{"id":563,"date":"2026-02-21T14:09:06","date_gmt":"2026-02-21T13:09:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=563"},"modified":"2026-03-01T09:40:55","modified_gmt":"2026-03-01T08:40:55","slug":"hava-nest-pas-tentatrice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/02\/21\/hava-nest-pas-tentatrice\/","title":{"rendered":"Hava n&rsquo;est pas tentatrice"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-text-align-left has-background\" style=\"background:radial-gradient(rgb(255,255,255) 0%,rgb(219,231,238) 100%)\"><blockquote><p>Contrairement \u00e0 certaines lectures chr\u00e9tiennes comme celle de Augustin d&rsquo;Hippone qui ont fait d\u2019\u00c8ve l\u2019origine ontologique de la faute, la tradition juive relit \u2018Hava comme figure de vie, de connaissance et de responsabilit\u00e9, et non de culpabilit\u00e9. Les commentateurs, du Talmud \u00e0 la Kabbale (notamment le Zohar), interpr\u00e8tent son geste non comme une chute morale, mais comme l\u2019entr\u00e9e consciente de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019histoire, le discernement et la mission du tikkoun (r\u00e9paration). <br>Ainsi, le juda\u00efsme ne fonde pas une th\u00e9ologie de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine, mais affirme une \u00e9galit\u00e9 de dignit\u00e9 et de responsabilit\u00e9, o\u00f9 la femme est condition d\u2019\u00e9mergence du \u201cnous\u201d humain et partenaire essentielle de la transformation du monde.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n<p>Dans un autre article, nous avons vu que pour Paul<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-1\" href=\"#post-563-footnote-1\">[1]<\/a><\/sup> (Romains 5) <sup><a id=\"post-563-footnote-ref-2\" href=\"#post-563-footnote-2\">[2]<\/a><\/sup>, une faute unique introduit la mort pour tous, ouvrant la voie \u00e0 une ontologisation de la faute. La phrase paulinienne \u201c la femme fut s\u00e9duite \u201d (1 Tm 2,14), isol\u00e9e et absolutis\u00e9e, devient une cl\u00e9 de lecture globale, alors qu\u2019elle ne joue aucun r\u00f4le central dans le r\u00e9cit biblique. Mais c\u2019est Augustin qui op\u00e8re le basculement d\u00e9cisif en d\u00e9cr\u00e9tant que le p\u00e9ch\u00e9 originel est transmis par la g\u00e9n\u00e9ration sexuelle et que le d\u00e9sir devient le signe de la chute. La femme, associ\u00e9e \u00e0 la maternit\u00e9 et \u00e0 la chair, devient le vecteur imaginaire du p\u00e9ch\u00e9. \u00c8ve est alors relue comme celle qui a <em>d\u00e9sir\u00e9<\/em>, celle qui a <em>entra\u00een\u00e9<\/em>, celle par qui la chair domine l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Pourtant, quand Adam la nomme dans Gen\u00e8se 3:20<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-3\" href=\"#post-563-footnote-3\">[3]<\/a><\/sup>,<em> \u2018Hava <\/em>, la Torah pr\u00e9cise : \u201cEt l\u2019homme appela sa femme <a id=\"post-563-_Hlk220249296\"><\/a>\u201cHava<a id=\"post-563-_Hlk220249307\"><\/a>\u201d, car elle fut la m\u00e8re de tout vivant (<em>em kol \u2018hai<\/em>, \u05d0\u05b5\u05dd \u05db\u05b8\u05bc\u05dc\u05be\u05d7\u05b8\u05d9). Le mot <em>Hava<\/em> vient de la racine <em>\u1e25ayah<\/em> (\u05d7\u05d9\u05d4), qui signifie \u201cvivre\u201d. Son nom n\u2019\u00e9voque ni faute, ni tentation, mais la transmission de la vie. Elle repr\u00e9sente donc la dimension vivante, dynamique, curieuse, f\u00e9conde du monde humain. C\u2019est elle qui ouvre le passage entre l\u2019innocence et la conscience. Le texte de la Gen\u00e8se dit simplement (Gen\u00e8se 3:6) <sup><a id=\"post-563-footnote-ref-4\" href=\"#post-563-footnote-4\">[4]<\/a><\/sup> : <a id=\"post-563-_Hlk218869939\"><\/a>\u201cLa femme vit que l\u2019arbre \u00e9tait bon \u00e0 manger, qu\u2019il \u00e9tait un d\u00e9lice pour les yeux, et d\u00e9sirable pour acqu\u00e9rir la sagesse<a id=\"post-563-_Hlk218870054\"><\/a>\u201d. Elle voit, d\u00e9sire et agit\u00a0: elle fait un choix conscient. Aucun passage n\u2019indique qu\u2019elle cherche \u00e0 s\u00e9duire Adam, ni qu\u2019elle agit par malice. Le serpent (<em>nahash<\/em>, \u05e0\u05b8\u05d7\u05b8\u05e9\u05c1) est le seul personnage qui manipule le langage et la perception mais nous reviendrons dans une autre conversation, sur sa symbolique.<\/p>\n<p>Hava, elle, fait ce que tout \u00eatre humain fera ensuite : questionner, exp\u00e9rimenter, apprendre.<\/p>\n<ul>\n<li>Rachi2 lit le dialogue avec le serpent comme une conversation sur les limites : Hava ajoute au commandement (\u201cDieu a dit : vous ne le toucherez pas\u201d), ce qui montre \u00e0 la fois sa prudence et sa confusion. Elle cherche \u00e0 comprendre, pas \u00e0 provoquer.<\/li>\n<li>Ibn Ezra<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-5\" href=\"#post-563-footnote-5\">[5]<\/a><\/sup> et Nahmanide<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-6\" href=\"#post-563-footnote-6\">[6]<\/a><\/sup> voient dans son geste un d\u00e9sir de connaissance profonde. Elle veut <em>daat<\/em>, la compr\u00e9hension et le discernement.<\/li>\n<li>Ma\u00efmonide2, dans le <em>Guide des \u00c9gar\u00e9s<\/em>, va plus loin : selon lui, Hava incarne la transition de la raison pure (v\u00e9rit\u00e9 \/ mensonge) vers la raison morale (bien \/ mal). Elle n\u2019est donc pas la cause de la chute, mais le vecteur de la conscience humaine.<\/li>\n<li>Dans la Kabbale, <em>\u2018Hava<\/em> symbolise la Chehina (\u05e9\u05b0\u05c1\u05db\u05b4\u05d9\u05e0\u05b8\u05d4), soit la pr\u00e9sence immanente du transcendant dans le monde. La s\u00e9paration entre Adam et Hava repr\u00e9sente la fragmentation du masculin et du f\u00e9minin, du spirituel et du mat\u00e9riel, que le tikkoun doit r\u00e9unifier\u00a0: l\u2019union restaur\u00e9e d\u2019Adam et de \u2018Hava, c\u2019est le symbole de la r\u00e9paration du monde, pas de la faute. Le Zohar2 d\u00e9crit m\u00eame Hava comme la premi\u00e8re messag\u00e8re du d\u00e9sir de connaissance, non pas comme coupable, mais comme <em>celle qui ouvre le chemin<\/em>. Sans elle, l\u2019humain serait rest\u00e9 dans l\u2019innocence v\u00e9g\u00e9tative du jardin. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, il entre dans l\u2019histoire, dans la libert\u00e9 et dans la responsabilit\u00e9.<\/li>\n<li>Les ma\u00eetres hassidiques, comme le Baal Shem Tov1 ou Rabbi Na\u2019hman de Breslev<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-7\" href=\"#post-563-footnote-7\">[7]<\/a><\/sup>, lisent le r\u00e9cit comme un processus spirituel : le <a id=\"post-563-_Hlk220253561\"><\/a>\u201cfruit\u201d est la conscience, la \u201cfemme\u201d est la vie int\u00e9rieure, le \u201cserpent\u201d est la tentation de la confusion. Mais Hava, elle, reste l\u2019image de l\u2019\u00e2me qui cherche \u00e0 comprendre, qui veut <em>go\u00fbter<\/em> la sagesse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Son geste n\u2019est pas un p\u00e9ch\u00e9 de chair, mais un acte d\u2019\u00e9veil.<\/p>\n<p>Si l\u2019on r\u00e9cuse la notion de faute<a id=\"post-563-_Hlk219885661\"><\/a><sup><a id=\"post-563-footnote-ref-8\" href=\"#post-563-footnote-8\">[8]<\/a><\/sup>, Hava n\u2019est ni origine du mal ni d\u00e9clencheur d\u2019une chute. Elle est la figure de la m\u00e9diation : celle par qui la relation imm\u00e9diate devient relation r\u00e9fl\u00e9chie. Autrement dit : Adam repr\u00e9sente la condition humaine encore unifi\u00e9e, et Hava repr\u00e9sente la mise en relation, le d\u00e9placement, la parole, le d\u00e9sir de savoir.<\/p>\n<p>Le <a id=\"post-563-_Hlk218870006\"><\/a>\u201c nous <a id=\"post-563-_Hlk220253853\"><\/a>\u201d<a id=\"post-563-_Hlk220251260\"><\/a><strong><sup><a id=\"post-563-footnote-ref-9\" href=\"#post-563-footnote-9\"><strong>[9]<\/strong><\/a><\/sup><\/strong> n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 partir de cette m\u00e9diation\u00a0: Hava est donc structurellement incluse, mais non subsum\u00e9e. Le passage au nous n\u2019est pas individuel\u00a0: il est relationnel d\u00e8s l\u2019origine.<br \/>La connaissance du bien et du mal ne surgit pas dans un sujet isol\u00e9, mais dans une interaction, un dialogue, une circulation du sens. En ce sens, Hava n\u2019est pas simplement incluse dans le nous : elle en est la condition d\u2019\u00e9mergence. Lorsque le texte dit \u201cl\u2019homme est devenu comme l\u2019un de nous<a id=\"post-563-_Hlk220251047\"><\/a>\u201d, il parle de l\u2019homme( \u05d4\u05b8\u05d0\u05b8\u05d3\u05b8\u05dd ) au sens g\u00e9n\u00e9rique, non du masculin biologique. Elle n\u2019est pas exclue par cette formulation : elle est d\u00e9j\u00e0 comprise dans l\u2019adamit\u00e9\u201d.<\/p>\n<p>L\u2019erreur accusatoire a consist\u00e9 historiquement \u00e0 individualiser la responsabilit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 le texte d\u00e9crit une mutation de condition partag\u00e9e. Hava n\u2019est ni coupable ni absoute. Elle est responsable au sens fort : elle participe \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019humain doit d\u00e9sormais r\u00e9pondre de ses actes sans garantie d\u2019innocence. Le \u201cnous\u201d ne juge pas Hava ; il constate que, par elle aussi, l\u2019humain est entr\u00e9 dans un espace de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Selon le <em>Zohar<\/em> (I, 35b\u201336b), le bien et le mal existaient d\u00e9j\u00e0 avant la \u201cfaute\u201d, mais s\u00e9par\u00e9s. Le mal n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9gr\u00e9 au champ de la conscience humaine ; il restait ext\u00e9rieur, contenu, non op\u00e9rant. L\u2019humain vivait dans une configuration d\u2019harmonie des sefirot1, o\u00f9 <em>\u2018Hokhmah<\/em> (intuition) et <em>Binah<\/em> (intelligence) illuminaient, <em>Tiferet<\/em> (\u00e9quilibre, beaut\u00e9) reliait et <em>Malkhout<\/em> (r\u00e9ceptivit\u00e9, monde) recevait sans confusion. Il n\u2019y avait pas encore de m\u00e9lange (<em>ta\u2019arovet<\/em>). L\u2019arbre de la connaissance n\u2019est pas \u201cmauvais\u201d.<br \/>Il repr\u00e9sente la possibilit\u00e9 du m\u00e9lange (<em>\u2018etz ha-da\u2018at tov va-ra\u2018<\/em>). La faute n\u2019est pas l\u2019existence du m\u00e9lange, mais son anticipation. Dans le langage kabbalistique : Hava a voulu op\u00e9rer le tikkoun avant l\u2019heure. Le <em>Zohar<\/em> explique que l\u2019unification devait se faire par le bas, \u00e0 travers le temps, l\u2019action, la mitsva. En mangeant du fruit, l\u2019humain a provoqu\u00e9 une intrusion du mal dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, sans les outils spirituels pour le r\u00e9parer.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence imm\u00e9diate est une d\u00e9sorganisation des flux (<em>shefa\u2018<\/em>) : <em>Tiferet<\/em> ne parvient plus \u00e0 \u00e9quilibrer, <em>Malkhout<\/em> se coupe et devient opaque et les forces de jugement (<em>Din<\/em>) prennent autonomie.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi l\u2019origine kabbalistique de la honte (<em>bousha<\/em>), signe que la lumi\u00e8re n\u2019enveloppe plus totalement l\u2019humain et donc pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u00e0 la t\u00e9chouva. Le mal devient exp\u00e9rientiel, non plus p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>La Kabbale lourianique7 approfondit cette notion en indiquant que le m\u00e9lange cr\u00e9e des klipot (\u00e9corces), des zones o\u00f9 la lumi\u00e8re est pi\u00e9g\u00e9e. Le mal n\u2019est pas une substance ; c\u2019est une lumi\u00e8re enferm\u00e9e et la \u201cfaute\u201d est donc une captivit\u00e9 de lumi\u00e8re, pas une corruption ontologique.<\/p>\n<p>L\u2019expulsion du Gan \u2018Eden n\u2019est pas une punition g\u00e9ographique. C\u2019est la descente dans <em>Malkhout<\/em>7<em>,<\/em> dans un monde fragment\u00e9. La Chekhina entre en exil avec l\u2019humain. Le travail spirituel n\u2019est pas de \u201crevenir en arri\u00e8re\u201d, mais de faire monter les \u00e9tincelles de l\u00e0 o\u00f9 elles sont tomb\u00e9es.<\/p>\n<p>La mort n\u2019est pas une sanction, mais la cons\u00e9quence d\u2019un monde o\u00f9 le m\u00e9lange exige du temps, la r\u00e9paration n\u00e9cessite la r\u00e9p\u00e9tition et la finitude devient condition de transformation. La mortalit\u00e9 rend possible le <em>tikkoun<\/em> progressif. L\u2019histoire humaine devient alors l\u2019histoire du tri (<em>birour<\/em>). La \u201cfaute<a id=\"post-563-_Hlk218870263\"><\/a>\u201d d\u2019Adam et \u2018Hava est un tikkoun anticip\u00e9, une unification sans maturation, un m\u00e9lange non pr\u00e9par\u00e9. Elle inaugure non la chute, mais la mission.<\/p>\n<p>La femme devient partenaire du tikkoun olam, charg\u00e9e de r\u00e9parer le monde de l\u2019int\u00e9rieur du m\u00e9lange.<\/p>\n<p>Le juda\u00efsme \u00e9tablit-il pour autant une parole, un r\u00f4le et une \u00e9galit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme pour Hava et donc la femme\u00a0? On peut dire que Oui, mais pas de mani\u00e8re simple, uniforme ou anachronique. En effet, s\u2019il ne les a jamais th\u00e9ologiquement abolis, en revanche, il les pense dans une autre grammaire que celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Dans le texte biblique, Hava parle avec le serpent, avec Adam. Elle nomme, donnant un sens \u00e0 sa maternit\u00e9 (<em>qaniti ish<\/em>) et surtout elle interpr\u00e8te le commandement, donc elle pense la Loi. Rien, dans Berechit, ne la disqualifie comme sujet de parole.<\/p>\n<p>Dans la tradition juive, contrairement au christianisme, la parole de la femme n\u2019est pas frapp\u00e9e d\u2019une suspicion ontologique ; elle n\u2019est jamais assimil\u00e9e au mensonge ou \u00e0 la s\u00e9duction par nature.<\/p>\n<p>La femme peut \u00eatre proph\u00e9tesse (Myriam, D\u00e9bora, Houlda), sage car d\u00e9tentrice de <em>daat<\/em> (discernement). Ainsi le juda\u00efsme ne construit pas une th\u00e9ologie du silence f\u00e9minin.<\/p>\n<p>La lecture rabbinique insiste sur la cr\u00e9ation en vis-\u00e0-vis, \u201cm\u00e2le et femelle Il les cr\u00e9a<a id=\"post-563-_Hlk220251864\"><\/a>\u201d<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-10\" href=\"#post-563-footnote-10\">[10]<\/a><\/sup> et sur la d\u00e9pendance mutuelle. Le ezer kenegdo (aide face \u00e0 lui) signifie une aide qui s\u2019oppose, qui r\u00e9siste, qui r\u00e9pond, et non pas subordination. La phrase \u201cil dominera sur toi<a id=\"post-563-_Hlk220252405\"><\/a>\u201d<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-11\" href=\"#post-563-footnote-11\">[11]<\/a><\/sup> n\u2019est pas un ordre, mais un constat tragique, une cons\u00e9quence historique, pas un id\u00e9al. Le juda\u00efsme ne sacralise jamais cette domination.<\/p>\n<p>Certains commentateurs contemporains interpr\u00e8tent le verset comme une tension entre d\u00e9sir et domination : le \u201cd\u00e9sir\u202f\u201d de la femme envers son mari coexiste avec l\u2019\u201cautorit\u00e9\u201d (\u202f<em>mashal<\/em>) de l\u2019homme, percevant le texte comme une analyse de la condition humaine, qui inclut responsabilit\u00e9 et protection, pas forc\u00e9ment oppression et o\u00f9 le lien affectif et le pouvoir coexistent apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience de la connaissance du bien et du mal. Toutefois, une lecture contextualis\u00e9e rappelle que dans la Torah, le texte d\u00e9crit une cons\u00e9quence du r\u00e9cit de l\u2019\u00c9den, pas un commandement moral universel.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9galit\u00e9 se construit non comme identit\u00e9, mais sym\u00e9trie de responsabilit\u00e9\u00a0: il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9galit\u00e9 abstraite car le juda\u00efsme ne pense pas l\u2019humain en termes d\u2019individus neutres, mais de sujets situ\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous avons vu qu\u2019Hava est appel\u00e9e \u201cm\u00e8re de tout vivant\u201d, ce qui n\u2019est pas une assignation biologique \u00e0 la maternit\u00e9, mais une fonction anthropologique : la transmission de la vie et par cons\u00e9quence, de la parole, de l\u2019histoire et du sens. Contrairement au tope v\u00e9hicul\u00e9 depuis le christianisme primitif, la femme n\u2019est pas un probl\u00e8me \u00e0 corriger, elle est une condition de l\u2019humain.<\/p>\n<p>Donc, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9galit\u00e9 de r\u00f4les rituels stricts, le juda\u00efsme institue une \u00e9galit\u00e9 de de valeur morale. Ainsi, les femmes sont comptables des mitsvot n\u00e9gatives et elles sont pleinement responsables devant la Loi.<\/p>\n<p>Il faut cependant \u00eatre lucide : des soci\u00e9t\u00e9s juives ont \u00e9t\u00e9 patriarcales et certaines halakhot ont limit\u00e9 la visibilit\u00e9 publique des femmes. Mais ces limites sont historiques, pas ontologiques et elles sont discut\u00e9es, jamais dogmatis\u00e9es. La tradition juive se d\u00e9bat avec la diff\u00e9rence, elle ne la fige pas en faute.<\/p>\n<p>De nos jours, et dans une perspective proche de celle d\u2019Arendt<sup><a id=\"post-563-footnote-ref-12\" href=\"#post-563-footnote-12\">[12]<\/a><\/sup>, le juda\u00efsme dit que la femme incarnant la natalit\u00e9, elle poss\u00e8de la capacit\u00e9 de commencement et rejoignant une perspective proche de Levinas, il affirme que la femme ouvre l\u2019espace de l\u2019accueil de l\u2019autre, sans \u00eatre absorb\u00e9e dans l\u2019identit\u00e9 masculine.<\/p>\n<p>Ainsi, le juda\u00efsme ne proclame pas une \u00e9galit\u00e9 moderne avant l\u2019heure mais il emp\u00eache radicalement toute th\u00e9ologie de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Le juda\u00efsme maintient la parole de Hava, reconna\u00eet son r\u00f4le constitutif et fonde l\u2019\u00e9galit\u00e9 sur la dignit\u00e9 et la responsabilit\u00e9, non sur l\u2019identit\u00e9 des fonctions.<\/p>\n<p>Retour sur les articles :<\/p>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em><a href=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/02\/21\/il-ny-a-pas-de-peche-originel\/\">\u201cIl n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u201c<\/a><\/em><\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em><a href=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/02\/21\/ou-est-la-faute-dans-leden\/\">\u201cO\u00f9 est la faute dans l\u2019Eden ?\u201d<\/a><\/em><\/li>\n<\/ul>\n<hr \/>\n<ol>\n<li id=\"post-563-footnote-1\">Saul de Tarse, Juif hell\u00e9nis\u00e9 de Tarse, citoyen romain, vers 5 \u2013 vers 64\/67 EC, envoy\u00e9 de l\u2019\u00e9glise de J\u00e9rusalem vers les \u201cGentils\u201d (non\u2011Juifs) en Asie Mineure, Gr\u00e8ce, Rome\u2026, r\u00e9dacteur d\u2019\u00c9p\u00eetres qui constituent la base th\u00e9ologique du christianisme universel, insistant sur la foi en Christ plut\u00f4t que sur la Loi juive (bapt\u00eame, r\u00e9surrection, salut par la foi), transformant une secte juive en un christianisme, religion universelle, voulant d\u00e9passer le cadre ethnique et l\u00e9gal juif. <a href=\"#post-563-footnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-2\">Voir l\u2019article \u201c\u00a0Il n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u201d <a href=\"#post-563-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-3\"><a href=\"%20http:\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_20.aspx\"> http:\/\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_20.aspx<\/a> <a href=\"#post-563-footnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-4\"><a href=\"http:\/\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_6.aspx\">http:\/\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_6.aspx<\/a> <a href=\"#post-563-footnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-5\">Juif espagnol, 1089 \u2013 1167, po\u00e8te, grammairien, astronome et commentateur biblique , connu pour ses commentaires rationnels et philologiques de la Torah. <a href=\"#post-563-footnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-6\">Juif espagnol, 1194 \u2013 1270, rabbin, philosophe et kabbaliste, connu sous l\u2019acronyme Ramban pour ses commentaires de la Torah m\u00ealant sens litt\u00e9ral, all\u00e9gorique et mystique. <a href=\"#post-563-footnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-7\">Juif ukrainien, fondateur du hassidisme de Breslev, 1772 \u2013 1810, c\u00e9l\u00e8bre pour son enseignement sur la joie, la pri\u00e8re personnelle et le lien intime avec la transcendance. <a href=\"#post-563-footnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-8\">Voir l\u2019article \u201c\u00a0Il n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u201d <a href=\"#post-563-footnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-9\"><a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_22.aspx\">http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_22.aspx<\/a> <a href=\"#post-563-footnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-10\"><a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_1_28.aspx\">http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_1_28.aspx<\/a> <a href=\"#post-563-footnote-ref-10\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-11\"><a href=\"http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_16.aspx\">http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_16.aspx<\/a> <a href=\"#post-563-footnote-ref-11\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-563-footnote-12\">Allemande puis USA, philosophe politique, 1906\u20111975, qui propose une relecture du verset dans le cadre de libert\u00e9 et responsabilit\u00e9 dans la cit\u00e9 : le d\u00e9sir et la domination sont des ph\u00e9nom\u00e8nes priv\u00e9s, non des mod\u00e8les moraux ou politiques \u00e0 imposer. <a href=\"#post-563-footnote-ref-12\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 certaines lectures chr\u00e9tiennes comme celle de Augustin d&rsquo;Hippone qui ont fait d\u2019\u00c8ve l\u2019origine ontologique de la faute, la tradition juive relit \u2018Hava comme figure de vie, de connaissance et de responsabilit\u00e9, et non de culpabilit\u00e9. Les commentateurs, du Talmud \u00e0 la Kabbale (notamment le Zohar), interpr\u00e8tent son geste non comme une chute morale, mais comme l\u2019entr\u00e9e consciente de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019histoire, le discernement et la mission du tikkoun (r\u00e9paration). Ainsi, le juda\u00efsme ne fonde pas une th\u00e9ologie de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine, mais affirme une \u00e9galit\u00e9 de dignit\u00e9 et de responsabilit\u00e9, o\u00f9 la femme est condition d\u2019\u00e9mergence du \u201cnous\u201d humain et partenaire essentielle de la transformation du monde. Dans un autre article, nous avons vu que pour Paul[1] (Romains 5) [2], une faute unique introduit la mort pour tous, ouvrant la voie \u00e0 une ontologisation de la faute. La phrase paulinienne \u201c la femme fut s\u00e9duite \u201d (1 Tm 2,14), isol\u00e9e et absolutis\u00e9e, devient une cl\u00e9 de lecture globale, alors qu\u2019elle ne joue aucun r\u00f4le central dans le r\u00e9cit biblique. Mais c\u2019est Augustin qui op\u00e8re le basculement d\u00e9cisif en d\u00e9cr\u00e9tant que le p\u00e9ch\u00e9 originel est transmis par la g\u00e9n\u00e9ration sexuelle et que le d\u00e9sir devient le signe de la chute. La femme, associ\u00e9e \u00e0 la maternit\u00e9 et \u00e0 la chair, devient le vecteur imaginaire du p\u00e9ch\u00e9. \u00c8ve est alors relue comme celle qui a d\u00e9sir\u00e9, celle qui a entra\u00een\u00e9, celle par qui la chair domine l\u2019esprit. Pourtant, quand Adam la nomme dans Gen\u00e8se 3:20[3], \u2018Hava , la Torah pr\u00e9cise : \u201cEt l\u2019homme appela sa femme \u201cHava\u201d, car elle fut la m\u00e8re de tout vivant (em kol \u2018hai, \u05d0\u05b5\u05dd \u05db\u05b8\u05bc\u05dc\u05be\u05d7\u05b8\u05d9). Le mot Hava vient de la racine \u1e25ayah (\u05d7\u05d9\u05d4), qui signifie \u201cvivre\u201d. Son nom n\u2019\u00e9voque ni faute, ni tentation, mais la transmission de la vie. Elle repr\u00e9sente donc la dimension vivante, dynamique, curieuse, f\u00e9conde du monde humain. C\u2019est elle qui ouvre le passage entre l\u2019innocence et la conscience. Le texte de la Gen\u00e8se dit simplement (Gen\u00e8se 3:6) [4] : \u201cLa femme vit que l\u2019arbre \u00e9tait bon \u00e0 manger, qu\u2019il \u00e9tait un d\u00e9lice pour les yeux, et d\u00e9sirable pour acqu\u00e9rir la sagesse\u201d. Elle voit, d\u00e9sire et agit\u00a0: elle fait un choix conscient. Aucun passage n\u2019indique qu\u2019elle cherche \u00e0 s\u00e9duire Adam, ni qu\u2019elle agit par malice. Le serpent (nahash, \u05e0\u05b8\u05d7\u05b8\u05e9\u05c1) est le seul personnage qui manipule le langage et la perception mais nous reviendrons dans une autre conversation, sur sa symbolique. Hava, elle, fait ce que tout \u00eatre humain fera ensuite : questionner, exp\u00e9rimenter, apprendre. Rachi2 lit le dialogue avec le serpent comme une conversation sur les limites : Hava ajoute au commandement (\u201cDieu a dit : vous ne le toucherez pas\u201d), ce qui montre \u00e0 la fois sa prudence et sa confusion. Elle cherche \u00e0 comprendre, pas \u00e0 provoquer. Ibn Ezra[5] et Nahmanide[6] voient dans son geste un d\u00e9sir de connaissance profonde. Elle veut daat, la compr\u00e9hension et le discernement. Ma\u00efmonide2, dans le Guide des \u00c9gar\u00e9s, va plus loin : selon lui, Hava incarne la transition de la raison pure (v\u00e9rit\u00e9 \/ mensonge) vers la raison morale (bien \/ mal). Elle n\u2019est donc pas la cause de la chute, mais le vecteur de la conscience humaine. Dans la Kabbale, \u2018Hava symbolise la Chehina (\u05e9\u05b0\u05c1\u05db\u05b4\u05d9\u05e0\u05b8\u05d4), soit la pr\u00e9sence immanente du transcendant dans le monde. La s\u00e9paration entre Adam et Hava repr\u00e9sente la fragmentation du masculin et du f\u00e9minin, du spirituel et du mat\u00e9riel, que le tikkoun doit r\u00e9unifier\u00a0: l\u2019union restaur\u00e9e d\u2019Adam et de \u2018Hava, c\u2019est le symbole de la r\u00e9paration du monde, pas de la faute. Le Zohar2 d\u00e9crit m\u00eame Hava comme la premi\u00e8re messag\u00e8re du d\u00e9sir de connaissance, non pas comme coupable, mais comme celle qui ouvre le chemin. Sans elle, l\u2019humain serait rest\u00e9 dans l\u2019innocence v\u00e9g\u00e9tative du jardin. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, il entre dans l\u2019histoire, dans la libert\u00e9 et dans la responsabilit\u00e9. Les ma\u00eetres hassidiques, comme le Baal Shem Tov1 ou Rabbi Na\u2019hman de Breslev[7], lisent le r\u00e9cit comme un processus spirituel : le \u201cfruit\u201d est la conscience, la \u201cfemme\u201d est la vie int\u00e9rieure, le \u201cserpent\u201d est la tentation de la confusion. Mais Hava, elle, reste l\u2019image de l\u2019\u00e2me qui cherche \u00e0 comprendre, qui veut go\u00fbter la sagesse. Son geste n\u2019est pas un p\u00e9ch\u00e9 de chair, mais un acte d\u2019\u00e9veil. Si l\u2019on r\u00e9cuse la notion de faute[8], Hava n\u2019est ni origine du mal ni d\u00e9clencheur d\u2019une chute. Elle est la figure de la m\u00e9diation : celle par qui la relation imm\u00e9diate devient relation r\u00e9fl\u00e9chie. Autrement dit : Adam repr\u00e9sente la condition humaine encore unifi\u00e9e, et Hava repr\u00e9sente la mise en relation, le d\u00e9placement, la parole, le d\u00e9sir de savoir. Le \u201c nous \u201d[9] n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 partir de cette m\u00e9diation\u00a0: Hava est donc structurellement incluse, mais non subsum\u00e9e. Le passage au nous n\u2019est pas individuel\u00a0: il est relationnel d\u00e8s l\u2019origine.La connaissance du bien et du mal ne surgit pas dans un sujet isol\u00e9, mais dans une interaction, un dialogue, une circulation du sens. En ce sens, Hava n\u2019est pas simplement incluse dans le nous : elle en est la condition d\u2019\u00e9mergence. Lorsque le texte dit \u201cl\u2019homme est devenu comme l\u2019un de nous\u201d, il parle de l\u2019homme( \u05d4\u05b8\u05d0\u05b8\u05d3\u05b8\u05dd ) au sens g\u00e9n\u00e9rique, non du masculin biologique. Elle n\u2019est pas exclue par cette formulation : elle est d\u00e9j\u00e0 comprise dans l\u2019adamit\u00e9\u201d. L\u2019erreur accusatoire a consist\u00e9 historiquement \u00e0 individualiser la responsabilit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 le texte d\u00e9crit une mutation de condition partag\u00e9e. Hava n\u2019est ni coupable ni absoute. Elle est responsable au sens fort : elle participe \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019humain doit d\u00e9sormais r\u00e9pondre de ses actes sans garantie d\u2019innocence. Le \u201cnous\u201d ne juge pas Hava ; il constate que, par elle aussi, l\u2019humain est entr\u00e9 dans un espace de d\u00e9cision. Selon le Zohar (I, 35b\u201336b), le bien et le mal existaient d\u00e9j\u00e0 avant la \u201cfaute\u201d, mais s\u00e9par\u00e9s. Le mal n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9gr\u00e9 au champ de la conscience humaine ; il restait ext\u00e9rieur, contenu, non op\u00e9rant. L\u2019humain vivait dans une configuration d\u2019harmonie des sefirot1, o\u00f9 \u2018Hokhmah (intuition) et Binah (intelligence) illuminaient, Tiferet (\u00e9quilibre, beaut\u00e9) reliait et Malkhout (r\u00e9ceptivit\u00e9, monde) recevait sans confusion. Il n\u2019y avait pas encore de m\u00e9lange (ta\u2019arovet). L\u2019arbre de la connaissance n\u2019est pas \u201cmauvais\u201d.Il repr\u00e9sente la possibilit\u00e9 du m\u00e9lange (\u2018etz ha-da\u2018at tov va-ra\u2018). La faute n\u2019est pas l\u2019existence du m\u00e9lange, mais son anticipation. Dans le langage kabbalistique : Hava a voulu op\u00e9rer le tikkoun avant l\u2019heure. Le Zohar explique que l\u2019unification devait se faire par le bas, \u00e0 travers le temps, l\u2019action, la mitsva. En mangeant du fruit, l\u2019humain a provoqu\u00e9 une intrusion du mal dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, sans les outils spirituels pour le r\u00e9parer. La cons\u00e9quence imm\u00e9diate est une d\u00e9sorganisation des flux (shefa\u2018) : Tiferet ne parvient plus \u00e0 \u00e9quilibrer, Malkhout se coupe et devient opaque et les forces de jugement (Din) prennent autonomie. C\u2019est ainsi l\u2019origine kabbalistique de la honte (bousha), signe que la lumi\u00e8re n\u2019enveloppe plus totalement l\u2019humain et donc pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u00e0 la t\u00e9chouva. Le mal devient exp\u00e9rientiel, non plus p\u00e9riph\u00e9rique. La Kabbale lourianique7 approfondit cette notion en indiquant que le m\u00e9lange cr\u00e9e des klipot (\u00e9corces), des zones o\u00f9 la lumi\u00e8re est pi\u00e9g\u00e9e. Le mal n\u2019est pas une substance ; c\u2019est une lumi\u00e8re enferm\u00e9e et la \u201cfaute\u201d est donc une captivit\u00e9 de lumi\u00e8re, pas une corruption ontologique. L\u2019expulsion du Gan \u2018Eden n\u2019est pas une punition g\u00e9ographique. C\u2019est la descente dans Malkhout7, dans un monde fragment\u00e9. La Chekhina entre en exil avec l\u2019humain. Le travail spirituel n\u2019est pas de \u201crevenir en arri\u00e8re\u201d, mais de faire monter les \u00e9tincelles de l\u00e0 o\u00f9 elles sont tomb\u00e9es. La mort n\u2019est pas une sanction, mais la cons\u00e9quence d\u2019un monde o\u00f9 le m\u00e9lange exige du temps, la r\u00e9paration n\u00e9cessite la r\u00e9p\u00e9tition et la finitude devient condition de transformation. La mortalit\u00e9 rend possible le tikkoun progressif. L\u2019histoire humaine devient alors l\u2019histoire du tri (birour). La \u201cfaute\u201d d\u2019Adam et \u2018Hava est un tikkoun anticip\u00e9, une unification sans maturation, un m\u00e9lange non pr\u00e9par\u00e9. Elle inaugure non la chute, mais la mission. La femme devient partenaire du tikkoun olam, charg\u00e9e de r\u00e9parer le monde de l\u2019int\u00e9rieur du m\u00e9lange. Le juda\u00efsme \u00e9tablit-il pour autant une parole, un r\u00f4le et une \u00e9galit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme pour Hava et donc la femme\u00a0? On peut dire que Oui, mais pas de mani\u00e8re simple, uniforme ou anachronique. En effet, s\u2019il ne les a jamais th\u00e9ologiquement abolis, en revanche, il les pense dans une autre grammaire que celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 moderne. Dans le texte biblique, Hava parle avec le serpent, avec Adam. Elle nomme, donnant un sens \u00e0 sa maternit\u00e9 (qaniti ish) et surtout elle interpr\u00e8te le commandement, donc elle pense la Loi. Rien, dans Berechit, ne la disqualifie comme sujet de parole. Dans la tradition juive, contrairement au christianisme, la parole de la femme n\u2019est pas frapp\u00e9e d\u2019une suspicion ontologique ; elle n\u2019est jamais assimil\u00e9e au mensonge ou \u00e0 la s\u00e9duction par nature. La femme peut \u00eatre proph\u00e9tesse (Myriam, D\u00e9bora, Houlda), sage car d\u00e9tentrice de daat (discernement). Ainsi le juda\u00efsme ne construit pas une th\u00e9ologie du silence f\u00e9minin. La lecture rabbinique insiste sur la cr\u00e9ation en vis-\u00e0-vis, \u201cm\u00e2le et femelle Il les cr\u00e9a\u201d[10] et sur la d\u00e9pendance mutuelle. Le ezer kenegdo (aide face \u00e0 lui) signifie une aide qui s\u2019oppose, qui r\u00e9siste, qui r\u00e9pond, et non pas subordination. La phrase \u201cil dominera sur toi\u201d[11] n\u2019est pas un ordre, mais un constat tragique, une cons\u00e9quence historique, pas un id\u00e9al. Le juda\u00efsme ne sacralise jamais cette domination. Certains commentateurs contemporains interpr\u00e8tent le verset comme une tension entre d\u00e9sir et domination : le \u201cd\u00e9sir\u202f\u201d de la femme envers son mari coexiste avec l\u2019\u201cautorit\u00e9\u201d (\u202fmashal) de l\u2019homme, percevant le texte comme une analyse de la condition humaine, qui inclut responsabilit\u00e9 et protection, pas forc\u00e9ment oppression et o\u00f9 le lien affectif et le pouvoir coexistent apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience de la connaissance du bien et du mal. Toutefois, une lecture contextualis\u00e9e rappelle que dans la Torah, le texte d\u00e9crit une cons\u00e9quence du r\u00e9cit de l\u2019\u00c9den, pas un commandement moral universel. L\u2019\u00e9galit\u00e9 se construit non comme identit\u00e9, mais sym\u00e9trie de responsabilit\u00e9\u00a0: il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9galit\u00e9 abstraite car le juda\u00efsme ne pense pas l\u2019humain en termes d\u2019individus neutres, mais de sujets situ\u00e9s. Nous avons vu qu\u2019Hava est appel\u00e9e \u201cm\u00e8re de tout vivant\u201d, ce qui n\u2019est pas une assignation biologique \u00e0 la maternit\u00e9, mais une fonction anthropologique : la transmission de la vie et par cons\u00e9quence, de la parole, de l\u2019histoire et du sens. Contrairement au tope v\u00e9hicul\u00e9 depuis le christianisme primitif, la femme n\u2019est pas un probl\u00e8me \u00e0 corriger, elle est une condition de l\u2019humain. Donc, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9galit\u00e9 de r\u00f4les rituels stricts, le juda\u00efsme institue une \u00e9galit\u00e9 de de valeur morale. Ainsi, les femmes sont comptables des mitsvot n\u00e9gatives et elles sont pleinement responsables devant la Loi. Il faut cependant \u00eatre lucide : des soci\u00e9t\u00e9s juives ont \u00e9t\u00e9 patriarcales et certaines halakhot ont limit\u00e9 la visibilit\u00e9 publique des femmes. Mais ces limites sont historiques, pas ontologiques et elles sont discut\u00e9es, jamais dogmatis\u00e9es. La tradition juive se d\u00e9bat avec la diff\u00e9rence, elle ne la fige pas en faute. De nos jours, et dans une perspective proche de celle d\u2019Arendt[12], le juda\u00efsme dit que la femme incarnant la natalit\u00e9, elle poss\u00e8de la capacit\u00e9 de commencement et rejoignant une perspective proche de Levinas, il affirme que la femme ouvre l\u2019espace de l\u2019accueil de l\u2019autre, sans \u00eatre absorb\u00e9e dans l\u2019identit\u00e9 masculine. Ainsi, le juda\u00efsme ne proclame pas une \u00e9galit\u00e9 moderne avant l\u2019heure mais il emp\u00eache radicalement toute th\u00e9ologie de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 f\u00e9minine. Le juda\u00efsme maintient la parole de Hava, reconna\u00eet son r\u00f4le constitutif et fonde l\u2019\u00e9galit\u00e9 sur la dignit\u00e9 et la responsabilit\u00e9, non sur l\u2019identit\u00e9 des fonctions. Retour sur les articles : \u201cIl n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u201c \u201cO\u00f9 est la faute dans l\u2019Eden ?\u201d Saul de Tarse, Juif hell\u00e9nis\u00e9 de Tarse, citoyen romain, vers 5 \u2013 vers 64\/67 EC, envoy\u00e9 de l\u2019\u00e9glise de J\u00e9rusalem vers les \u201cGentils\u201d (non\u2011Juifs) en Asie Mineure, Gr\u00e8ce, Rome\u2026, r\u00e9dacteur d\u2019\u00c9p\u00eetres qui constituent la base th\u00e9ologique du christianisme universel, insistant sur la foi en Christ plut\u00f4t que sur la Loi juive (bapt\u00eame, r\u00e9surrection, salut par la foi), transformant une secte juive en un christianisme, religion universelle, voulant d\u00e9passer le cadre ethnique et l\u00e9gal juif. \u2191 Voir l\u2019article \u201c\u00a0Il n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u201d \u2191 http:\/\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_20.aspx \u2191 http:\/\/sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_6.aspx \u2191 Juif espagnol, 1089 \u2013 1167, po\u00e8te, grammairien, astronome et commentateur biblique , connu pour ses commentaires rationnels et philologiques de la Torah. \u2191 Juif espagnol, 1194 \u2013 1270, rabbin, philosophe et kabbaliste, connu sous l\u2019acronyme Ramban pour ses commentaires de la Torah m\u00ealant sens litt\u00e9ral, all\u00e9gorique et mystique. \u2191 Juif ukrainien, fondateur du hassidisme de Breslev, 1772 \u2013 1810, c\u00e9l\u00e8bre pour son enseignement sur la joie, la pri\u00e8re personnelle et le lien intime avec la transcendance. \u2191 Voir l\u2019article \u201c\u00a0Il n\u2019y a pas de p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u201d \u2191 http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_22.aspx \u2191 http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_1_28.aspx \u2191 http:\/\/www.sefarim.fr\/Pentateuque_Gen%E8se_3_16.aspx \u2191 Allemande puis USA, philosophe politique, 1906\u20111975, qui propose une relecture du verset dans le cadre de libert\u00e9 et responsabilit\u00e9 dans la cit\u00e9 : le d\u00e9sir et la domination sont des ph\u00e9nom\u00e8nes priv\u00e9s, non des mod\u00e8les moraux ou politiques \u00e0 imposer. \u2191<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[35],"series":[32],"ppma_author":[25],"class_list":["post-563","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-discussion","tag-discussion2","series-numero-2"],"authors":[{"term_id":25,"user_id":4,"is_guest":0,"slug":"jmmaigne","display_name":"Jean-Michel Maigne","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c54fb3d88022aa8a34b6fb9e5d349bf56e30a3678f163c80bcd550d0ca11a704?s=96&d=mm&r=g","0":null,"1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/563","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=563"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/563\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":968,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/563\/revisions\/968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=563"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=563"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=563"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=563"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=563"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}