{"id":1317,"date":"2026-08-23T15:23:51","date_gmt":"2026-08-23T13:23:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=1317"},"modified":"2026-09-01T15:56:28","modified_gmt":"2026-09-01T13:56:28","slug":"hatikvah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/08\/23\/hatikvah\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Espoir ou haTikvah ( \u05d4\u05b7\u05ea\u05b4\u05bc\u05e7\u05b0\u05d5\u05b8\u05d4 )"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure style=\"background-image:linear-gradient(135deg,rgb(238,238,238) 0%,rgb(219,231,238) 100%);\" class=\"wp-block-pullquote has-text-align-center has-small-font-size has-background\"><blockquote><p><br><em>Hatikvah<\/em><br>\u05d4\u05b7\u05ea\u05b4\u05bc\u05e7\u05b0\u05d5\u05b8\u05d4 est connu pour \u00eatre le titre de l\u2019hymne isra\u00e9lien.<br><em>Hatikvah<\/em> signifie l\u2019esp\u00e9rance.<br>Ce chant \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 comme hymne officiel du sionisme au<br><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Histoire_du_sionisme\">18<sup>e<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Histoire_du_sionisme\">congr\u00e8s sioniste mondial<\/a> en1933, puis il est devenu l\u2019hymne national isra\u00e9lien \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat en 1948.<br>Comme son nom l\u2019indique c\u2019est un chant plein d\u2019espoir qui a \u00e9t\u00e9 entonn\u00e9 au printemps 1943 par les r\u00e9sistants du ghetto de Varsovie, et d\u2019apr\u00e8s des t\u00e9moignages par des Juifs tch\u00e9coslovaques avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9s \u00e0 Auschwitz en 1944.<br><br>Ce chant dit :<br>\u201c<em>Aussi longtemps qu\u2019au fond du c\u0153ur<\/em><br><em>L\u2019\u00e2me du juif vibre<\/em><br><em>Et que vers les confins de l\u2019Orient<\/em><br><em>Un \u0153il sur Sion se fixe.<\/em><br><em>Nous n\u2019avons pas encore perdu l\u2019espoir<\/em><br><em>Espoir vieux de deux mille ans,<\/em><br><em>De vivre librement dans notre pays,<\/em><br><em>Terre de Sion et de J\u00e9rusalem.<\/em><br><em>De vivre librement dans notre pays,<\/em><br><em>Terre de Sion et de J\u00e9rusalem.\u201d<\/em><br><br>Le rabbin Daniel Knafo, rabbin de Boulogne Billancourt, et ancien rabbin de Montpellier, nous fait l\u2019honneur de nous livrer sa r\u00e9flexion sur la signification biblique du mot \u201c<em>tikva<\/em> \u201c\u00e0 partir des textes de la tradition juive.<br>Ce texte in\u00e9dit nous apprend le r\u00f4le central de l\u2019espoir dans la culture et la religion juive depuis la Torah jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<br><br>                                                                                                                                          <br>                                                                                                                                                                                                   <strong>G.S.F. <\/strong><br><br><br><br><br><\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Le mot Tikva peut \u00eatre analys\u00e9, dans son \u00e9tymologie, \u00e0 partir de sa racine. Tikva renvoie \u00e0 la racine h\u00e9bra\u00efque \u201c<em>Kav<\/em>\u201d. \u201c<em>Kav<\/em>\u201d, en h\u00e9breu, c\u2019est une ligne, une succession de points. Or, une ligne, par d\u00e9finition, se constitue point apr\u00e8s point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela nous donne d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re intuition : celle d\u2019un cheminement qui se prolonge, qui se d\u00e9ploie. Mais ce cheminement ne se donne pas d\u2019embl\u00e9e dans sa pl\u00e9nitude, dans sa totalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il se d\u00e9couvre a posteriori, comme une ligne qui appara\u00eet progressivement, comme l\u2019expression d\u2019une continuit\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a donc ici l\u2019id\u00e9e d\u2019un parcours, d\u2019un d\u00e9ploiement successif\u2026 Et peut-\u00eatre, \u00e0 travers cela, la possibilit\u00e9 de dire que la vie elle-m\u00eame est une captation graduelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un principe fondamental : lorsqu\u2019un mot ou une id\u00e9e appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans les textes, c\u2019est \u00e0 cet endroit-l\u00e0 qu\u2019il faut se r\u00e9f\u00e9rer pour en saisir le sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, si l\u2019on se tourne vers le r\u00e9cit de la cr\u00e9ation, dans le livre de la Gen\u00e8se, on constate que le troisi\u00e8me jour est pr\u00e9cis\u00e9ment un moment de r\u00e9paration. R\u00e9paration de quoi ? De la s\u00e9paration qui a eu lieu au deuxi\u00e8me jour. Au deuxi\u00e8me jour, il y a s\u00e9paration des eaux : les eaux d\u2019en haut \u2014 que l\u2019on pourrait associer \u00e0 une forme de pl\u00e9nitude d\u2019abondance. et les eaux d\u2019en bas, que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019eaux de la frustration, des eaux qui pleurent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce qui reste de cette dimension des eaux d\u2019en bas, dans ce manque, dans cette fracture, que va se loger la possibilit\u00e9 de l\u2019espoir. Le texte dit que les eaux convergent vers un lieu pour que la terre ferme soit visible. Autrement dit, il y a un mouvement de rassemblement, de convergence. Et le principe m\u00eame de l\u2019espoir, c\u2019est peut-\u00eatre cela : <em>\u00eatre le lieu o\u00f9 se d\u00e9voile l\u2019unit\u00e9 des choses,<\/em> le lieu o\u00f9 l\u2019on retrouve le sens de cette unit\u00e9. On peut ici faire \u00e9cho \u00e0 un verset du proph\u00e8te Isa\u00efe (Ch. 46) \u00ab <em>Maguid m\u00e9reshit aharit<\/em> \u00bb \u2014 le d\u00e9but annonce la fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais en r\u00e9alit\u00e9, pour que le d\u00e9but puisse dire la fin, encore faut-il que la fin soit d\u00e9voil\u00e9e comme telle. <em>Le propre de ce qui est premier, \u00e0 quelque niveau que ce soit du cheminement, c\u2019est d\u2019\u00eatre porteur d\u2019un sens<\/em>. Et le sens de ce qui est premier, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de tendre vers un objectif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a donc ici une tension, une orientation : celle de converger vers un lieu d\u2019unit\u00e9. Et \u00e0 partir du moment o\u00f9 cet objectif existe, alors, quel que soit l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on se situe dans le cheminement, cela prend d\u00e9j\u00e0 sens. C\u2019est exactement dans cette perspective que l\u2019on peut comprendre la notion de Tikva.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre cette image de la ligne, du \u201c<em>kav<\/em>\u201d, il faut peut-\u00eatre faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pens\u00e9e kabbalistique lourianique, celle du Isaac Louria, le Ari zal<sup data-fn=\"660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10\" class=\"fn\"><a href=\"#660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10\" id=\"660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10-link\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On y trouve une notion essentielle, celle du \u201c<em>kav hamitpashet<\/em> \u201c\u2014 cette ligne qui se d\u00e9ploie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit d\u2019un faisceau extr\u00eamement t\u00e9nu, presque imperceptible, au regard de l\u2019infinit\u00e9 de l\u2019espace dans lequel il vient s\u2019inscrire. Ce \u201c<em>kav<\/em>\u201d, cette ligne, ce faisceau t\u00e9nu, pourrait \u00eatre compris comme la contraction la plus extr\u00eame de l\u2019infini divin, la pr\u00e9sence infinie du divin dans son absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ligne t\u00e9nue devient pr\u00e9cis\u00e9ment la mesure de l\u2019espoir, un espoir qui existe malgr\u00e9 la pr\u00e9sence apparente du manque. Car, au fond, tout repose sur une id\u00e9e centrale : celle du retrait. Ce que les kabbalistes appellent le tsimtsoum. Ce retrait est n\u00e9cessaire pour laisser place \u00e0 l\u2019existence de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le d\u00e9voilement du divin \u00e9tait total, s\u2019il venait \u00e0 nous submerger, alors il n\u2019y aurait plus de cheminement possible, plus de libre arbitre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est m\u00eame, pourrait-on dire, une fen\u00eatre d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un d\u00e9passement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ligne t\u00e9nue \u00e9voque une image : celle d\u2019une grotte. Dans l\u2019obscurit\u00e9 de la grotte, un faisceau lumineux appara\u00eet, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 travers ce faisceau que l\u2019on commence \u00e0 entrevoir la lumi\u00e8re. la possibilit\u00e9 d\u2019un regard, la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9passement. L\u2019espoir, dans ce sens, serait quelque chose qui n\u2019est jamais encore advenu. Et tout se joue pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce cheminement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019homme, en effet, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 d\u2019embl\u00e9e inachev\u00e9<\/em>. <em>C\u2019est l\u00e0 toute sa singularit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est celui qui passe du potentiel \u00e0 la pl\u00e9nitude. Et l\u2019expression la plus accomplie de cette singularit\u00e9, c\u2019est l\u2019effort qu\u2019il fournit pour s\u2019accomplir. Il faut le dire tr\u00e8s clairement : <em><u>l\u2019homme est, par d\u00e9finition, quelqu\u2019un qui tend vers ce qu\u2019il n\u2019est pas encore.<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cela, l\u2019espoir : la possibilit\u00e9 de tendre vers un accomplissement autre. De devenir, en quelque sorte, un autre homme, et de ne pas se satisfaire uniquement de ce que l\u2019on est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela peut para\u00eetre contre-intuitif, voire paradoxal, mais dans le juda\u00efsme, le jour commence pr\u00e9cis\u00e9ment dans la nuit, dans ce que l\u2019on appelle en h\u00e9breu le \u201c<em>erev<\/em>\u201d. Le \u201c<em>erev<\/em>\u201d, l\u2019obscurit\u00e9, c\u2019est le retrait\u2026 La nuit est donc ce moment du manque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Et, en r\u00e9alit\u00e9, la nuit pr\u00e9pare ce qui vient combler ce manque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>Autrement dit, la volont\u00e9, le d\u00e9sir de pl\u00e9nitude naissent pr\u00e9cis\u00e9ment de ce manque.<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cela qu\u2019il faut entendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le texte biblique dit : <em>\u00ab il fut soir, il fut matin \u00bb<\/em><sup data-fn=\"0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e\" class=\"fn\"><a href=\"#0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e\" id=\"0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e-link\">2<\/a><\/sup>, il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une description chronologique, mais d\u2019une v\u00e9ritable structure du sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car si le jour avait commenc\u00e9 le matin, par l\u2019aube, la lumi\u00e8re, cela aurait signifi\u00e9 que tout tend vers une fin, vers une perte, vers une disparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ce qui suit le jour n\u2019aurait alors \u00e9t\u00e9 qu\u2019une forme d&rsquo;annihilation<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme, dans ce sch\u00e9ma, irait vers sa propre fin,vers l\u2019\u00e9puisement de son existence. Or, le fait que la nuit pr\u00e9c\u00e8de le jour indique exactement l\u2019inverse : cela pr\u00e9pare quelque chose de nouveau. Le manque n\u2019est pas une fin, il est une ouverture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>D\u2019ailleurs, le point le plus sombre de la nuit ( ce que l\u2019on appelle en h\u00e9breu tsafra, la fin de la nuit) est pr\u00e9cis\u00e9ment le point le plus proche du jour.<\/em> C\u2019est cela, le matin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, il faut une conscience du manque, une conscience du retrait, pour qu\u2019un homme puisse v\u00e9ritablement tendre vers un accomplissement,vers un accomplissement qui est autre que ce qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0. Il est int\u00e9ressant de remarquer, \u00e0 ce titre, qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9crit \u00ab <em>il fut soir, il fut matin<\/em> \u00bb \u00e0 propos du septi\u00e8me jour du Shabbat. Parce que le Shabbat est pr\u00e9cis\u00e9ment le lieu de l\u2019aboutissement, le lieu de la pl\u00e9nitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cheminement s\u2019y interrompt. Il n\u2019y a plus de tension vers un devenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas lieu de dire \u00ab <em>il fut soir, il fut matin<\/em> \u00bb : on n\u2019est plus dans un processus,mais dans une forme d\u2019accomplissement C\u2019est tr\u00e8s frappant, car en h\u00e9breu, le mot \u201c<em>shahar<\/em>\u201d \u2014 \u201c<em>le matin\u201d<\/em> est proche du mot \u201c<em>shahor<\/em>\u201d, le noir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Comme si, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans la noirceur m\u00eame de l\u2019existence, il \u00e9tait possible d\u2019entrevoir la lumi\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme si la lumi\u00e8re ne venait pas malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9, mais \u00e0 travers elle. Alors peut-\u00eatre que l\u2019espoir, au fond, c\u2019est cela : \u00eatre en mesure de regarder que le moment le plus sombre est aussi celui qui est le plus proche de la lumi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est une question essentielle, parce qu\u2019elle engage directement la place de l\u2019homme dans ce cheminement de l\u2019espoir. On peut d\u00e9j\u00e0 l\u2019entrevoir \u00e0 travers la mani\u00e8re dont la Torah parle de l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019avenir, en h\u00e9breu, se dit \u201c<em>mahar\u201d<\/em>. Par exemple : \u00ab lorsque ton fils te questionnera demain\u2026 \u00bb Ce \u201c<em>mahar<\/em>\u201d, ce \u00ab demain \u00bb, d\u00e9signe ce qui vient. Mais, comme le souligne <em>Yehouda Halevi<\/em><sup data-fn=\"686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411\" class=\"fn\"><a href=\"#686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411\" id=\"686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411-link\">3<\/a><\/sup><em>,<\/em> \u201c<em>mahar<\/em>\u201d peut se lire aussi comme \u201c<em>m\u00e9\u2019achar<\/em>\u201d, ce qui vient de l\u2019apr\u00e8s, ce qui advient \u00e0 partir de ce qui n\u2019est pas encore l\u00e0. Or, dans le mot \u201c<em>achar<\/em>\u201d, il y a \u00e9galement l\u2019id\u00e9e de \u201c<em>acher<\/em>,\u201d c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab <em>autre<\/em> \u00bb, \u00ab <em>diff\u00e9rent<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, l\u2019avenir n\u2019est pas simplement ce qui vient m\u00e9caniquement apr\u00e8s le pr\u00e9sent, <em>mais la possibilit\u00e9 de lever la t\u00eate vers quelque chose d\u2019autre, un avenir diff\u00e9rent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est l\u00e0 que se joue quelque chose de fondamental :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><u>La possibilit\u00e9 d\u2019entrevoir un jour diff\u00e9rent qui appel \u00e0 la responsabilit\u00e9.<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a donc pas de fatalit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes ici \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une conception tragique de l\u2019existence, telle qu\u2019on peut la trouver dans la pens\u00e9e grecque, o\u00f9 tout serait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 d\u2019avance. L\u2019espoir n\u2019est donc pas quelque chose que l\u2019on subit. Il engage. Il appelle. Il oblige, en quelque sorte, \u00e0 r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et cela, on peut aussi le lire \u00e0 travers une image tr\u00e8s forte que l\u2019on trouve dans le livre de Job.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au chapitre 3, verset 9, il est question des \u00ab paupi\u00e8res du matin \u00bb. Le matin ouvre ses yeux, et, \u00e0 travers lui, c\u2019est le monde lui-m\u00eame qui s\u2019ouvre. Mais encore faut-il \u00eatre capable de le voir. Encore faut-il s\u2019orienter vers cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ailleurs, en h\u00e9breu, le mot \u201c<em>boker\u201d<\/em> le matin est proche de \u201c<em>bikoret<\/em>\u201d, qui signifie le discernement, l\u2019esprit critique. Comme si le matin n\u2019\u00e9tait pas seulement un moment du temps, mais une mani\u00e8re de regarder le monde avec justesse. Et cela va tr\u00e8s loin, puisque le \u201d<em>Choulhan Aroukh\u201d<\/em><sup data-fn=\"34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062\" class=\"fn\"><a href=\"#34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062\" id=\"34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062-link\">4<\/a><\/sup> commence pr\u00e9cis\u00e9ment par cette exigence : l\u2019homme doit se lever t\u00f4t\u2026Mais surtout \u2014 et l\u2019expression est tr\u00e8s forte \u2014il doit r\u00e9veiller le matin. C\u2019est-\u00e0-dire ne pas simplement subir le jour qui vient, mais lui donner un sens, l\u2019assumer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, c\u2019est une question tr\u00e8s importante, parce qu\u2019elle touche directement \u00e0 la mani\u00e8re dont notre \u00e9poque peut alt\u00e9rer, voire d\u00e9former, notre rapport \u00e0 l\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Effectivement, comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9, il existe un verset dans \u201c<em>Eccl\u00e9siaste<\/em>\u201d qui dit : \u00ab<em>Hanefesh lo timal\u00e9<\/em> \u00bb \u2014 \u201c<em>l\u2019\u00e2me ne sera jamais rassasi\u00e9e<\/em>\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela signifie que le d\u00e9sir humain est, par nature, insatiable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et pour \u00e9clairer cela, le Midrash propose une parabole tr\u00e8s forte : celle d\u2019une bat melekh, d\u2019une fille de roi \u2014 d\u2019une princesse, qui viendrait \u00e0 \u00e9pouser un homme simple, un homme de la ville, \u00e9tranger au monde royal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette parabole dit quelque chose de tr\u00e8s profond : la fille du roi repr\u00e9sente l\u2019\u00e2me, et l\u2019homme de la ville repr\u00e9sente le corps. Il y a entre les deux une forme de d\u00e9calage, presque un malentendu. L\u2019\u00e2me aspire \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation, \u00e0 une forme de transcendance, tandis que le corps, lui, reste inscrit dans une r\u00e9alit\u00e9 plus imm\u00e9diate, plus mat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00e9cart que le d\u00e9sir va se d\u00e9ployer. Mais il faut bien comprendre une chose : <em>rien, dans l\u2019ordre du monde horizontal, ne peut v\u00e9ritablement satisfaire l\u2019\u00e2me.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y aura toujours un manque, toujours un d\u00e9calage, toujours une forme d\u2019inach\u00e8vement. L\u2019homme finit in\u00e9vitablement par se heurter \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 : il est, par essence, inachev\u00e9. Alors oui, la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine va exploiter cette structure, elle va multiplier les objets de d\u00e9sir, elle va cr\u00e9er sans cesse de nouveaux manques, en donnant l\u2019illusion qu\u2019ils pourront \u00eatre combl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais en r\u00e9alit\u00e9, elle d\u00e9tourne l\u2019homme de l\u2019essentiel. Car ce manque, tel que nous l\u2019avons d\u00e9crit, n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre combl\u00e9 par une accumulation, mais \u00e0 orienter l\u2019homme vers quelque chose de plus grand que lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et lorsque ce mouvement est d\u00e9tourn\u00e9, l\u2019homme passe son temps \u00e0 courir apr\u00e8s des satisfactions partielles, sans jamais atteindre ce qu\u2019il cherche v\u00e9ritablement. Il se disperse, il s\u2019\u00e9loigne de l\u2019essentiel de son \u00eatre.C\u2019est pourquoi l\u2019espoir, dans la tradition juive, ne consiste pas \u00e0 esp\u00e9rer \u00ab <em>avoir plus<\/em> \u00bb, mais \u00e0 aspirer \u00e0 retrouver son origine, \u00e0 retrouver ce que l\u2019on est profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Effectivement, cette question de la r\u00e9paration \u2014 du \u201c<em>tikkoun<\/em>\u201d \u2014 est absolument centrale dans la tradition juive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019on revient \u00e0 la condition originelle de l\u2019homme, avant la faute, dans le jardin d\u2019\u00c9den, on constate que le mal n\u2019y est pas d\u00e9termin\u00e9. Il existe une vie avant la faute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, le principe adamique fondamental \u2014 celui auquel nous sommes li\u00e9s, celui vers lequel nous tendons est un principe d\u2019ouverture, de possibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme n\u2019est pas enferm\u00e9 dans une fatalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nom m\u00eame d\u2019Adam est r\u00e9v\u00e9lateur : il renvoie \u00e0 adama, la terre, une mati\u00e8re organique.Cela signifie que l\u2019homme est, d\u00e8s l\u2019origine, inachev\u00e9. Il est un \u00eatre en devenir, un lieu de travail, un lieu d\u2019investissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 partir de cette mati\u00e8re, il a la capacit\u00e9 de faire germer, de faire cro\u00eetre, jusqu\u2019\u00e0 tendre vers un accomplissement. Comme le disent nos ma\u00eetres, \u201cAdama\u201d peut \u00eatre entendu aussi comme \u201c<em>Adam\u00e9 Leelyon<\/em> \u201c\u00ab <em>je ressemblerai<\/em> \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire : je tendrai \u00e0 ressembler \u00e0 quelque chose de sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en ce sens que les sources de l\u2019espoir \u2014 les sources de la \u201c<em>tikva<\/em>\u201d se trouvent dans cette possibilit\u00e9 toujours ouverte de retour, ce qu\u2019on appelle la\u201d t<em>eshouva<\/em>\u201d, et le \u201ctikkoun\u201d, la r\u00e9paration,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature hassidique l\u2019exprime de mani\u00e8re tr\u00e8s forte, notamment chez <em>Nahman de Breslau<\/em><sup data-fn=\"65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed\" class=\"fn\"><a href=\"#65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed\" id=\"65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed-link\">5<\/a><\/sup> qui affirme : \u00ab <em>Ein yeouch baolam klal<\/em> \u00bb \u2014 \u201c<em>il n\u2019y a pas de d\u00e9sespoir possible\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parce qu\u2019il y a toujours, toujours, la possibilit\u00e9 de se relever, de r\u00e9parer, et de revenir \u00e0 ce que nous \u00e9tions, ou plus profond\u00e9ment encore, \u00e0 ce que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre au-del\u00e0 m\u00eame de la faute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai envie de vous r\u00e9pondre tr\u00e8s simplement : si l\u2019on n\u2019attend rien, rien ne peut arriver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La \u201ctzipia\u201d, ce qu\u2019on appelle l\u2019attente en h\u00e9breu, c\u2019est ce qui nous constitue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parce que si nous n\u2019attendions rien, si nous n\u2019esp\u00e9rions rien, alors m\u00eame lorsqu\u2019il nous arriverait quelque chose, nous ne pourrions pas le comprendre. Nous ne pourrions pas le vivre pleinement, car nous n\u2019en serions pas le sujet. Nous ne nous sentirions pas concern\u00e9s, et nous ne le vivrions pas tel qu\u2019il devrait l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019attente, l\u2019espoir, c\u2019est ce qui nous place au c\u0153ur de notre exp\u00e9rience, au centre du devenir, c\u2019est ce qui nous fait sujets de ce qui nous arrive, et non spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>NOTES<\/strong> : <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote1anc\" id=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Isaac Ashkenazi Louria, n\u00e9 en 1534 \u00e0 J\u00e9rusalem et mort le 25 juillet 1572 \u00e0 Safed. Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands kabbalistes de la tradition juive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote2anc\" id=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Berechit\/Gen\u00e8se chap.1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote3anc\" id=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Rabbi Juda ben Shmouel ibn Alhassan haL\u00e9vi, rabbin, philosophe, m\u00e9decin et po\u00e8te s\u00e9farade ( 1075, &#8211; <a href=\"http:\/\/1141.de\/\">1141.de<\/a> l\u2019E.C.) Auteur du Kuzari.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote4anc\" id=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Le Choulhan Aroukh (h\u00e9breu : \u05e9\u05d5\u05dc\u05d7\u05df \u05e2\u05e8\u05d5\u05da \u00ab table dress\u00e9e \u00bb) est un code de Loi juive compil\u00e9 par Joseph Karo au XVI <sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il constitue toujours une r\u00e9f\u00e9rence aujourd\u2019hui. Il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 aux traditions ashk\u00e9nazes par Rabbi Chlomo Gantsfried [1802-1884] dans le \u201cKitsour Choul&rsquo;han &lsquo;Aroukh\u201d,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#sdfootnote5anc\" id=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Nahman de Breslau (1772-1810 de l\u2019E.C.) est un rabbin tr\u00e8s important dans la tradition juive, il est le petit fils du \u201cBaal Chem Tov\u201d, fondateur de la dynastie hassidique. Lui-m\u00eame cr\u00e9a une tradition rattach\u00e9e \u00e0 son nom dans la continuit\u00e9 du \u2018hassidisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10\">Isaac Ashkenazi Louria, n\u00e9 en 1534 \u00e0 J\u00e9rusalem et mort le 25 juillet 1572 \u00e0 Safed. Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands kabbalistes de la tradition juive. <a href=\"#660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e\">Berechit\/Gen\u00e8se chap.1. <a href=\"#0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411\">Rabbi Juda ben Shmouel ibn Alhassan haL\u00e9vi, rabbin, philosophe, m\u00e9decin et po\u00e8te s\u00e9farade ( 1075, &#8211;<br><a href=\"http:\/\/1141.de\/\">1141.de<\/a> l\u2019E.C.) Auteur du Kuzari. <a href=\"#686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062\">Le Choulhan Aroukh (h\u00e9breu :\u05e9\u05d5\u05dc\u05d7\u05df \u05e2\u05e8\u05d5\u05da \u00ab table dress\u00e9e \u00bb) est un code de Loi juive compil\u00e9 par Joseph Karo au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il constitue toujours une r\u00e9f\u00e9rence aujourd\u2019hui. Il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 aux traditions ashk\u00e9nazes par Rabbi Chlomo Gantsfried [1802-1884] dans le \u201cKitsour Choul&rsquo;han &lsquo;Aroukh\u201d, <a href=\"#34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 4\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed\">Nahman de Breslau (1772-1810 de l\u2019E.C.) est un rabbin tr\u00e8s important dans la tradition juive, il est le petit fils du \u201cBaal Chem Tov\u201d, fondateur de la dynastie hassidique. Lui-m\u00eame cr\u00e9a une tradition rattach\u00e9e \u00e0 son nom dans la continuit\u00e9 du \u2018hassidisme. <a href=\"#65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 5\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hatikvah\u05d4\u05b7\u05ea\u05b4\u05bc\u05e7\u05b0\u05d5\u05b8\u05d4 est connu pour \u00eatre le titre de l\u2019hymne isra\u00e9lien.Hatikvah signifie l\u2019esp\u00e9rance.Ce chant \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 comme hymne officiel du sionisme au18e congr\u00e8s sioniste mondial en1933, puis il est devenu l\u2019hymne national isra\u00e9lien \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat en 1948.Comme son nom l\u2019indique c\u2019est un chant plein d\u2019espoir qui a \u00e9t\u00e9 entonn\u00e9 au printemps 1943 par les r\u00e9sistants du ghetto de Varsovie, et d\u2019apr\u00e8s des t\u00e9moignages par des Juifs tch\u00e9coslovaques avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9s \u00e0 Auschwitz en 1944. Ce chant dit :\u201cAussi longtemps qu\u2019au fond du c\u0153urL\u2019\u00e2me du juif vibreEt que vers les confins de l\u2019OrientUn \u0153il sur Sion se fixe.Nous n\u2019avons pas encore perdu l\u2019espoirEspoir vieux de deux mille ans,De vivre librement dans notre pays,Terre de Sion et de J\u00e9rusalem.De vivre librement dans notre pays,Terre de Sion et de J\u00e9rusalem.\u201d Le rabbin Daniel Knafo, rabbin de Boulogne Billancourt, et ancien rabbin de Montpellier, nous fait l\u2019honneur de nous livrer sa r\u00e9flexion sur la signification biblique du mot \u201ctikva \u201c\u00e0 partir des textes de la tradition juive.Ce texte in\u00e9dit nous apprend le r\u00f4le central de l\u2019espoir dans la culture et la religion juive depuis la Torah jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. G.S.F. Le mot Tikva peut \u00eatre analys\u00e9, dans son \u00e9tymologie, \u00e0 partir de sa racine. Tikva renvoie \u00e0 la racine h\u00e9bra\u00efque \u201cKav\u201d. \u201cKav\u201d, en h\u00e9breu, c\u2019est une ligne, une succession de points. Or, une ligne, par d\u00e9finition, se constitue point apr\u00e8s point. Cela nous donne d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re intuition : celle d\u2019un cheminement qui se prolonge, qui se d\u00e9ploie. Mais ce cheminement ne se donne pas d\u2019embl\u00e9e dans sa pl\u00e9nitude, dans sa totalit\u00e9. Il se d\u00e9couvre a posteriori, comme une ligne qui appara\u00eet progressivement, comme l\u2019expression d\u2019une continuit\u00e9. Il y a donc ici l\u2019id\u00e9e d\u2019un parcours, d\u2019un d\u00e9ploiement successif\u2026 Et peut-\u00eatre, \u00e0 travers cela, la possibilit\u00e9 de dire que la vie elle-m\u00eame est une captation graduelle. Il y a un principe fondamental : lorsqu\u2019un mot ou une id\u00e9e appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans les textes, c\u2019est \u00e0 cet endroit-l\u00e0 qu\u2019il faut se r\u00e9f\u00e9rer pour en saisir le sens. Or, si l\u2019on se tourne vers le r\u00e9cit de la cr\u00e9ation, dans le livre de la Gen\u00e8se, on constate que le troisi\u00e8me jour est pr\u00e9cis\u00e9ment un moment de r\u00e9paration. R\u00e9paration de quoi ? De la s\u00e9paration qui a eu lieu au deuxi\u00e8me jour. Au deuxi\u00e8me jour, il y a s\u00e9paration des eaux : les eaux d\u2019en haut \u2014 que l\u2019on pourrait associer \u00e0 une forme de pl\u00e9nitude d\u2019abondance. et les eaux d\u2019en bas, que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019eaux de la frustration, des eaux qui pleurent. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce qui reste de cette dimension des eaux d\u2019en bas, dans ce manque, dans cette fracture, que va se loger la possibilit\u00e9 de l\u2019espoir. Le texte dit que les eaux convergent vers un lieu pour que la terre ferme soit visible. Autrement dit, il y a un mouvement de rassemblement, de convergence. Et le principe m\u00eame de l\u2019espoir, c\u2019est peut-\u00eatre cela : \u00eatre le lieu o\u00f9 se d\u00e9voile l\u2019unit\u00e9 des choses, le lieu o\u00f9 l\u2019on retrouve le sens de cette unit\u00e9. On peut ici faire \u00e9cho \u00e0 un verset du proph\u00e8te Isa\u00efe (Ch. 46) \u00ab Maguid m\u00e9reshit aharit \u00bb \u2014 le d\u00e9but annonce la fin. Mais en r\u00e9alit\u00e9, pour que le d\u00e9but puisse dire la fin, encore faut-il que la fin soit d\u00e9voil\u00e9e comme telle. Le propre de ce qui est premier, \u00e0 quelque niveau que ce soit du cheminement, c\u2019est d\u2019\u00eatre porteur d\u2019un sens. Et le sens de ce qui est premier, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de tendre vers un objectif. Il y a donc ici une tension, une orientation : celle de converger vers un lieu d\u2019unit\u00e9. Et \u00e0 partir du moment o\u00f9 cet objectif existe, alors, quel que soit l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on se situe dans le cheminement, cela prend d\u00e9j\u00e0 sens. C\u2019est exactement dans cette perspective que l\u2019on peut comprendre la notion de Tikva. Pour comprendre cette image de la ligne, du \u201ckav\u201d, il faut peut-\u00eatre faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pens\u00e9e kabbalistique lourianique, celle du Isaac Louria, le Ari zal. On y trouve une notion essentielle, celle du \u201ckav hamitpashet \u201c\u2014 cette ligne qui se d\u00e9ploie. Il s\u2019agit d\u2019un faisceau extr\u00eamement t\u00e9nu, presque imperceptible, au regard de l\u2019infinit\u00e9 de l\u2019espace dans lequel il vient s\u2019inscrire. Ce \u201ckav\u201d, cette ligne, ce faisceau t\u00e9nu, pourrait \u00eatre compris comme la contraction la plus extr\u00eame de l\u2019infini divin, la pr\u00e9sence infinie du divin dans son absence. Cette ligne t\u00e9nue devient pr\u00e9cis\u00e9ment la mesure de l\u2019espoir, un espoir qui existe malgr\u00e9 la pr\u00e9sence apparente du manque. Car, au fond, tout repose sur une id\u00e9e centrale : celle du retrait. Ce que les kabbalistes appellent le tsimtsoum. Ce retrait est n\u00e9cessaire pour laisser place \u00e0 l\u2019existence de l\u2019homme. Si le d\u00e9voilement du divin \u00e9tait total, s\u2019il venait \u00e0 nous submerger, alors il n\u2019y aurait plus de cheminement possible, plus de libre arbitre. C\u2019est m\u00eame, pourrait-on dire, une fen\u00eatre d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un d\u00e9passement. Cette ligne t\u00e9nue \u00e9voque une image : celle d\u2019une grotte. Dans l\u2019obscurit\u00e9 de la grotte, un faisceau lumineux appara\u00eet, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 travers ce faisceau que l\u2019on commence \u00e0 entrevoir la lumi\u00e8re. la possibilit\u00e9 d\u2019un regard, la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9passement. L\u2019espoir, dans ce sens, serait quelque chose qui n\u2019est jamais encore advenu. Et tout se joue pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce cheminement. L\u2019homme, en effet, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 d\u2019embl\u00e9e inachev\u00e9. C\u2019est l\u00e0 toute sa singularit\u00e9. Il est celui qui passe du potentiel \u00e0 la pl\u00e9nitude. Et l\u2019expression la plus accomplie de cette singularit\u00e9, c\u2019est l\u2019effort qu\u2019il fournit pour s\u2019accomplir. Il faut le dire tr\u00e8s clairement : l\u2019homme est, par d\u00e9finition, quelqu\u2019un qui tend vers ce qu\u2019il n\u2019est pas encore. C\u2019est cela, l\u2019espoir : la possibilit\u00e9 de tendre vers un accomplissement autre. De devenir, en quelque sorte, un autre homme, et de ne pas se satisfaire uniquement de ce que l\u2019on est. Cela peut para\u00eetre contre-intuitif, voire paradoxal, mais dans le juda\u00efsme, le jour commence pr\u00e9cis\u00e9ment dans la nuit, dans ce que l\u2019on appelle en h\u00e9breu le \u201cerev\u201d. Le \u201cerev\u201d, l\u2019obscurit\u00e9, c\u2019est le retrait\u2026 La nuit est donc ce moment du manque. Et, en r\u00e9alit\u00e9, la nuit pr\u00e9pare ce qui vient combler ce manque. Autrement dit, la volont\u00e9, le d\u00e9sir de pl\u00e9nitude naissent pr\u00e9cis\u00e9ment de ce manque. C\u2019est cela qu\u2019il faut entendre. Lorsque le texte biblique dit : \u00ab il fut soir, il fut matin \u00bb, il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une description chronologique, mais d\u2019une v\u00e9ritable structure du sens. Car si le jour avait commenc\u00e9 le matin, par l\u2019aube, la lumi\u00e8re, cela aurait signifi\u00e9 que tout tend vers une fin, vers une perte, vers une disparition. Ce qui suit le jour n\u2019aurait alors \u00e9t\u00e9 qu\u2019une forme d&rsquo;annihilation. L\u2019homme, dans ce sch\u00e9ma, irait vers sa propre fin,vers l\u2019\u00e9puisement de son existence. Or, le fait que la nuit pr\u00e9c\u00e8de le jour indique exactement l\u2019inverse : cela pr\u00e9pare quelque chose de nouveau. Le manque n\u2019est pas une fin, il est une ouverture. D\u2019ailleurs, le point le plus sombre de la nuit ( ce que l\u2019on appelle en h\u00e9breu tsafra, la fin de la nuit) est pr\u00e9cis\u00e9ment le point le plus proche du jour. C\u2019est cela, le matin. Autrement dit, il faut une conscience du manque, une conscience du retrait, pour qu\u2019un homme puisse v\u00e9ritablement tendre vers un accomplissement,vers un accomplissement qui est autre que ce qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0. Il est int\u00e9ressant de remarquer, \u00e0 ce titre, qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9crit \u00ab il fut soir, il fut matin \u00bb \u00e0 propos du septi\u00e8me jour du Shabbat. Parce que le Shabbat est pr\u00e9cis\u00e9ment le lieu de l\u2019aboutissement, le lieu de la pl\u00e9nitude. Le cheminement s\u2019y interrompt. Il n\u2019y a plus de tension vers un devenir. C\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas lieu de dire \u00ab il fut soir, il fut matin \u00bb : on n\u2019est plus dans un processus,mais dans une forme d\u2019accomplissement C\u2019est tr\u00e8s frappant, car en h\u00e9breu, le mot \u201cshahar\u201d \u2014 \u201cle matin\u201d est proche du mot \u201cshahor\u201d, le noir. Comme si, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans la noirceur m\u00eame de l\u2019existence, il \u00e9tait possible d\u2019entrevoir la lumi\u00e8re. Comme si la lumi\u00e8re ne venait pas malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9, mais \u00e0 travers elle. Alors peut-\u00eatre que l\u2019espoir, au fond, c\u2019est cela : \u00eatre en mesure de regarder que le moment le plus sombre est aussi celui qui est le plus proche de la lumi\u00e8re C\u2019est une question essentielle, parce qu\u2019elle engage directement la place de l\u2019homme dans ce cheminement de l\u2019espoir. On peut d\u00e9j\u00e0 l\u2019entrevoir \u00e0 travers la mani\u00e8re dont la Torah parle de l\u2019avenir. L\u2019avenir, en h\u00e9breu, se dit \u201cmahar\u201d. Par exemple : \u00ab lorsque ton fils te questionnera demain\u2026 \u00bb Ce \u201cmahar\u201d, ce \u00ab demain \u00bb, d\u00e9signe ce qui vient. Mais, comme le souligne Yehouda Halevi, \u201cmahar\u201d peut se lire aussi comme \u201cm\u00e9\u2019achar\u201d, ce qui vient de l\u2019apr\u00e8s, ce qui advient \u00e0 partir de ce qui n\u2019est pas encore l\u00e0. Or, dans le mot \u201cachar\u201d, il y a \u00e9galement l\u2019id\u00e9e de \u201cacher,\u201d c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab autre \u00bb, \u00ab diff\u00e9rent \u00bb. Autrement dit, l\u2019avenir n\u2019est pas simplement ce qui vient m\u00e9caniquement apr\u00e8s le pr\u00e9sent, mais la possibilit\u00e9 de lever la t\u00eate vers quelque chose d\u2019autre, un avenir diff\u00e9rent. Et c\u2019est l\u00e0 que se joue quelque chose de fondamental : La possibilit\u00e9 d\u2019entrevoir un jour diff\u00e9rent qui appel \u00e0 la responsabilit\u00e9. Il n\u2019y a donc pas de fatalit\u00e9 absolue. Nous sommes ici \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une conception tragique de l\u2019existence, telle qu\u2019on peut la trouver dans la pens\u00e9e grecque, o\u00f9 tout serait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 d\u2019avance. L\u2019espoir n\u2019est donc pas quelque chose que l\u2019on subit. Il engage. Il appelle. Il oblige, en quelque sorte, \u00e0 r\u00e9pondre. Et cela, on peut aussi le lire \u00e0 travers une image tr\u00e8s forte que l\u2019on trouve dans le livre de Job. Au chapitre 3, verset 9, il est question des \u00ab paupi\u00e8res du matin \u00bb. Le matin ouvre ses yeux, et, \u00e0 travers lui, c\u2019est le monde lui-m\u00eame qui s\u2019ouvre. Mais encore faut-il \u00eatre capable de le voir. Encore faut-il s\u2019orienter vers cela. D\u2019ailleurs, en h\u00e9breu, le mot \u201cboker\u201d le matin est proche de \u201cbikoret\u201d, qui signifie le discernement, l\u2019esprit critique. Comme si le matin n\u2019\u00e9tait pas seulement un moment du temps, mais une mani\u00e8re de regarder le monde avec justesse. Et cela va tr\u00e8s loin, puisque le \u201dChoulhan Aroukh\u201d commence pr\u00e9cis\u00e9ment par cette exigence : l\u2019homme doit se lever t\u00f4t\u2026Mais surtout \u2014 et l\u2019expression est tr\u00e8s forte \u2014il doit r\u00e9veiller le matin. C\u2019est-\u00e0-dire ne pas simplement subir le jour qui vient, mais lui donner un sens, l\u2019assumer. Oui, c\u2019est une question tr\u00e8s importante, parce qu\u2019elle touche directement \u00e0 la mani\u00e8re dont notre \u00e9poque peut alt\u00e9rer, voire d\u00e9former, notre rapport \u00e0 l\u2019espoir. Effectivement, comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9, il existe un verset dans \u201cEccl\u00e9siaste\u201d qui dit : \u00abHanefesh lo timal\u00e9 \u00bb \u2014 \u201cl\u2019\u00e2me ne sera jamais rassasi\u00e9e\u201d. Cela signifie que le d\u00e9sir humain est, par nature, insatiable. Et pour \u00e9clairer cela, le Midrash propose une parabole tr\u00e8s forte : celle d\u2019une bat melekh, d\u2019une fille de roi \u2014 d\u2019une princesse, qui viendrait \u00e0 \u00e9pouser un homme simple, un homme de la ville, \u00e9tranger au monde royal. Cette parabole dit quelque chose de tr\u00e8s profond : la fille du roi repr\u00e9sente l\u2019\u00e2me, et l\u2019homme de la ville repr\u00e9sente le corps. Il y a entre les deux une forme de d\u00e9calage, presque un malentendu. L\u2019\u00e2me aspire \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation, \u00e0 une forme de transcendance, tandis que le corps, lui, reste inscrit dans une r\u00e9alit\u00e9 plus imm\u00e9diate, plus mat\u00e9rielle. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00e9cart que le d\u00e9sir va se d\u00e9ployer. Mais il faut bien comprendre une chose : rien, dans l\u2019ordre du monde horizontal, ne peut v\u00e9ritablement satisfaire l\u2019\u00e2me. Il y aura toujours un manque, toujours un d\u00e9calage, toujours une forme d\u2019inach\u00e8vement. L\u2019homme finit in\u00e9vitablement par se heurter \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 : il est, par essence, inachev\u00e9. Alors oui, la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine va exploiter cette structure, elle va multiplier les objets de d\u00e9sir, elle va cr\u00e9er sans cesse de nouveaux manques, en donnant l\u2019illusion qu\u2019ils pourront \u00eatre combl\u00e9s. Mais en r\u00e9alit\u00e9, elle d\u00e9tourne l\u2019homme de l\u2019essentiel. Car ce manque, tel que nous l\u2019avons d\u00e9crit, n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre combl\u00e9 par une accumulation, mais \u00e0 orienter l\u2019homme vers quelque chose de plus grand que lui. Et lorsque ce mouvement est d\u00e9tourn\u00e9, l\u2019homme passe son temps \u00e0 courir apr\u00e8s des satisfactions partielles, sans jamais atteindre ce qu\u2019il cherche v\u00e9ritablement. Il se disperse, il s\u2019\u00e9loigne de l\u2019essentiel de son \u00eatre.C\u2019est pourquoi l\u2019espoir, dans la tradition juive, ne consiste pas \u00e0 esp\u00e9rer \u00ab avoir plus \u00bb, mais \u00e0 aspirer \u00e0 retrouver son origine, \u00e0 retrouver ce que l\u2019on est profond\u00e9ment. Effectivement, cette question de la r\u00e9paration \u2014 du \u201ctikkoun\u201d \u2014 est absolument centrale dans la tradition juive. Si l\u2019on revient \u00e0 la condition originelle de l\u2019homme, avant la faute, dans le jardin d\u2019\u00c9den, on constate que le mal n\u2019y est pas d\u00e9termin\u00e9. Il existe une vie avant la faute. Autrement dit, le principe adamique fondamental \u2014 celui auquel nous sommes li\u00e9s, celui vers lequel nous tendons est un principe d\u2019ouverture, de possibilit\u00e9. L\u2019homme n\u2019est pas enferm\u00e9 dans une fatalit\u00e9. Le nom m\u00eame d\u2019Adam est r\u00e9v\u00e9lateur : il renvoie \u00e0 adama, la terre, une mati\u00e8re organique.Cela signifie que l\u2019homme est, d\u00e8s l\u2019origine, inachev\u00e9. Il est un \u00eatre en devenir, un lieu de travail, un lieu d\u2019investissement. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 partir de cette mati\u00e8re, il a la capacit\u00e9 de faire germer, de faire cro\u00eetre, jusqu\u2019\u00e0 tendre vers un accomplissement. Comme le disent nos ma\u00eetres, \u201cAdama\u201d peut \u00eatre entendu aussi comme \u201cAdam\u00e9 Leelyon \u201c\u00ab je ressemblerai \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire : je tendrai \u00e0 ressembler \u00e0 quelque chose de sup\u00e9rieur. C\u2019est en ce sens que les sources de l\u2019espoir \u2014 les sources de la \u201ctikva\u201d se trouvent dans cette possibilit\u00e9 toujours ouverte de retour, ce qu\u2019on appelle la\u201d teshouva\u201d, et le \u201ctikkoun\u201d, la r\u00e9paration, La litt\u00e9rature hassidique l\u2019exprime de mani\u00e8re tr\u00e8s forte, notamment chez Nahman de Breslau qui affirme : \u00ab Ein yeouch baolam klal \u00bb \u2014 \u201cil n\u2019y a pas de d\u00e9sespoir possible\u201d. Pourquoi ? Parce qu\u2019il y a toujours, toujours, la possibilit\u00e9 de se relever, de r\u00e9parer, et de revenir \u00e0 ce que nous \u00e9tions, ou plus profond\u00e9ment encore, \u00e0 ce que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre au-del\u00e0 m\u00eame de la faute. J\u2019ai envie de vous r\u00e9pondre tr\u00e8s simplement : si l\u2019on n\u2019attend rien, rien ne peut arriver. La \u201ctzipia\u201d, ce qu\u2019on appelle l\u2019attente en h\u00e9breu, c\u2019est ce qui nous constitue. Parce que si nous n\u2019attendions rien, si nous n\u2019esp\u00e9rions rien, alors m\u00eame lorsqu\u2019il nous arriverait quelque chose, nous ne pourrions pas le comprendre. Nous ne pourrions pas le vivre pleinement, car nous n\u2019en serions pas le sujet. Nous ne nous sentirions pas concern\u00e9s, et nous ne le vivrions pas tel qu\u2019il devrait l\u2019\u00eatre. L\u2019attente, l\u2019espoir, c\u2019est ce qui nous place au c\u0153ur de notre exp\u00e9rience, au centre du devenir, c\u2019est ce qui nous fait sujets de ce qui nous arrive, et non spectateurs. NOTES : 1 Isaac Ashkenazi Louria, n\u00e9 en 1534 \u00e0 J\u00e9rusalem et mort le 25 juillet 1572 \u00e0 Safed. Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands kabbalistes de la tradition juive. 2 Berechit\/Gen\u00e8se chap.1. 3 Rabbi Juda ben Shmouel ibn Alhassan haL\u00e9vi, rabbin, philosophe, m\u00e9decin et po\u00e8te s\u00e9farade ( 1075, &#8211; 1141.de l\u2019E.C.) Auteur du Kuzari. 4 Le Choulhan Aroukh (h\u00e9breu : \u05e9\u05d5\u05dc\u05d7\u05df \u05e2\u05e8\u05d5\u05da \u00ab table dress\u00e9e \u00bb) est un code de Loi juive compil\u00e9 par Joseph Karo au XVI e si\u00e8cle. Il constitue toujours une r\u00e9f\u00e9rence aujourd\u2019hui. Il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 aux traditions ashk\u00e9nazes par Rabbi Chlomo Gantsfried [1802-1884] dans le \u201cKitsour Choul&rsquo;han &lsquo;Aroukh\u201d, 5 Nahman de Breslau (1772-1810 de l\u2019E.C.) est un rabbin tr\u00e8s important dans la tradition juive, il est le petit fils du \u201cBaal Chem Tov\u201d, fondateur de la dynastie hassidique. Lui-m\u00eame cr\u00e9a une tradition rattach\u00e9e \u00e0 son nom dans la continuit\u00e9 du \u2018hassidisme.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":1330,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"[{\"content\":\"Isaac Ashkenazi Louria, n\u00e9 en 1534 \u00e0 J\u00e9rusalem et mort le 25 juillet 1572 \u00e0 Safed. Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus grands kabbalistes de la tradition juive.\",\"id\":\"660ff8d6-3775-423d-9edb-d9925779cb10\"},{\"content\":\"Berechit\/Gen\u00e8se chap.1.\",\"id\":\"0e3ba3aa-5fcd-45ab-b221-8f611e9ac94e\"},{\"content\":\"Rabbi Juda ben Shmouel ibn Alhassan haL\u00e9vi, rabbin, philosophe, m\u00e9decin et po\u00e8te s\u00e9farade ( 1075, -<br><a href=\\\"http:\/\/1141.de\/\\\">1141.de<\/a> l\u2019E.C.) Auteur du Kuzari.\",\"id\":\"686e8e7a-2225-412a-8581-7291ecff2411\"},{\"content\":\"Le Choulhan Aroukh (h\u00e9breu :\u05e9\u05d5\u05dc\u05d7\u05df \u05e2\u05e8\u05d5\u05da \u00ab table dress\u00e9e \u00bb) est un code de Loi juive compil\u00e9 par Joseph Karo au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il constitue toujours une r\u00e9f\u00e9rence aujourd\u2019hui. Il a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 aux traditions ashk\u00e9nazes par Rabbi Chlomo Gantsfried [1802-1884] dans le \u201cKitsour Choul'han 'Aroukh\u201d,\",\"id\":\"34f23379-94c8-4f26-9202-8f3ffd0a8062\"},{\"content\":\"Nahman de Breslau (1772-1810 de l\u2019E.C.) est un rabbin tr\u00e8s important dans la tradition juive, il est le petit fils du \u201cBaal Chem Tov\u201d, fondateur de la dynastie hassidique. Lui-m\u00eame cr\u00e9a une tradition rattach\u00e9e \u00e0 son nom dans la continuit\u00e9 du \u2018hassidisme.\",\"id\":\"65bed3a5-4c10-4519-8f52-4d50b3fb82ed\"}]","_members_access_role":[],"_members_access_error":"","_ppma_block_editor_authors":""},"categories":[2],"tags":[],"series":[40],"ppma_author":[42],"class_list":["post-1317","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-reflechissons","series-numero-4"],"authors":[{"term_id":42,"user_id":22,"is_guest":0,"slug":"daniel-knafo","display_name":"M. Le Rabbin Daniel Knafo","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/b589eac06443b5b7281476dd990f926ee9f6e5054e2fda15408719009704ae58?s=96&d=mm&r=g","author_category":"1","first_name":"M. Le Rabbin Daniel","last_name":"Knafo","user_url":"","job_title":"M. le Rabbin","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1317","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1317"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1317\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1564,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1317\/revisions\/1564"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1330"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1317"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1317"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1317"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1317"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1317"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}