sortir du Saint des Saints apr\u00e8s la destruction du Temple, les autres sages pleur\u00e8rent. Rabbi Akiva rit et dit : \u00ab\u00a0De m\u00eame que la proph\u00e9tie de destruction s\u2019est accomplie, ainsi se r\u00e9alisera celle de la r\u00e9demption.\u00a0\u00bb\u00a0: le renard devient symbole d\u2019espoir, de renaissance apr\u00e8s la ruine Rabbi Akiva lit dans le renard un signe cod\u00e9 : Apparence de destruction \u2192 R\u00e9alit\u00e9 de pr\u00e9paration et Ruine du visible \u2192 Germination de l\u2019invisible. Le renard repr\u00e9sente la r\u00e9silience du peuple juif et pr\u00e9sage de la d\u00e9livrance future. Sa ruse annonce que le projet est toujours en mouvement, m\u00eame dans les t\u00e9n\u00e8bres. Dans la symbolique kabbalistique, le renard appartient au domaine de Yesod (le lien, la ruse, le passage). Il circule entre les mondes : il traverse les ruines, c\u2019est-\u00e0-dire les zones de brisure des vases (shevirat hakelim). Il annonce la r\u00e9paration (tikoun) qui viendra. Le renard est un mazmin (\u05de\u05b7\u05d6\u05b0\u05de\u05b4\u05d9\u05df) \u2014 un \u201cpr\u00e9parateur\u201d de la voie vers la lumi\u00e8re cach\u00e9e en traversant les zones d\u2019ombre. Son apparition est donc pr\u00e9sage d\u2019un changement spirituel majeur. Dans la lecture plus mystique, les renards qui \u201cravagent la vigne\u201d repr\u00e9sentent les forces de dissimulation (klipot) qui poussent Isra\u00ebl \u00e0 purifier sa foi. Leur pr\u00e9sence annonce la n\u00e9cessit\u00e9 et la proximit\u00e9 de la r\u00e9paration. Le renard symbolise\u00a0la ruse, la d\u00e9brouillardise, la survie (dans un monde en ruine) mais aussi la transformation du mal en bien, la lumi\u00e8re cach\u00e9e dans la d\u00e9solation.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":912,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"series":[32],"ppma_author":[25],"class_list":["post-589","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts-et-litterature","series-numero-2"],"authors":[{"term_id":25,"user_id":4,"is_guest":0,"slug":"jmmaigne","display_name":"Jean-Michel Maigne","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c54fb3d88022aa8a34b6fb9e5d349bf56e30a3678f163c80bcd550d0ca11a704?s=96&d=mm&r=g","0":null,"1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/589","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=589"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/589\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":609,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/589\/revisions\/609"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=589"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=589"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=589"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=589"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=589"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}