{"id":1332,"date":"2026-08-21T19:44:58","date_gmt":"2026-08-21T17:44:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=1332"},"modified":"2026-09-05T18:17:38","modified_gmt":"2026-09-05T16:17:38","slug":"la-lettre-guimel-ou-la-calligraphie-du-mouvement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/08\/21\/la-lettre-guimel-ou-la-calligraphie-du-mouvement\/","title":{"rendered":"La lettre GUIMEL ou la calligraphie du mouvement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Pour continuer le chemin calligraphique, la 4<sup>e<\/sup> lettre que l&rsquo;on apprend est <em>Guimel<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Guimel<\/em> qui elle, est la 3<sup>e<\/sup> lettre de l&rsquo;alphabet. Et ce nombre <em>trois<\/em> va l&rsquo;\u00e9clairer de toutes parts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non seulement par cette 3<sup>e<\/sup> place, qui lui conf\u00e8re cette m\u00eame valeur num\u00e9rique (puisqu&rsquo;en h\u00e9breu, les lettres sont \u00e9galement des nombres), et aussi parce qu&rsquo;elle comporte trois traits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, nous avons explor\u00e9 des lettres \u00e0 un trait, puis deux, et maintenant trois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et \u00e0 la mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;la Valse \u00e0 trois temps&nbsp;\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Jacques Brel, ce 3e trait, il est immense, tout en \u00e9tant minuscule. Finalement, comme nous le racontait la lettre Yod, l&rsquo;infiniment petit et l&rsquo;infiniment grand se rejoignent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce trait, c&rsquo;est un petit pas. Amen\u00e9 par une diagonale que l&rsquo;on trace pour la premi\u00e8re fois, et dont le d\u00e9s\u00e9quilibre nous pousse \u00e0 aller de l&rsquo;avant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Guimel est, dans l&rsquo;ordre calligraphique, la lettre qui initie le mouvement. D&rsquo;une valse, d&rsquo;une danse, d&rsquo;une marche, d&rsquo;une \u00e9volution. Et pas d&rsquo;une r\u00e9volution. Guimel (\u05d2\u05d9\u05de\u05b6\u05dc )avance sans se retourner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La racine \u05d2\u05be\u05de\u05be\u05dc, renvoie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9tribution, de bienfait ou de r\u00e9compense (gemilut). C\u2019est son lien avec le \u201cchameau\u201d (gamal \u05d2\u05b8\u05de\u05b7\u05dc ). En plus du fait qu&rsquo;elle est issue du pictogramme originel qui repr\u00e9sentait cet animal dans l\u2019alphabet protosina\u00eftique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c&rsquo;est dans cette image du vivant que l&rsquo;on d\u00e9couvre une grande sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;alphabet h\u00e9breu&nbsp;: les lettres avancent. C&rsquo;est \u00e0 dire que par leurs formes, elles nous invitent \u00e0 suivre le sens de lecture qui va de la droite vers la gauche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Guimel sort de la 2e lettre, Beth, qui elle, signifie la \u00ab&nbsp;Maison&nbsp;\u00bb. Portant dans ses bosses, l&rsquo;audace de quitter son confort, ses habitudes, ses cadres. Pour aller dans un d\u00e9sert o\u00f9 l&rsquo;on entend tout ce qui d\u00e9passe l&rsquo;entendement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;<em>Il y a toi, y a l&rsquo;amour et y a moi<\/em>&nbsp;\u00bb dit la valse de Brel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, c&rsquo;est bien cela. Aller vers l&rsquo;autre, rencontrer l&rsquo;amour, et \u00e0 travers Lui, se rencontrer soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Lekh Lekha&nbsp;\u00bb<\/em> dit la Torah (Berechit) : \u00ab&nbsp;<em>Va vers toi<\/em>&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est ce que <em><strong>Hachem<\/strong><\/em> dit \u00e0 Avraham. Sors de la <em>Maison<\/em> de ton p\u00e8re. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la paracha <em>Guimel<\/em>, la 3\u00e8me, qui le dit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une paracha sous forme de petite chamelle qui va braver l&rsquo;inconnu, l&rsquo;immensit\u00e9, le vide&#8230; l&rsquo;amour. Puisque c&rsquo;est dans ce d\u00e9sert de nous-m\u00eames que la gr\u00e2ce peut surgir. Dans cet espace libre que la Transcendance peut occuper.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la tradition, cela pourrait \u00e9voquer le Souffle entre les deux ch\u00e9rubins qui gardent l&rsquo;Arbre de Vie dans le jardin d&rsquo;\u00e9den. Ce deuxi\u00e8me arbre qui se trouvait juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui de la Connaissance. Il y a la Connaissance. Et il y a la Vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et <em>Guimel<\/em> ne serait-elle pas le lien entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette Connaissance qui se tisse au fil de nos Vies. De notre cheminement. Comme si notre marche sur Terre faisait \u00e9cho \u00e0 la marche des Cieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car le Souffle aussi chemine. Au c\u0153ur de nous. Si nous le laissons passer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui nous renvoie au terme \u00ab&nbsp;h\u00e9breu&nbsp;\u00bb, dont la racine provient du mot ivri, qui veut dire \u00ab&nbsp;passer&nbsp;\u00bb. Nous sommes des passants. Ou des passeurs. Ou des passagers. Nous sommes des Guimel avec nos petits pieds. Et nos pas laissent des traces qui tissent l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans mes ateliers de calligraphie, je remarque que tous les \u00e9l\u00e8ves aiment Guimel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle est justement cette messag\u00e8re qui vient transmettre et donner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors ils aiment l\u2019\u00e9couter, la regarder, la calligraphier. Ils aiment son air guilleret, sa diagonale qui danse, et son petit pied qui avance. M\u00eame si souvent, au d\u00e9but, ils peinent \u00e0 le faire avancer. Car \u00e0 ce dernier trait, souvent, l&rsquo;esprit se d\u00e9concentre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme si la diagonale d&rsquo;avant les avait justement un peu trop bouscul\u00e9s. Alors ce petit trait d&rsquo;apr\u00e8s, qui a l&rsquo;air tout simplet, ils s&rsquo;y laissent un peu aller. Mais non. C&rsquo;est justement l\u00e0 qu&rsquo;il faut tenir. Tenir le cap de l&rsquo;avanc\u00e9e. Le cap du <em>trois<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le juda\u00efsme, comme dans bien d&rsquo;autres spiritualit\u00e9s, le <em>trois<\/em> est un symbole d&rsquo;unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas le <em>un<\/em>. Dans notre monde, le <em>un<\/em> n&rsquo;est pas accessible. Nous devons <em>Le<\/em> laisser. C&rsquo;est ce que fait la lettre <em>Beth<\/em> en se fermant \u00e0 <em>Aleph<\/em>, la premi\u00e8re lettre qui la pr\u00e9c\u00e8de, et en s&rsquo;ouvrant de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Pour laisser sortir <em>Guimel<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Guimel<\/em> qui, en s&rsquo;offrant au d\u00e9sert, nous apprend la richesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le jeu des toupies de Hanoukah (<em>sevivon<\/em> en h\u00e9breu, <em>draydel<\/em> en yiddish), c&rsquo;est elle qui repr\u00e9sente la richesse. Celle de notre ouverture au monde. A sa pluralit\u00e9, sa diversit\u00e9, son abondance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce 3<sup>e<\/sup> trait, c&rsquo;est comme un trait d&rsquo;union. Entre les \u00eatres, les peuples, les mondes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du monde, et les mondes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec cet espace qui doit toujours exister entre eux. Un espace habit\u00e9 par tout ce qui nous \u00e9chappe. Ce qui est hors de port\u00e9e, hors de contr\u00f4le, hors de toute volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que l&rsquo;on pourrait nommer \u00ab&nbsp;l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 qui est notre \u00e9preuve sur cette terre, autant que notre f\u00e9licit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous sommes capables de voyager. Sur cette vaste <em>Guimel<\/em> qui nous invite \u00e0 aimer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens \u00eatre mont\u00e9e sur un chameau quand j&rsquo;\u00e9tais enfant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela m&rsquo;avait beaucoup impressionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car pour moi, toute petite que j&rsquo;\u00e9tais, il m&rsquo;avait paru si grand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Guimel,<\/em> c&rsquo;est la premi\u00e8re lettre du mot \u00ab&nbsp;grand&nbsp;\u00bb. <em>Gadol<\/em> en h\u00e9breu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme si elle \u00e9tait notre guide vers ce que nous ignorons encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin de nos croyances et de nos certitudes. Loin de nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ou de ce que nous pensions de nous. Ou des autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour cesser de penser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour entendre le vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour apprendre \u00e0 marcher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu&rsquo;\u00e0 devenir grand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela peut nous renvoyer au3<sup>e<\/sup> livre de la Torah&nbsp;: <em>Vayiqra<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">O\u00f9 les h\u00e9breux marchent dans le d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hors de l\u2019\u00c9gypte o\u00f9 ils \u00e9taient enferm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un ventre dont ils doivent lentement se sevrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grandir par la loi en tant qu\u2019\u0153uvre d&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et par cette alliance avec le Ciel, rejoindre leur propre Terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on rejoint sa propre chair.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour enfin, quelque part, \u00eatre bien dans leur peau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Yishrael<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du nom de Yaakov qui fut ainsi renomm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yaakov qui, apr\u00e8s Avraham et Yitzhak, fut le troisi\u00e8me et dernier patriarche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure d&rsquo;accomplissement d&rsquo;une lign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yaakov, dont la racine \u00ab&nbsp;akev&nbsp;\u00bb (\u05e2\u05b8\u05e7\u05b5\u05d1) signifie \u00ab&nbsp;talon&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un talon dont chaque pas forge l&#8217;empreinte de notre destin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour continuer le chemin calligraphique, la 4e lettre que l&rsquo;on apprend est Guimel. Guimel qui elle, est la 3e lettre de l&rsquo;alphabet. Et ce nombre trois va l&rsquo;\u00e9clairer de toutes parts. Non seulement par cette 3e place, qui lui conf\u00e8re cette m\u00eame valeur num\u00e9rique (puisqu&rsquo;en h\u00e9breu, les lettres sont \u00e9galement des nombres), et aussi parce qu&rsquo;elle comporte trois traits. Jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, nous avons explor\u00e9 des lettres \u00e0 un trait, puis deux, et maintenant trois. Et \u00e0 la mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;la Valse \u00e0 trois temps&nbsp;\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Jacques Brel, ce 3e trait, il est immense, tout en \u00e9tant minuscule. Finalement, comme nous le racontait la lettre Yod, l&rsquo;infiniment petit et l&rsquo;infiniment grand se rejoignent. Ce trait, c&rsquo;est un petit pas. Amen\u00e9 par une diagonale que l&rsquo;on trace pour la premi\u00e8re fois, et dont le d\u00e9s\u00e9quilibre nous pousse \u00e0 aller de l&rsquo;avant. Guimel est, dans l&rsquo;ordre calligraphique, la lettre qui initie le mouvement. D&rsquo;une valse, d&rsquo;une danse, d&rsquo;une marche, d&rsquo;une \u00e9volution. Et pas d&rsquo;une r\u00e9volution. Guimel (\u05d2\u05d9\u05de\u05b6\u05dc )avance sans se retourner. La racine \u05d2\u05be\u05de\u05be\u05dc, renvoie \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9tribution, de bienfait ou de r\u00e9compense (gemilut). C\u2019est son lien avec le \u201cchameau\u201d (gamal \u05d2\u05b8\u05de\u05b7\u05dc ). En plus du fait qu&rsquo;elle est issue du pictogramme originel qui repr\u00e9sentait cet animal dans l\u2019alphabet protosina\u00eftique. Et c&rsquo;est dans cette image du vivant que l&rsquo;on d\u00e9couvre une grande sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;alphabet h\u00e9breu&nbsp;: les lettres avancent. C&rsquo;est \u00e0 dire que par leurs formes, elles nous invitent \u00e0 suivre le sens de lecture qui va de la droite vers la gauche. Guimel sort de la 2e lettre, Beth, qui elle, signifie la \u00ab&nbsp;Maison&nbsp;\u00bb. Portant dans ses bosses, l&rsquo;audace de quitter son confort, ses habitudes, ses cadres. Pour aller dans un d\u00e9sert o\u00f9 l&rsquo;on entend tout ce qui d\u00e9passe l&rsquo;entendement. \u00ab&nbsp;Il y a toi, y a l&rsquo;amour et y a moi&nbsp;\u00bb dit la valse de Brel. Oui, c&rsquo;est bien cela. Aller vers l&rsquo;autre, rencontrer l&rsquo;amour, et \u00e0 travers Lui, se rencontrer soi. \u00ab&nbsp;Lekh Lekha&nbsp;\u00bb dit la Torah (Berechit) : \u00ab&nbsp;Va vers toi&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est ce que Hachem dit \u00e0 Avraham. Sors de la Maison de ton p\u00e8re. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la paracha Guimel, la 3\u00e8me, qui le dit. Une paracha sous forme de petite chamelle qui va braver l&rsquo;inconnu, l&rsquo;immensit\u00e9, le vide&#8230; l&rsquo;amour. Puisque c&rsquo;est dans ce d\u00e9sert de nous-m\u00eames que la gr\u00e2ce peut surgir. Dans cet espace libre que la Transcendance peut occuper. Dans la tradition, cela pourrait \u00e9voquer le Souffle entre les deux ch\u00e9rubins qui gardent l&rsquo;Arbre de Vie dans le jardin d&rsquo;\u00e9den. Ce deuxi\u00e8me arbre qui se trouvait juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui de la Connaissance. Il y a la Connaissance. Et il y a la Vie. Et Guimel ne serait-elle pas le lien entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre&nbsp;? Cette Connaissance qui se tisse au fil de nos Vies. De notre cheminement. Comme si notre marche sur Terre faisait \u00e9cho \u00e0 la marche des Cieux. Car le Souffle aussi chemine. Au c\u0153ur de nous. Si nous le laissons passer. Ce qui nous renvoie au terme \u00ab&nbsp;h\u00e9breu&nbsp;\u00bb, dont la racine provient du mot ivri, qui veut dire \u00ab&nbsp;passer&nbsp;\u00bb. Nous sommes des passants. Ou des passeurs. Ou des passagers. Nous sommes des Guimel avec nos petits pieds. Et nos pas laissent des traces qui tissent l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Dans mes ateliers de calligraphie, je remarque que tous les \u00e9l\u00e8ves aiment Guimel. Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle est justement cette messag\u00e8re qui vient transmettre et donner. Alors ils aiment l\u2019\u00e9couter, la regarder, la calligraphier. Ils aiment son air guilleret, sa diagonale qui danse, et son petit pied qui avance. M\u00eame si souvent, au d\u00e9but, ils peinent \u00e0 le faire avancer. Car \u00e0 ce dernier trait, souvent, l&rsquo;esprit se d\u00e9concentre. Comme si la diagonale d&rsquo;avant les avait justement un peu trop bouscul\u00e9s. Alors ce petit trait d&rsquo;apr\u00e8s, qui a l&rsquo;air tout simplet, ils s&rsquo;y laissent un peu aller. Mais non. C&rsquo;est justement l\u00e0 qu&rsquo;il faut tenir. Tenir le cap de l&rsquo;avanc\u00e9e. Le cap du trois. Dans le juda\u00efsme, comme dans bien d&rsquo;autres spiritualit\u00e9s, le trois est un symbole d&rsquo;unit\u00e9. Pas le un. Dans notre monde, le un n&rsquo;est pas accessible. Nous devons Le laisser. C&rsquo;est ce que fait la lettre Beth en se fermant \u00e0 Aleph, la premi\u00e8re lettre qui la pr\u00e9c\u00e8de, et en s&rsquo;ouvrant de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Pour laisser sortir Guimel. Guimel qui, en s&rsquo;offrant au d\u00e9sert, nous apprend la richesse. Dans le jeu des toupies de Hanoukah (sevivon en h\u00e9breu, draydel en yiddish), c&rsquo;est elle qui repr\u00e9sente la richesse. Celle de notre ouverture au monde. A sa pluralit\u00e9, sa diversit\u00e9, son abondance. Ce 3e trait, c&rsquo;est comme un trait d&rsquo;union. Entre les \u00eatres, les peuples, les mondes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du monde, et les mondes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous. Avec cet espace qui doit toujours exister entre eux. Un espace habit\u00e9 par tout ce qui nous \u00e9chappe. Ce qui est hors de port\u00e9e, hors de contr\u00f4le, hors de toute volont\u00e9. Ce que l&rsquo;on pourrait nommer \u00ab&nbsp;l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. L&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 qui est notre \u00e9preuve sur cette terre, autant que notre f\u00e9licit\u00e9. Si nous sommes capables de voyager. Sur cette vaste Guimel qui nous invite \u00e0 aimer. Je me souviens \u00eatre mont\u00e9e sur un chameau quand j&rsquo;\u00e9tais enfant. Cela m&rsquo;avait beaucoup impressionn\u00e9e. Car pour moi, toute petite que j&rsquo;\u00e9tais, il m&rsquo;avait paru si grand. Guimel, c&rsquo;est la premi\u00e8re lettre du mot \u00ab&nbsp;grand&nbsp;\u00bb. Gadol en h\u00e9breu. Comme si elle \u00e9tait notre guide vers ce que nous ignorons encore. Loin de nos croyances et de nos certitudes. Loin de nous. Ou de ce que nous pensions de nous. Ou des autres. Pour cesser de penser. Pour entendre le vent. Pour apprendre \u00e0 marcher. Jusqu&rsquo;\u00e0 devenir grand. Cela peut nous renvoyer au3e livre de la Torah&nbsp;: Vayiqra. O\u00f9 les h\u00e9breux marchent dans le d\u00e9sert. Hors de l\u2019\u00c9gypte o\u00f9 ils \u00e9taient enferm\u00e9s. Un ventre dont ils doivent lentement se sevrer. Grandir par la loi en tant qu\u2019\u0153uvre d&rsquo;humanit\u00e9. Et par cette alliance avec le Ciel, rejoindre leur propre Terre. Comme on rejoint sa propre chair. Pour enfin, quelque part, \u00eatre bien dans leur peau. Yishrael. Du nom de Yaakov qui fut ainsi renomm\u00e9. Yaakov qui, apr\u00e8s Avraham et Yitzhak, fut le troisi\u00e8me et dernier patriarche. Figure d&rsquo;accomplissement d&rsquo;une lign\u00e9e. Yaakov, dont la racine \u00ab&nbsp;akev&nbsp;\u00bb (\u05e2\u05b8\u05e7\u05b5\u05d1) signifie \u00ab&nbsp;talon&nbsp;\u00bb. Un talon dont chaque pas forge l&#8217;empreinte de notre destin\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":1482,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":"","_ppma_block_editor_authors":""},"categories":[31],"tags":[],"series":[40],"ppma_author":[23],"class_list":["post-1332","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts-et-litterature","series-numero-4"],"authors":[{"term_id":23,"user_id":5,"is_guest":0,"slug":"cmarin","display_name":"Claire Marin","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/5bb5d2d6b08c683c65040b7fbc7bba15a002545796cc15309786527961c9b4e2?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"Claire","last_name":"Marin","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1332","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1332"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1332\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1579,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1332\/revisions\/1579"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1482"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1332"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1332"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}