{"id":1451,"date":"2026-08-23T19:46:08","date_gmt":"2026-08-23T17:46:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=1451"},"modified":"2026-09-01T08:06:08","modified_gmt":"2026-09-01T06:06:08","slug":"sion-dans-la-priere-juive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/08\/23\/sion-dans-la-priere-juive\/","title":{"rendered":"Sion dans la pri\u00e8re juive"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la Torah, Sion d\u00e9signe d&rsquo;abord la forteresse conquise par le roi David, puis la colline o\u00f9 se trouve le Temple, avant d&rsquo;en venir \u00e0 d\u00e9signer J\u00e9rusalem tout enti\u00e8re&nbsp;; dans la pri\u00e8re, cette \u00e9volution se poursuit : Sion devient le point o\u00f9 le ciel et la terre se rencontrent, le lieu o\u00f9 la pr\u00e9sence se manifeste dans le monde. Elle n&rsquo;est pas seulement un espace ; elle est un centre, un point de convergence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sion est per\u00e7ue comme objet du d\u00e9sir puisque l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus frappantes de la liturgie est que Sion est presque toujours \u00e9voqu\u00e9e avec le vocabulaire du souvenir, du retour ou de la consolation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la <em>Amida<\/em>, on prie : \u05d5\u05b0\u05dc\u05b4\u05d9\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b7\u05d9\u05b4\u05dd \u05e2\u05b4\u05d9\u05e8\u05b0\u05da\u05b8 \u05d1\u05b0\u05bc\u05e8\u05b7\u05d7\u05b2\u05de\u05b4\u05d9\u05dd \u05ea\u05b8\u05bc\u05e9\u05c1\u05d5\u05bc\u05d1 \u00ab <em>Reviens avec mis\u00e9ricorde \u00e0 J\u00e9rusalem&#8230;<\/em> \u00bb, puis : \u05d1\u05bc\u05d5\u05b9\u05e0\u05b5\u05d4 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b8\u05d9\u05b4\u05dd \u00ab <em>Celui qui reconstruit J\u00e9rusalem.<\/em> \u00bb mais, dans d&rsquo;autres passages, la liturgie parle de Sion : \u05db\u05b4\u05bc\u05d9 \u05de\u05b4\u05e6\u05b4\u05bc\u05d9\u05bc\u05d5\u05b9\u05df \u05ea\u05b5\u05bc\u05e6\u05b5\u05d0 \u05ea\u05bc\u05d5\u05b9\u05e8\u05b8\u05d4 \u00ab <em>Car de Sion sortira la Torah<\/em> \u00bb (verset d\u2019Isa\u00efe 2,3 repris dans la liturgie). Sion est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e comme la source \u00e0 partir de laquelle un enseignement rayonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le repas, dans le Birkhat Hamazon, on demande : \u05d5\u05bc\u05d1\u05b0\u05e0\u05b5\u05d4 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b7\u05d9\u05b4\u05dd \u05e2\u05b4\u05d9\u05e8 \u05d4\u05b7\u05e7\u05b9\u05bc\u05d3\u05b6\u05e9\u05c1&#8230; \u05d1\u05b4\u05bc\u05de\u05b0\u05d4\u05b5\u05e8\u05b8\u05d4 \u05d1\u05b0\u05d9\u05b8\u05de\u05b5\u05d9\u05e0\u05d5\u05bc \u00ab <em>Reb\u00e2tis J\u00e9rusalem, la ville sainte&#8230;<\/em> \u00bb, puis : \u05d1\u05d5\u05e0\u05d4 \u05d1\u05e8\u05d7\u05de\u05d9\u05d5 \u05d9\u05e8\u05d5\u05e9\u05dc\u05d9\u05dd \u00ab <em>Celui qui reconstruit J\u00e9rusalem avec mis\u00e9ricorde<\/em>\u00bb. La reconstruction n&rsquo;est pas uniquement architecturale. Les commentateurs y voient le r\u00e9tablissement d&rsquo;un ordre o\u00f9 le peuple, la justice, le culte et la paix retrouvent leur harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la b\u00e9n\u00e9diction apr\u00e8s la Haftara<sup data-fn=\"d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e\" class=\"fn\"><a href=\"#d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e\" id=\"d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e-link\">1<\/a><\/sup>, on trouve une formule c\u00e9l\u00e8bre : \u05e9\u05b7\u05c2\u05de\u05b5\u05bc\u05d7\u05b7 \u05e6\u05b4\u05d9\u05bc\u05d5\u05b9\u05df \u05d1\u05b0\u05bc\u05d1\u05b8\u05e0\u05b6\u05d9\u05d4\u05b8 \u00ab <em>R\u00e9jouis Sion par ses enfants.<\/em> \u00bb. Sion appara\u00eet ici comme une m\u00e8re qui retrouve ses fils dispers\u00e9s\u00a0; le rassemblement est plus qu&rsquo;un retour g\u00e9ographique : il exprime la restauration d&rsquo;une unit\u00e9 perdue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le <em>Na\u1e25em<\/em> de Ticha be Av, la pri\u00e8re de consolation d\u00e9crit Sion comme \u00ab <em>la ville endeuill\u00e9e, ruin\u00e9e, m\u00e9pris\u00e9e&#8230;<\/em> \u00bb, puis demande sa consolation. L&rsquo;image est presque personnelle : Sion souffre avec son peuple. Elle devient le symbole de toute rupture historique et de toute esp\u00e9rance de r\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Psaume 137 est omnipr\u00e9sent : \u05d0\u05b4\u05dd\u05be\u05d0\u05b6\u05e9\u05b0\u05c1\u05db\u05b8\u05bc\u05d7\u05b5\u05da\u05b0 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b8\u05d9\u05b4\u05dd \u00ab <em>Si je t&rsquo;oublie, J\u00e9rusalem&#8230;<\/em> \u00bb. Mais plusieurs autres psaumes mettent Sion au centre : \u00ab <em>Car l&rsquo;\u00c9ternel a choisi Sion<\/em>. \u00bb ou \u00ab <em>Ceux qui ont confiance sont comme le mont Sion<\/em>\u00bb. Sion repr\u00e9sente alors la stabilit\u00e9, non parce qu&rsquo;elle est une montagne, mais parce qu&rsquo;elle est le point fixe autour duquel l&rsquo;histoire peut retrouver son \u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature kabbalistique associe souvent Sion au point o\u00f9 les diff\u00e9rentes dimensions de la r\u00e9alit\u00e9 se rejoignent. Sion devient le symbole du lieu o\u00f9 la pr\u00e9sence trouve une demeure et o\u00f9 les mondes sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur s&rsquo;accordent. C&rsquo;est pourquoi la liturgie ne demande pas seulement le retour \u00e0 Sion : elle demande que Sion soit consol\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la rupture entre ces dimensions soit r\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la pri\u00e8re juive, Sion est moins un lieu qu&rsquo;une orientation. Elle est le centre vers lequel convergent les aspirations, la source d&rsquo;o\u00f9 rayonne la Torah, le lieu de la pr\u00e9sence au milieu du peuple, le symbole de l&rsquo;unit\u00e9 retrouv\u00e9e apr\u00e8s la dispersion et l&rsquo;image d&rsquo;une humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec son origine et sa vocation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pourquoi la liturgie parle si souvent de \u00ab <em>retourner \u00e0 Sion<\/em> \u00bb (<em>\u05e9\u05d9\u05d1\u05ea \u05e6\u05d9\u05d5\u05df<\/em>, <em>Shivat Tsion<\/em>). Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;un d\u00e9placement dans l&rsquo;espace. Le retour \u00e0 Sion signifie le retour \u00e0 un centre : le r\u00e9tablissement de l&rsquo;ordre, de la justice, de la paix et de l&rsquo;unit\u00e9. Dans cette perspective, Sion n&rsquo;est pas seulement un point sur une carte ; elle est le c\u0153ur vivant vers lequel tend toute la pri\u00e8re d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut se demander si assimiler J\u00e9rusalem et Sion dans la pri\u00e8re est justifi\u00e9\u00a0; si la r\u00e9ponse est positive, c\u2019est avec une nuance importante. Alors que J\u00e9rusalem et Sion sont employ\u00e9es de mani\u00e8re interchangeable dans un langage po\u00e9tique et liturgique, dans la tradition thora\u00efque, rabbinique et chez des penseurs comme le Maharal de Prague<sup data-fn=\"f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b\" class=\"fn\"><a href=\"#f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b\" id=\"f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b-link\">2<\/a><\/sup>, leur assimilation n&rsquo;est jamais totale : chacune porte une signification propre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l&rsquo;origine, Sion (\u05e6\u05d9\u05d5\u05df) d\u00e9signe un lieu pr\u00e9cis : la forteresse conquise par David (II Samuel 5), puis la colline du Temple. Par extension, le nom en vient \u00e0 d\u00e9signer J\u00e9rusalem tout enti\u00e8re, puis m\u00eame le peuple d&rsquo;Isra\u00ebl. J\u00e9rusalem (\u05d9\u05e8\u05d5\u05e9\u05dc\u05d9\u05dd), en revanche, d\u00e9signe la ville dans son ensemble, avec sa dimension historique, politique et communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, les proph\u00e8tes peuvent passer de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre sans rupture, mais ce n&rsquo;est pas un simple synonyme : le changement de terme met souvent en valeur un aspect diff\u00e9rent. La liturgie suit ce mouvement&nbsp;: le registre est affectif et int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez le Maharal, Sion et J\u00e9rusalem ne sont pas totalement synonymes. La distinction est particuli\u00e8rement coh\u00e9rente avec sa pens\u00e9e qui voit dans toute r\u00e9alit\u00e9 un principe int\u00e9rieur (<em>penimiyout<\/em>) et son d\u00e9ploiement ext\u00e9rieur (<em>\u1e25itsoniyout<\/em>) et il distingue ce qui rel\u00e8ve de la structure et ce qui rel\u00e8ve du principe qui l&rsquo;anime. Il distingue ainsi J\u00e9rusalem, comme ville concr\u00e8te o\u00f9 se manifeste l&rsquo;ordre collectif d&rsquo;Isra\u00ebl, de Sion, comme son centre int\u00e9rieur, son point d&rsquo;unit\u00e9. Pour lui, tout \u00eatre vivant poss\u00e8de un centre qui lui donne coh\u00e9rence&nbsp;; de m\u00eame, Isra\u00ebl poss\u00e8de un centre spirituel : Sion. L&rsquo;exil n&rsquo;est pas seulement une dispersion g\u00e9ographique ; il est une perte de ce centre. Le retour \u00e0 Sion signifie donc la restauration de l&rsquo;unit\u00e9 int\u00e9rieure avant m\u00eame le retour physique. Dans cette perspective, on peut dire que J\u00e9rusalem est la cit\u00e9 o\u00f9 se r\u00e9alise l&rsquo;ordre collectif d&rsquo;Isra\u00ebl et Sion est son point int\u00e9rieur, son principe d&rsquo;unit\u00e9. Autrement dit, Sion est \u00e0 J\u00e9rusalem ce que le c\u0153ur est au corps. On peut reconstruire une ville ; mais si son centre vivant n&rsquo;est pas restaur\u00e9, elle n&rsquo;accomplit pas pleinement sa vocation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs commentateurs rapprochent Sion (\u05e6\u05d9\u05d5\u05df) de la racine \u05e6\u05d9\u05d9\u05df, \u00ab marquer \u00bb, \u00ab d\u00e9signer \u00bb, \u00ab signaler \u00bb. Sion serait ainsi le \u00ab point rep\u00e8re \u00bb, le lieu qui oriente. \u00c0 l&rsquo;inverse, J\u00e9rusalem \u00e9voque la ville elle-m\u00eame, son organisation et sa vocation de paix (malgr\u00e9 les d\u00e9bats sur son \u00e9tymologie exacte). Dans cette lecture Sion est le principe, le centre, la source, le lieu de la pr\u00e9sence et de l&rsquo;orientation qui donne sens et J\u00e9rusalem, la manifestation de ce principe dans une ville, une soci\u00e9t\u00e9 et une histoire et dans la r\u00e9citation de la pri\u00e8re, il est parfaitement justifi\u00e9 de comprendre que les deux noms renvoient \u00e0 une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 fondamentale et la tradition liturgique joue d&rsquo;ailleurs constamment de ce parall\u00e9lisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sion correspondrait alors \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 de J\u00e9rusalem, non comme une simple partie g\u00e9ographique, mais comme ce qui lui conf\u00e8re sa vocation et son unit\u00e9. C&rsquo;est sans doute pour cette raison que la liturgie peut demander \u00e0 la fois la consolation de Sion et la reconstruction de J\u00e9rusalem : la premi\u00e8re concerne la restauration du centre vivant, la seconde celle de son expression historique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e\">La Haftara est le texte des proph\u00e8tes lu apr\u00e8s celle de la p\u00e9ricope hebdomadaire de la Torah. <a href=\"#d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b\">Le Maharal de Prague de son vrai nom Rabbi Y\u00e9houda Betzalel Lowe v\u00e9cut de 1512 \u00e0 <a href=\"http:\/\/1609.de\/\"><u>1609.de<\/u><\/a> l\u2019E.C..<br> <a href=\"#f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la Torah, Sion d\u00e9signe d&rsquo;abord la forteresse conquise par le roi David, puis la colline o\u00f9 se trouve le Temple, avant d&rsquo;en venir \u00e0 d\u00e9signer J\u00e9rusalem tout enti\u00e8re&nbsp;; dans la pri\u00e8re, cette \u00e9volution se poursuit : Sion devient le point o\u00f9 le ciel et la terre se rencontrent, le lieu o\u00f9 la pr\u00e9sence se manifeste dans le monde. Elle n&rsquo;est pas seulement un espace ; elle est un centre, un point de convergence. Sion est per\u00e7ue comme objet du d\u00e9sir puisque l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus frappantes de la liturgie est que Sion est presque toujours \u00e9voqu\u00e9e avec le vocabulaire du souvenir, du retour ou de la consolation. Dans la Amida, on prie : \u05d5\u05b0\u05dc\u05b4\u05d9\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b7\u05d9\u05b4\u05dd \u05e2\u05b4\u05d9\u05e8\u05b0\u05da\u05b8 \u05d1\u05b0\u05bc\u05e8\u05b7\u05d7\u05b2\u05de\u05b4\u05d9\u05dd \u05ea\u05b8\u05bc\u05e9\u05c1\u05d5\u05bc\u05d1 \u00ab Reviens avec mis\u00e9ricorde \u00e0 J\u00e9rusalem&#8230; \u00bb, puis : \u05d1\u05bc\u05d5\u05b9\u05e0\u05b5\u05d4 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b8\u05d9\u05b4\u05dd \u00ab Celui qui reconstruit J\u00e9rusalem. \u00bb mais, dans d&rsquo;autres passages, la liturgie parle de Sion : \u05db\u05b4\u05bc\u05d9 \u05de\u05b4\u05e6\u05b4\u05bc\u05d9\u05bc\u05d5\u05b9\u05df \u05ea\u05b5\u05bc\u05e6\u05b5\u05d0 \u05ea\u05bc\u05d5\u05b9\u05e8\u05b8\u05d4 \u00ab Car de Sion sortira la Torah \u00bb (verset d\u2019Isa\u00efe 2,3 repris dans la liturgie). Sion est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e comme la source \u00e0 partir de laquelle un enseignement rayonne. Apr\u00e8s le repas, dans le Birkhat Hamazon, on demande : \u05d5\u05bc\u05d1\u05b0\u05e0\u05b5\u05d4 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b7\u05d9\u05b4\u05dd \u05e2\u05b4\u05d9\u05e8 \u05d4\u05b7\u05e7\u05b9\u05bc\u05d3\u05b6\u05e9\u05c1&#8230; \u05d1\u05b4\u05bc\u05de\u05b0\u05d4\u05b5\u05e8\u05b8\u05d4 \u05d1\u05b0\u05d9\u05b8\u05de\u05b5\u05d9\u05e0\u05d5\u05bc \u00ab Reb\u00e2tis J\u00e9rusalem, la ville sainte&#8230; \u00bb, puis : \u05d1\u05d5\u05e0\u05d4 \u05d1\u05e8\u05d7\u05de\u05d9\u05d5 \u05d9\u05e8\u05d5\u05e9\u05dc\u05d9\u05dd \u00ab Celui qui reconstruit J\u00e9rusalem avec mis\u00e9ricorde\u00bb. La reconstruction n&rsquo;est pas uniquement architecturale. Les commentateurs y voient le r\u00e9tablissement d&rsquo;un ordre o\u00f9 le peuple, la justice, le culte et la paix retrouvent leur harmonie. Dans la b\u00e9n\u00e9diction apr\u00e8s la Haftara, on trouve une formule c\u00e9l\u00e8bre : \u05e9\u05b7\u05c2\u05de\u05b5\u05bc\u05d7\u05b7 \u05e6\u05b4\u05d9\u05bc\u05d5\u05b9\u05df \u05d1\u05b0\u05bc\u05d1\u05b8\u05e0\u05b6\u05d9\u05d4\u05b8 \u00ab R\u00e9jouis Sion par ses enfants. \u00bb. Sion appara\u00eet ici comme une m\u00e8re qui retrouve ses fils dispers\u00e9s\u00a0; le rassemblement est plus qu&rsquo;un retour g\u00e9ographique : il exprime la restauration d&rsquo;une unit\u00e9 perdue. Dans le Na\u1e25em de Ticha be Av, la pri\u00e8re de consolation d\u00e9crit Sion comme \u00ab la ville endeuill\u00e9e, ruin\u00e9e, m\u00e9pris\u00e9e&#8230; \u00bb, puis demande sa consolation. L&rsquo;image est presque personnelle : Sion souffre avec son peuple. Elle devient le symbole de toute rupture historique et de toute esp\u00e9rance de r\u00e9paration. Le Psaume 137 est omnipr\u00e9sent : \u05d0\u05b4\u05dd\u05be\u05d0\u05b6\u05e9\u05b0\u05c1\u05db\u05b8\u05bc\u05d7\u05b5\u05da\u05b0 \u05d9\u05b0\u05e8\u05d5\u05bc\u05e9\u05b8\u05c1\u05dc\u05b8\u05d9\u05b4\u05dd \u00ab Si je t&rsquo;oublie, J\u00e9rusalem&#8230; \u00bb. Mais plusieurs autres psaumes mettent Sion au centre : \u00ab Car l&rsquo;\u00c9ternel a choisi Sion. \u00bb ou \u00ab Ceux qui ont confiance sont comme le mont Sion\u00bb. Sion repr\u00e9sente alors la stabilit\u00e9, non parce qu&rsquo;elle est une montagne, mais parce qu&rsquo;elle est le point fixe autour duquel l&rsquo;histoire peut retrouver son \u00e9quilibre. La litt\u00e9rature kabbalistique associe souvent Sion au point o\u00f9 les diff\u00e9rentes dimensions de la r\u00e9alit\u00e9 se rejoignent. Sion devient le symbole du lieu o\u00f9 la pr\u00e9sence trouve une demeure et o\u00f9 les mondes sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur s&rsquo;accordent. C&rsquo;est pourquoi la liturgie ne demande pas seulement le retour \u00e0 Sion : elle demande que Sion soit consol\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la rupture entre ces dimensions soit r\u00e9par\u00e9e. Dans la pri\u00e8re juive, Sion est moins un lieu qu&rsquo;une orientation. Elle est le centre vers lequel convergent les aspirations, la source d&rsquo;o\u00f9 rayonne la Torah, le lieu de la pr\u00e9sence au milieu du peuple, le symbole de l&rsquo;unit\u00e9 retrouv\u00e9e apr\u00e8s la dispersion et l&rsquo;image d&rsquo;une humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec son origine et sa vocation. C&rsquo;est pourquoi la liturgie parle si souvent de \u00ab retourner \u00e0 Sion \u00bb (\u05e9\u05d9\u05d1\u05ea \u05e6\u05d9\u05d5\u05df, Shivat Tsion). Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;un d\u00e9placement dans l&rsquo;espace. Le retour \u00e0 Sion signifie le retour \u00e0 un centre : le r\u00e9tablissement de l&rsquo;ordre, de la justice, de la paix et de l&rsquo;unit\u00e9. Dans cette perspective, Sion n&rsquo;est pas seulement un point sur une carte ; elle est le c\u0153ur vivant vers lequel tend toute la pri\u00e8re d&rsquo;Isra\u00ebl. On peut se demander si assimiler J\u00e9rusalem et Sion dans la pri\u00e8re est justifi\u00e9\u00a0; si la r\u00e9ponse est positive, c\u2019est avec une nuance importante. Alors que J\u00e9rusalem et Sion sont employ\u00e9es de mani\u00e8re interchangeable dans un langage po\u00e9tique et liturgique, dans la tradition thora\u00efque, rabbinique et chez des penseurs comme le Maharal de Prague, leur assimilation n&rsquo;est jamais totale : chacune porte une signification propre. \u00c0 l&rsquo;origine, Sion (\u05e6\u05d9\u05d5\u05df) d\u00e9signe un lieu pr\u00e9cis : la forteresse conquise par David (II Samuel 5), puis la colline du Temple. Par extension, le nom en vient \u00e0 d\u00e9signer J\u00e9rusalem tout enti\u00e8re, puis m\u00eame le peuple d&rsquo;Isra\u00ebl. J\u00e9rusalem (\u05d9\u05e8\u05d5\u05e9\u05dc\u05d9\u05dd), en revanche, d\u00e9signe la ville dans son ensemble, avec sa dimension historique, politique et communautaire. Ainsi, les proph\u00e8tes peuvent passer de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre sans rupture, mais ce n&rsquo;est pas un simple synonyme : le changement de terme met souvent en valeur un aspect diff\u00e9rent. La liturgie suit ce mouvement&nbsp;: le registre est affectif et int\u00e9rieur. Chez le Maharal, Sion et J\u00e9rusalem ne sont pas totalement synonymes. La distinction est particuli\u00e8rement coh\u00e9rente avec sa pens\u00e9e qui voit dans toute r\u00e9alit\u00e9 un principe int\u00e9rieur (penimiyout) et son d\u00e9ploiement ext\u00e9rieur (\u1e25itsoniyout) et il distingue ce qui rel\u00e8ve de la structure et ce qui rel\u00e8ve du principe qui l&rsquo;anime. Il distingue ainsi J\u00e9rusalem, comme ville concr\u00e8te o\u00f9 se manifeste l&rsquo;ordre collectif d&rsquo;Isra\u00ebl, de Sion, comme son centre int\u00e9rieur, son point d&rsquo;unit\u00e9. Pour lui, tout \u00eatre vivant poss\u00e8de un centre qui lui donne coh\u00e9rence&nbsp;; de m\u00eame, Isra\u00ebl poss\u00e8de un centre spirituel : Sion. L&rsquo;exil n&rsquo;est pas seulement une dispersion g\u00e9ographique ; il est une perte de ce centre. Le retour \u00e0 Sion signifie donc la restauration de l&rsquo;unit\u00e9 int\u00e9rieure avant m\u00eame le retour physique. Dans cette perspective, on peut dire que J\u00e9rusalem est la cit\u00e9 o\u00f9 se r\u00e9alise l&rsquo;ordre collectif d&rsquo;Isra\u00ebl et Sion est son point int\u00e9rieur, son principe d&rsquo;unit\u00e9. Autrement dit, Sion est \u00e0 J\u00e9rusalem ce que le c\u0153ur est au corps. On peut reconstruire une ville ; mais si son centre vivant n&rsquo;est pas restaur\u00e9, elle n&rsquo;accomplit pas pleinement sa vocation. Plusieurs commentateurs rapprochent Sion (\u05e6\u05d9\u05d5\u05df) de la racine \u05e6\u05d9\u05d9\u05df, \u00ab marquer \u00bb, \u00ab d\u00e9signer \u00bb, \u00ab signaler \u00bb. Sion serait ainsi le \u00ab point rep\u00e8re \u00bb, le lieu qui oriente. \u00c0 l&rsquo;inverse, J\u00e9rusalem \u00e9voque la ville elle-m\u00eame, son organisation et sa vocation de paix (malgr\u00e9 les d\u00e9bats sur son \u00e9tymologie exacte). Dans cette lecture Sion est le principe, le centre, la source, le lieu de la pr\u00e9sence et de l&rsquo;orientation qui donne sens et J\u00e9rusalem, la manifestation de ce principe dans une ville, une soci\u00e9t\u00e9 et une histoire et dans la r\u00e9citation de la pri\u00e8re, il est parfaitement justifi\u00e9 de comprendre que les deux noms renvoient \u00e0 une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 fondamentale et la tradition liturgique joue d&rsquo;ailleurs constamment de ce parall\u00e9lisme. Sion correspondrait alors \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 de J\u00e9rusalem, non comme une simple partie g\u00e9ographique, mais comme ce qui lui conf\u00e8re sa vocation et son unit\u00e9. C&rsquo;est sans doute pour cette raison que la liturgie peut demander \u00e0 la fois la consolation de Sion et la reconstruction de J\u00e9rusalem : la premi\u00e8re concerne la restauration du centre vivant, la seconde celle de son expression historique.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1453,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"[{\"content\":\"La Haftara est le texte des proph\u00e8tes lu apr\u00e8s celle de la p\u00e9ricope hebdomadaire de la Torah.\",\"id\":\"d7e1c795-c85e-4ace-88f9-b48d4fe6720e\"},{\"content\":\"Le Maharal de Prague de son vrai nom Rabbi Y\u00e9houda Betzalel Lowe v\u00e9cut de 1512 \u00e0 <a href=\\\"http:\/\/1609.de\/\\\"><u>1609.de<\/u><\/a> l\u2019E.C..<br>\",\"id\":\"f7ff7481-6e4e-4d3c-91d4-0f7b1428a73b\"}]","_members_access_role":[],"_members_access_error":"","_ppma_block_editor_authors":""},"categories":[2],"tags":[],"series":[40],"ppma_author":[25],"class_list":["post-1451","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-reflechissons","series-numero-4"],"authors":[{"term_id":25,"user_id":4,"is_guest":0,"slug":"jmmaigne","display_name":"Jean-Michel Maigne","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c54fb3d88022aa8a34b6fb9e5d349bf56e30a3678f163c80bcd550d0ca11a704?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Jean-Michel","last_name":"Maigne","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1451"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1451\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1452,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1451\/revisions\/1452"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1453"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1451"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1451"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}