{"id":1085,"date":"2026-06-01T08:33:44","date_gmt":"2026-06-01T06:33:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/?p=1085"},"modified":"2026-06-04T09:37:33","modified_gmt":"2026-06-04T07:37:33","slug":"zayin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.aa-cercleetude.fr\/index.php\/2026\/06\/01\/zayin\/","title":{"rendered":"ZAYIN"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-background\" style=\"background:radial-gradient(rgb(255,255,255) 0%,rgb(219,231,238) 100%)\"><blockquote><p><br>Claire Marin, artiste calligraphe et auteure, nous offre ici sa vision originale de la lettre h\u00e9bra\u00efque<br>\u05d6<br>\u201czayin\u201d&#8230; et sa calligraphie.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Pour ce troisi\u00e8me num\u00e9ro de la revue, on continue dans l&rsquo;ordre d&rsquo;apprentissage calligraphique avec la troisi\u00e8me lettre qui nous est enseign\u00e9e&nbsp;: <em>Zayin<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si sa calligraphie est tr\u00e8s proche de celle du <em>Vav, <\/em>au point que dans certains livres o\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture est tr\u00e8s petite, il est difficile de les diff\u00e9rencier, elles se distinguent pourtant fortement l&rsquo;une de l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et \u00ab&nbsp;fortement&nbsp;\u00bb est bien le terme, puisque <em>Zayin<\/em> est traduit par \u00ab&nbsp;arme&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;\u00e9p\u00e9e&nbsp;\u00bb et donc, face \u00e0 <em>Vav<\/em> qui relie, se dresse <em>Zayin<\/em> qui s\u00e9pare&nbsp;: les deux n&rsquo;\u00e9tant pas oppos\u00e9es, mais compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fois que mon ma\u00eetre de calligraphie, Frank Lalou, nous a parl\u00e9 de la relation entre ces deux lettres qui se suivent dans l&rsquo;alphabet h\u00e9bra\u00efque, il nous a dit la phrase suivante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;La paix a besoin de la guerre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le moment, bien s\u00fbr, pour la jeune apprentie que j&rsquo;\u00e9tais, cela a fait sens, puis avec le temps, ma r\u00e9flexion a \u00e9volu\u00e9 vers ma propre formulation. Et ce chemin-l\u00e0, c&rsquo;est finalement la plus juste illustration de <em>Zayin<\/em>&nbsp;: le libre arbitre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce libre arbitre qui nous conduit \u00e0 l&rsquo;individuation, avec une arme qui n&rsquo;est heureusement pas n\u00e9cessairement une \u00e9p\u00e9e. Car, si je reprends la phrase stricto-sensu, cela voudrait-il dire que la guerre est le seul moyen de b\u00e2tir notre identit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A en regarder l&rsquo;Histoire, il semble trop souvent que oui. Pourtant, d\u00e8s le premier instant o\u00f9 j&rsquo;ai vu cette lettre, ce n&rsquo;est pas une \u00e9p\u00e9e que j&rsquo;ai vue&nbsp;: c&rsquo;est un calame&nbsp;; une plume carr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une plume pour \u00e9crire, construire, traduire ses pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce pouvoir qui nous est donn\u00e9 d&rsquo;inscrire nos propres id\u00e9es. Ou nos id\u00e9es propres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Nettoy\u00e9es&nbsp;\u00bb de toutes celles qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, d\u2019histoires qui ne sont pas les n\u00f4tres, de textes qui nous ont tiss\u00e9s, de mots dont on nous a affubl\u00e9s, et que, le plus souvent, sans m\u00eame nous en rendre compte, nous r\u00e9p\u00e9tons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, souvent, nous r\u00e9p\u00e9tons notre lign\u00e9e, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 <em>Zayin<\/em> nous en s\u00e9pare, pour tracer notre propre histoire&nbsp;: notre voie, notre voix, notre parole. Comme on sort de l&rsquo;\u00e9cole, des ma\u00eetres, du pass\u00e9, en allant vers sa propre destin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une destin\u00e9e qui se ressent calligraphiquement. Tout comme <em>Vav<\/em>, <em>Zayin<\/em> comporte 2 traits, mais avec <em>Zayin<\/em>, le second trait change d&rsquo;axe de plume. Il choisit d&rsquo;aller dans une autre direction. Tout comme il choisit de couper en deux le <em>Yod<\/em> qui constitue sa t\u00eate. Sans la couper. Ici on ne coupe pas les t\u00eates. Ici pas de r\u00e9volution, pas de guerre, pas de col\u00e8re. Simplement une action. Une action ma\u00eetris\u00e9e. Un second trait qui jaillit hors du <em>Yod<\/em>. Pourrait-on oser \u00ab&nbsp;Hors de Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Oui, on peut oser. Et m\u00eame, on doit oser. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Prendre ce droit. De sortir. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">M\u00eame de Dieu. Surtout de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me revient cet \u00e9pisode dans la vie de Hannah Arendt, o\u00f9 \u00e0 la suite de la Shoah, elle va voir son Rabbin pour lui dire qu&rsquo;elle ne croit plus en Dieu. Et son Rabbin lui aurait alors r\u00e9pondu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui vous le demande&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Zayin<\/em> nous invite \u00e0 nous lib\u00e9rer de l&rsquo;attente. De l&rsquo;autre, de Dieu, du miracle. Et selon certains commentateurs, m\u00eame si ces miracles nous sont r\u00e9guli\u00e8rement offerts, le juda\u00efsme nous apprend aussi \u00e0 vivre comme s&rsquo;ils n&rsquo;existaient pas. A b\u00e2tir notre propre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 Dieu place dans le Jardin d&rsquo;\u00c9den un arbre interdit, ne pose-t-il pas en m\u00eame temps la question du libre arbitre&nbsp;? La question du d\u00e9sir. Celui de transgresser ou pas. A juste titre. Ou pas. Puisque vivre, c&rsquo;est aussi d\u00e9sirer. Et qu&rsquo;il va falloir apprendre \u00e0 \u00eatre avec \u00e7a. Avec ce d\u00e9sir en soi. Qu&rsquo;il nous faudra canaliser. Et tout autant embrasser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Choisis la vie&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Comme il est dit dans le Deut\u00e9ronome.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En cela, la tradition associe m\u00eame parfois <em>Zayin<\/em> \u00e0 un sexe dress\u00e9. Ou l&rsquo;on dit aussi qu&rsquo;elle est un <em>Vav<\/em> couronn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car en tant que 7<sup>e<\/sup> lettre de l&rsquo;alphabet, on l&rsquo;associe au 7<sup>e<\/sup> jour de la Cr\u00e9ation. Le jour o\u00f9 la transcendance se repose. On pourrait l&rsquo;entendre, comme certains ex\u00e9g\u00e8tes le soulignent, qu&rsquo;elle repose une part de son pouvoir en l&rsquo;humain, en cet Adam qui va devoir b\u00e2tir sa propre humanit\u00e9, tout en restant en communion avec l&rsquo;Ineffable qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Lekh Lekha<\/em>. \u00ab&nbsp;Va vers toi&nbsp;\u00bb, dit la transcendance \u00e0 Avram. \u00ab&nbsp;Quitte la maison de ton p\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quitte ce <em>Yod<\/em> par lequel tout commence, par lequel commence mon Nom, le T\u00e9tragramme. Va vers la connaissance, la mati\u00e8re, la responsabilit\u00e9. Incarne-toi, jusqu&rsquo;\u00e0 te renommer&nbsp;; jusqu&rsquo;\u00e0 trouver ton H\u00e9, ton \u00ab&nbsp;Souffle&nbsp;\u00bb, qui est la traduction de cette lettre&nbsp;; jusqu&rsquo;\u00e0 devenir Avraham.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et en \u00e9crivant cela, je repense \u00e0 la premi\u00e8re phrase de mon ma\u00eetre de calligraphie et je comprends pourquoi&nbsp;; pourquoi la guerre, ou pourquoi pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est gaucher, je suis droiti\u00e8re. Ses traits montent, les miens descendent. Quand il fait le deuxi\u00e8me trait de <em>Zayin<\/em>, il va vers sa t\u00eate. Prenant le risque, chaque fois, de la heurter.<br>Mais quand je le fais, moi, je ne peux pas la heurter, puisque j&rsquo;en sors. Comme un nouveau-n\u00e9. De cette t\u00eate qui nous fait \u00eatre. Et dont nous sommes le corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Je serai qui je serai&nbsp;\u00bb dit Dieu \u00e0 Mo\u00efse sur le Mont Sina\u00ef. Peut-\u00eatre, dit-il, entre les lignes de <em>Zayin<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je serai ce que tu feras de moi, par tes choix.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claire Marin, artiste calligraphe et auteure, nous offre ici sa vision originale de la lettre h\u00e9bra\u00efque\u05d6\u201czayin\u201d&#8230; et sa calligraphie. Pour ce troisi\u00e8me num\u00e9ro de la revue, on continue dans l&rsquo;ordre d&rsquo;apprentissage calligraphique avec la troisi\u00e8me lettre qui nous est enseign\u00e9e&nbsp;: Zayin. 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Sur le moment, bien s\u00fbr, pour la jeune apprentie que j&rsquo;\u00e9tais, cela a fait sens, puis avec le temps, ma r\u00e9flexion a \u00e9volu\u00e9 vers ma propre formulation. Et ce chemin-l\u00e0, c&rsquo;est finalement la plus juste illustration de Zayin&nbsp;: le libre arbitre. Ce libre arbitre qui nous conduit \u00e0 l&rsquo;individuation, avec une arme qui n&rsquo;est heureusement pas n\u00e9cessairement une \u00e9p\u00e9e. Car, si je reprends la phrase stricto-sensu, cela voudrait-il dire que la guerre est le seul moyen de b\u00e2tir notre identit\u00e9&nbsp;? A en regarder l&rsquo;Histoire, il semble trop souvent que oui. Pourtant, d\u00e8s le premier instant o\u00f9 j&rsquo;ai vu cette lettre, ce n&rsquo;est pas une \u00e9p\u00e9e que j&rsquo;ai vue&nbsp;: c&rsquo;est un calame&nbsp;; une plume carr\u00e9e. Une plume pour \u00e9crire, construire, traduire ses pens\u00e9es. Ce pouvoir qui nous est donn\u00e9 d&rsquo;inscrire nos propres id\u00e9es. Ou nos id\u00e9es propres. \u00ab&nbsp;Nettoy\u00e9es&nbsp;\u00bb de toutes celles qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, d\u2019histoires qui ne sont pas les n\u00f4tres, de textes qui nous ont tiss\u00e9s, de mots dont on nous a affubl\u00e9s, et que, le plus souvent, sans m\u00eame nous en rendre compte, nous r\u00e9p\u00e9tons. Oui, souvent, nous r\u00e9p\u00e9tons notre lign\u00e9e, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 Zayin nous en s\u00e9pare, pour tracer notre propre histoire&nbsp;: notre voie, notre voix, notre parole. Comme on sort de l&rsquo;\u00e9cole, des ma\u00eetres, du pass\u00e9, en allant vers sa propre destin\u00e9e. Une destin\u00e9e qui se ressent calligraphiquement. Tout comme Vav, Zayin comporte 2 traits, mais avec Zayin, le second trait change d&rsquo;axe de plume. Il choisit d&rsquo;aller dans une autre direction. Tout comme il choisit de couper en deux le Yod qui constitue sa t\u00eate. Sans la couper. Ici on ne coupe pas les t\u00eates. 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On pourrait l&rsquo;entendre, comme certains ex\u00e9g\u00e8tes le soulignent, qu&rsquo;elle repose une part de son pouvoir en l&rsquo;humain, en cet Adam qui va devoir b\u00e2tir sa propre humanit\u00e9, tout en restant en communion avec l&rsquo;Ineffable qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9. Lekh Lekha. \u00ab&nbsp;Va vers toi&nbsp;\u00bb, dit la transcendance \u00e0 Avram. \u00ab&nbsp;Quitte la maison de ton p\u00e8re&nbsp;\u00bb. Quitte ce Yod par lequel tout commence, par lequel commence mon Nom, le T\u00e9tragramme. Va vers la connaissance, la mati\u00e8re, la responsabilit\u00e9. Incarne-toi, jusqu&rsquo;\u00e0 te renommer&nbsp;; jusqu&rsquo;\u00e0 trouver ton H\u00e9, ton \u00ab&nbsp;Souffle&nbsp;\u00bb, qui est la traduction de cette lettre&nbsp;; jusqu&rsquo;\u00e0 devenir Avraham. Et en \u00e9crivant cela, je repense \u00e0 la premi\u00e8re phrase de mon ma\u00eetre de calligraphie et je comprends pourquoi&nbsp;; pourquoi la guerre, ou pourquoi pas. 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