{"id":1568,"date":"2026-09-05T18:16:53","date_gmt":"2026-09-05T16:16:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=1568"},"modified":"2026-09-05T18:16:54","modified_gmt":"2026-09-05T16:16:54","slug":"a-quoi-sert-le-guimel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/09\/05\/a-quoi-sert-le-guimel\/","title":{"rendered":"\u00c0 quoi sert le Guimel"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la pens\u00e9e juive, la lettre h\u00e9bra\u00efque \u05d2 (Guimel ou Gimmel) est riche en significations symboliques, notamment dans la Kabbale et la tradition rabbinique.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La bont\u00e9 et le don : Le mot <em>guimel<\/em> est associ\u00e9 \u00e0 la racine h\u00e9bra\u00efque gamal (\u05d2\u05de\u05dc), qui signifie \u00ab accorder \u00bb, \u00ab r\u00e9compenser \u00bb ou \u00ab faire preuve de bienveillance \u00bb. Les sages expliquent que le Guimel repr\u00e9sente une personne g\u00e9n\u00e9reuse qui court vers celui qui est dans le besoin.<\/li>\n\n\n\n<li>Valeur num\u00e9rique : En Guematria, le Guimel vaut 3. Le nombre trois est souvent associ\u00e9 \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre, comme les trois patriarches (Abraham, Isaac et Jacob), ou encore les trois parties principales de la Bible h\u00e9bra\u00efque (la Torah, les Proph\u00e8tes et les \u00c9crits).<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la Kabbale : Le Guimel repr\u00e9sente le mouvement, le passage et la circulation de l&rsquo;abondance divine. Il est parfois associ\u00e9 \u00e0 la travers\u00e9e d&rsquo;un espace entre le donateur et le receveur, ou entre le monde spirituel et le monde mat\u00e9riel.<\/li>\n\n\n\n<li>Le chameau : Certains rapprochent le nom <em>Guimel<\/em> du mot gamal, qui signifie aussi \u00ab chameau \u00bb. Le chameau est l&rsquo;animal capable de traverser le d\u00e9sert en transportant des provisions : il devient ainsi un symbole de celui qui porte et transmet les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la vie.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, le Guimel est traditionnellement le symbole de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 active, du mouvement vers autrui et de la transmission de l&rsquo;abondance. Dans la pens\u00e9e juive, il rappelle que la bont\u00e9 ne consiste pas seulement \u00e0 donner, mais \u00e0 aller \u00e0 la rencontre de celui qui a besoin d&rsquo;aide.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"531\" height=\"580\" src=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Image-alphabet.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1569\" srcset=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Image-alphabet.jpg 531w, https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Image-alphabet-275x300.jpg 275w\" sizes=\"auto, (max-width: 531px) 100vw, 531px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"306\" src=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/feuille-ecriture.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1574\" srcset=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/feuille-ecriture.jpg 550w, https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/feuille-ecriture-300x167.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation entre \u05d2 (Guimel) et \u05d3 (Dalet) est l&rsquo;un des symboles les plus c\u00e9l\u00e8bres de la tradition juive. Elle est expliqu\u00e9e notamment dans le Talmud (trait\u00e9 Shabbat 104a) : \u00ab Pourquoi le Guimel suit-il le Dalet ? Parce qu&rsquo;il est du devoir de celui qui dispense la bont\u00e9 (gomel hassadim) de courir apr\u00e8s le pauvre (dal)\u00bb. C&rsquo;est la source classique de l&rsquo;interpr\u00e9tation Guimel\u2013Dalet. En effet, dans l&rsquo;alphabet h\u00e9breu, le Guimel est suivi du Dalet, dont le nom \u00e9voque la pauvret\u00e9 (dal signifie \u00ab pauvre \u00bb). Selon cette interpr\u00e9tation classique du Talmud, la forme du Guimel semble se diriger vers le Dalet, ce qui symbolise le devoir d&rsquo;aller vers les personnes d\u00e9munies pour les aider, plut\u00f4t que d&rsquo;attendre qu&rsquo;elles demandent.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"306\" src=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Lettres-guimel3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1576\" srcset=\"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Lettres-guimel3.jpg 250w, https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Lettres-guimel3-245x300.jpg 245w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Guimel : celui qui donne, est associ\u00e9 au mot gomel (\u00ab celui qui dispense des bienfaits \u00bb) et repr\u00e9sente la personne g\u00e9n\u00e9reuse qui agit avec bont\u00e9 (hessed).<br>Le Dalet : celui qui re\u00e7oit est associ\u00e9 au mot dal, qui signifie \u00ab pauvre \u00bb, \u00ab d\u00e9muni \u00bb ou \u00ab humble \u00bb et repr\u00e9sente celui qui est dans le besoin, mat\u00e9riellement ou spirituellement.<br>Pourquoi le Guimel fait face au Dalet ?<br>Les rabbins remarquent que, dans la forme traditionnelle des lettres :<br>\u2022 le pied du Guimel semble \u00eatre tourn\u00e9 vers le Dalet, comme s&rsquo;il avan\u00e7ait vers lui ;<br>\u2022 le Dalet para\u00eet l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9, ce qui est interpr\u00e9t\u00e9 comme une image de la dignit\u00e9 du pauvre : il n&rsquo;a pas \u00e0 fixer le donateur ni \u00e0 \u00e9prouver de honte.<br>Le message est double : c&rsquo;est au donateur d&rsquo;aller vers le n\u00e9cessiteux, sans attendre qu&rsquo;il demande et le don doit pr\u00e9server la dignit\u00e9 du receveur.<br>Dans la Kabbale, cette relation d\u00e9passe la simple charit\u00e9 car le Guimel y symbolise l&rsquo;abondance, la mis\u00e9ricorde et le flux de la b\u00e9n\u00e9diction divine tandis que le Dalet symbolise la r\u00e9ceptivit\u00e9, l&rsquo;humilit\u00e9 et la capacit\u00e9 d&rsquo;accueillir cette abondance. Le Zohar voit les lettres comme des canaux d&rsquo;\u00e9nergie divine et le Guimel est souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme le symbole de la bienveillance (hessed) qui se d\u00e9verse vers le monde, repr\u00e9sentant un flux qui ne reste pas enferm\u00e9 en lui-m\u00eame mais circule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, toute croissance spirituelle repose sur un \u00e9quilibre entre donner (Guimel) et recevoir (Dalet). Celui qui ne sait que donner finit par s&rsquo;\u00e9puiser ; celui qui ne sait que recevoir ne peut pas transmettre. La tradition juive voit ces deux lettres comme compl\u00e9mentaires : le don n&rsquo;a de sens que s&rsquo;il rencontre un r\u00e9cepteur, et la r\u00e9ception ouvre la possibilit\u00e9 de devenir \u00e0 son tour un donateur.<br>Le Sefer Yetzirah d\u00e9crit le Guimel comme l&rsquo;une des lettres fondamentales de la cr\u00e9ation. Il lui associe notamment le mouvement, la richesse et la f\u00e9condit\u00e9 et lui conf\u00e8re une force de transition entre des \u00e9tats.<br>Judah Loew ben Bezalel, le Maharal de Prague explique que le nombre 3, valeur num\u00e9rique du Guimel, est le premier nombre qui cr\u00e9e une stabilit\u00e9 : si le 1 est l\u2019unit\u00e9, le 2, l\u2019opposition, alors le 3 repr\u00e9sente la r\u00e9solution du conflit et l\u2019\u00e9quilibre. Le Guimel symbolise ainsi un d\u00e9passement de la dualit\u00e9.<br>Jacob ben Asher, le Baal HaTourim rel\u00e8ve \u00e0 plusieurs reprises des liens de guematria avec la lettre Guimel et le verbe gamal (\u00ab r\u00e9compenser \u00bb, \u00ab faire du bien \u00bb), soulignant que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 entra\u00eene une r\u00e9compense spirituelle. Pour Samson Raphael Hirsch, le Guimel repr\u00e9sente une personne qui est en mouvement car la bont\u00e9 n&rsquo;est pas passive : elle exige de se d\u00e9placer vers autrui et de transformer le potentiel en action.<br>C\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente dans de nombreux commentaires qui pr\u00e9sentent le Guimel comme une lettre de mouvement puisqu\u2019il avance vers le Dalet, transmet plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;accumule, relie la richesse au partage et rappelle que les b\u00e9n\u00e9dictions sont destin\u00e9es \u00e0 circuler. Cette image r\u00e9sume bien sa place dans la pens\u00e9e juive : la v\u00e9ritable abondance ne consiste pas \u00e0 poss\u00e9der, mais \u00e0 faire passer ce que l&rsquo;on a re\u00e7u vers quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre.<br>Le lien entre le Guimel et le d\u00e9passement de la dualit\u00e9 est une id\u00e9e profonde que l&rsquo;on retrouve chez plusieurs penseurs juifs, car il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique du nombre 3, mais d&rsquo;une mani\u00e8re de comprendre la r\u00e9alit\u00e9. 1 (Aleph) repr\u00e9sente l&rsquo;unit\u00e9 originelle : la transcendance, la source, l&rsquo;\u00eatre avant toute distinction. 2 (Bet) introduit la s\u00e9paration : ciel et terre, homme et femme, donner et recevoir, bien et mal. La cr\u00e9ation commence avec la dualit\u00e9. 3 (Guimel) permet de relier les deux p\u00f4les sans les supprimer. C&rsquo;est le principe de m\u00e9diation&nbsp;: le trois ne fait pas dispara\u00eetre les oppos\u00e9s : il les met en relation.<br>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que symbolise le Guimel face au Dalet. S&rsquo;il n&rsquo;y avait que deux p\u00f4les, chacun resterait enferm\u00e9 dans son identit\u00e9 : l&rsquo;un poss\u00e8de, l&rsquo;autre manque. Le mouvement du Guimel transforme cette opposition en relation. Ce qui semblait \u00eatre une diff\u00e9rence devient une circulation. Si la dualit\u00e9 cr\u00e9e une distance, le Guimel cr\u00e9e un lien.<br>C\u2019est ainsi que pour la Kabbale le cr\u00e9ateur se r\u00e9v\u00e8le par un jeu de polarit\u00e9s : justice et mis\u00e9ricorde, masculin et f\u00e9minin, transcendance et immanence. La perfection n&rsquo;est pas la victoire d&rsquo;un p\u00f4le sur l&rsquo;autre, mais leur harmonie.<br>Le Guimel repr\u00e9sente cette dynamique : il est le mouvement qui fait passer l&rsquo;abondance d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. La Torah est souvent construite sur ce sch\u00e9ma.<br>Par exemple Abraham incarne la bont\u00e9 (Hessed), Isaac incarne la rigueur (Guevoura) et Jacob repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9quilibre (Tiferet). Jacob est le \u00ab troisi\u00e8me \u00bb qui ne choisit pas un extr\u00eame contre l&rsquo;autre&nbsp;: il les int\u00e8gre dans une unit\u00e9 sup\u00e9rieure.<br>Cette structure \u00e9voque ce que certains philosophes appelleraient une dialectique : une tension entre deux p\u00f4les trouve une r\u00e9solution qui ne d\u00e9truit ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, mais les d\u00e9passe. On peut penser \u00e0 Georg Wilhelm Friedrich Hegel, m\u00eame si le Maharal lui est ant\u00e9rieur de plusieurs si\u00e8cles. La ressemblance est formelle, mais leurs cadres de pens\u00e9e restent tr\u00e8s diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan humain, le Guimel enseigne qu&rsquo;on ne grandit pas en \u00e9liminant les tensions de l&rsquo;existence, mais en apprenant \u00e0 les habiter. Par exemple libert\u00e9 et responsabilit\u00e9, force et compassion, action et contemplation ; recevoir et donner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La maturit\u00e9 consiste \u00e0 ne plus voir ces r\u00e9alit\u00e9s comme des contradictions insolubles, mais comme des dimensions compl\u00e9mentaires d&rsquo;une m\u00eame vie. C&rsquo;est peut-\u00eatre la raison pour laquelle le Guimel est une lettre \u00ab en marche \u00bb : il ne d\u00e9signe pas un \u00e9tat fig\u00e9, mais un passage. Dans la pens\u00e9e juive, la v\u00e9rit\u00e9 se manifeste souvent moins dans un \u00e9quilibre statique que dans une relation vivante entre des p\u00f4les qui restent distincts tout en \u00e9tant unis. Cette capacit\u00e9 \u00e0 faire circuler la vie, la b\u00e9n\u00e9diction ou le sens d&rsquo;un p\u00f4le \u00e0 l&rsquo;autre est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet de d\u00e9passer la simple dualit\u00e9 sans l&rsquo;abolir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la pens\u00e9e juive, la lettre h\u00e9bra\u00efque \u05d2 (Guimel ou Gimmel) est riche en significations symboliques, notamment dans la Kabbale et la tradition rabbinique. En r\u00e9sum\u00e9, le Guimel est traditionnellement le symbole de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 active, du mouvement vers autrui et de la transmission de l&rsquo;abondance. Dans la pens\u00e9e juive, il rappelle que la bont\u00e9 ne consiste pas seulement \u00e0 donner, mais \u00e0 aller \u00e0 la rencontre de celui qui a besoin d&rsquo;aide. La relation entre \u05d2 (Guimel) et \u05d3 (Dalet) est l&rsquo;un des symboles les plus c\u00e9l\u00e8bres de la tradition juive. Elle est expliqu\u00e9e notamment dans le Talmud (trait\u00e9 Shabbat 104a) : \u00ab Pourquoi le Guimel suit-il le Dalet ? Parce qu&rsquo;il est du devoir de celui qui dispense la bont\u00e9 (gomel hassadim) de courir apr\u00e8s le pauvre (dal)\u00bb. C&rsquo;est la source classique de l&rsquo;interpr\u00e9tation Guimel\u2013Dalet. En effet, dans l&rsquo;alphabet h\u00e9breu, le Guimel est suivi du Dalet, dont le nom \u00e9voque la pauvret\u00e9 (dal signifie \u00ab pauvre \u00bb). Selon cette interpr\u00e9tation classique du Talmud, la forme du Guimel semble se diriger vers le Dalet, ce qui symbolise le devoir d&rsquo;aller vers les personnes d\u00e9munies pour les aider, plut\u00f4t que d&rsquo;attendre qu&rsquo;elles demandent. Le Guimel : celui qui donne, est associ\u00e9 au mot gomel (\u00ab celui qui dispense des bienfaits \u00bb) et repr\u00e9sente la personne g\u00e9n\u00e9reuse qui agit avec bont\u00e9 (hessed).Le Dalet : celui qui re\u00e7oit est associ\u00e9 au mot dal, qui signifie \u00ab pauvre \u00bb, \u00ab d\u00e9muni \u00bb ou \u00ab humble \u00bb et repr\u00e9sente celui qui est dans le besoin, mat\u00e9riellement ou spirituellement.Pourquoi le Guimel fait face au Dalet ?Les rabbins remarquent que, dans la forme traditionnelle des lettres :\u2022 le pied du Guimel semble \u00eatre tourn\u00e9 vers le Dalet, comme s&rsquo;il avan\u00e7ait vers lui ;\u2022 le Dalet para\u00eet l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9, ce qui est interpr\u00e9t\u00e9 comme une image de la dignit\u00e9 du pauvre : il n&rsquo;a pas \u00e0 fixer le donateur ni \u00e0 \u00e9prouver de honte.Le message est double : c&rsquo;est au donateur d&rsquo;aller vers le n\u00e9cessiteux, sans attendre qu&rsquo;il demande et le don doit pr\u00e9server la dignit\u00e9 du receveur.Dans la Kabbale, cette relation d\u00e9passe la simple charit\u00e9 car le Guimel y symbolise l&rsquo;abondance, la mis\u00e9ricorde et le flux de la b\u00e9n\u00e9diction divine tandis que le Dalet symbolise la r\u00e9ceptivit\u00e9, l&rsquo;humilit\u00e9 et la capacit\u00e9 d&rsquo;accueillir cette abondance. Le Zohar voit les lettres comme des canaux d&rsquo;\u00e9nergie divine et le Guimel est souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme le symbole de la bienveillance (hessed) qui se d\u00e9verse vers le monde, repr\u00e9sentant un flux qui ne reste pas enferm\u00e9 en lui-m\u00eame mais circule. Ainsi, toute croissance spirituelle repose sur un \u00e9quilibre entre donner (Guimel) et recevoir (Dalet). Celui qui ne sait que donner finit par s&rsquo;\u00e9puiser ; celui qui ne sait que recevoir ne peut pas transmettre. La tradition juive voit ces deux lettres comme compl\u00e9mentaires : le don n&rsquo;a de sens que s&rsquo;il rencontre un r\u00e9cepteur, et la r\u00e9ception ouvre la possibilit\u00e9 de devenir \u00e0 son tour un donateur.Le Sefer Yetzirah d\u00e9crit le Guimel comme l&rsquo;une des lettres fondamentales de la cr\u00e9ation. Il lui associe notamment le mouvement, la richesse et la f\u00e9condit\u00e9 et lui conf\u00e8re une force de transition entre des \u00e9tats.Judah Loew ben Bezalel, le Maharal de Prague explique que le nombre 3, valeur num\u00e9rique du Guimel, est le premier nombre qui cr\u00e9e une stabilit\u00e9 : si le 1 est l\u2019unit\u00e9, le 2, l\u2019opposition, alors le 3 repr\u00e9sente la r\u00e9solution du conflit et l\u2019\u00e9quilibre. Le Guimel symbolise ainsi un d\u00e9passement de la dualit\u00e9.Jacob ben Asher, le Baal HaTourim rel\u00e8ve \u00e0 plusieurs reprises des liens de guematria avec la lettre Guimel et le verbe gamal (\u00ab r\u00e9compenser \u00bb, \u00ab faire du bien \u00bb), soulignant que la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 entra\u00eene une r\u00e9compense spirituelle. Pour Samson Raphael Hirsch, le Guimel repr\u00e9sente une personne qui est en mouvement car la bont\u00e9 n&rsquo;est pas passive : elle exige de se d\u00e9placer vers autrui et de transformer le potentiel en action.C\u2019est une id\u00e9e r\u00e9currente dans de nombreux commentaires qui pr\u00e9sentent le Guimel comme une lettre de mouvement puisqu\u2019il avance vers le Dalet, transmet plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;accumule, relie la richesse au partage et rappelle que les b\u00e9n\u00e9dictions sont destin\u00e9es \u00e0 circuler. Cette image r\u00e9sume bien sa place dans la pens\u00e9e juive : la v\u00e9ritable abondance ne consiste pas \u00e0 poss\u00e9der, mais \u00e0 faire passer ce que l&rsquo;on a re\u00e7u vers quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre.Le lien entre le Guimel et le d\u00e9passement de la dualit\u00e9 est une id\u00e9e profonde que l&rsquo;on retrouve chez plusieurs penseurs juifs, car il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique du nombre 3, mais d&rsquo;une mani\u00e8re de comprendre la r\u00e9alit\u00e9. 1 (Aleph) repr\u00e9sente l&rsquo;unit\u00e9 originelle : la transcendance, la source, l&rsquo;\u00eatre avant toute distinction. 2 (Bet) introduit la s\u00e9paration : ciel et terre, homme et femme, donner et recevoir, bien et mal. La cr\u00e9ation commence avec la dualit\u00e9. 3 (Guimel) permet de relier les deux p\u00f4les sans les supprimer. C&rsquo;est le principe de m\u00e9diation&nbsp;: le trois ne fait pas dispara\u00eetre les oppos\u00e9s : il les met en relation.C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que symbolise le Guimel face au Dalet. S&rsquo;il n&rsquo;y avait que deux p\u00f4les, chacun resterait enferm\u00e9 dans son identit\u00e9 : l&rsquo;un poss\u00e8de, l&rsquo;autre manque. Le mouvement du Guimel transforme cette opposition en relation. Ce qui semblait \u00eatre une diff\u00e9rence devient une circulation. Si la dualit\u00e9 cr\u00e9e une distance, le Guimel cr\u00e9e un lien.C\u2019est ainsi que pour la Kabbale le cr\u00e9ateur se r\u00e9v\u00e8le par un jeu de polarit\u00e9s : justice et mis\u00e9ricorde, masculin et f\u00e9minin, transcendance et immanence. La perfection n&rsquo;est pas la victoire d&rsquo;un p\u00f4le sur l&rsquo;autre, mais leur harmonie.Le Guimel repr\u00e9sente cette dynamique : il est le mouvement qui fait passer l&rsquo;abondance d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. La Torah est souvent construite sur ce sch\u00e9ma.Par exemple Abraham incarne la bont\u00e9 (Hessed), Isaac incarne la rigueur (Guevoura) et Jacob repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9quilibre (Tiferet). Jacob est le \u00ab troisi\u00e8me \u00bb qui ne choisit pas un extr\u00eame contre l&rsquo;autre&nbsp;: il les int\u00e8gre dans une unit\u00e9 sup\u00e9rieure.Cette structure \u00e9voque ce que certains philosophes appelleraient une dialectique : une tension entre deux p\u00f4les trouve une r\u00e9solution qui ne d\u00e9truit ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, mais les d\u00e9passe. On peut penser \u00e0 Georg Wilhelm Friedrich Hegel, m\u00eame si le Maharal lui est ant\u00e9rieur de plusieurs si\u00e8cles. La ressemblance est formelle, mais leurs cadres de pens\u00e9e restent tr\u00e8s diff\u00e9rents. Sur le plan humain, le Guimel enseigne qu&rsquo;on ne grandit pas en \u00e9liminant les tensions de l&rsquo;existence, mais en apprenant \u00e0 les habiter. Par exemple libert\u00e9 et responsabilit\u00e9, force et compassion, action et contemplation ; recevoir et donner. La maturit\u00e9 consiste \u00e0 ne plus voir ces r\u00e9alit\u00e9s comme des contradictions insolubles, mais comme des dimensions compl\u00e9mentaires d&rsquo;une m\u00eame vie. C&rsquo;est peut-\u00eatre la raison pour laquelle le Guimel est une lettre \u00ab en marche \u00bb : il ne d\u00e9signe pas un \u00e9tat fig\u00e9, mais un passage. Dans la pens\u00e9e juive, la v\u00e9rit\u00e9 se manifeste souvent moins dans un \u00e9quilibre statique que dans une relation vivante entre des p\u00f4les qui restent distincts tout en \u00e9tant unis. Cette capacit\u00e9 \u00e0 faire circuler la vie, la b\u00e9n\u00e9diction ou le sens d&rsquo;un p\u00f4le \u00e0 l&rsquo;autre est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet de d\u00e9passer la simple dualit\u00e9 sans l&rsquo;abolir.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":"","_ppma_block_editor_authors":""},"categories":[31],"tags":[],"series":[40],"ppma_author":[25],"class_list":["post-1568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts-et-litterature","series-numero-4"],"authors":[{"term_id":25,"user_id":4,"is_guest":0,"slug":"jmmaigne","display_name":"Jean-Michel Maigne","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c54fb3d88022aa8a34b6fb9e5d349bf56e30a3678f163c80bcd550d0ca11a704?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Jean-Michel","last_name":"Maigne","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1568"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1577,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1568\/revisions\/1577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1568"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1568"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}