Arts et Littérature

Vav

Vav signifie « le Crochet ». En référence au hiéroglyphe dont elle est issue et qui représentait cet objet. Un objet dont elle a gardé la forme et l’usage.

Vav est la lettre du lien. Le lien entre les contraires, entre le haut et le bas, et aussi le lien en nous-mêmes.

Elle se calligraphie en deux traits. Chaque trait est un souffle, une vie en soi. Deux vies qui vont se relier.

Yod nous a appris la concentration, Vav nous invite à la rencontre. Il n’y avait qu’un trait et voilà qu’un second arrive. Comme les enfants d’une fratrie qui doivent s’accueillir, s’accepter, se parler.

Et c’est bien là tout l’enjeu de la parole : communiquer avec l’autre. Qu’elle soit orale ou écrite, que ce soit pour des raisons affectives, commerciales ou spirituelles, les lettres sont des voies – et des voix – de circulation entre les êtres. En ce sens, elles sont un cheminement d’humanité. Une humanité que Vav porte dans son intimité.

Car en tant que 6e lettre de l’alphabet hébraïque, on l’associe souvent à l’Adam qui apparaît au 6e jour de la Création. Adam venant du mot « Adamah », qui signifie la terre. L’Adam, c’est l’humain fait d’humus. L’humain qui se verticalise pour relier la terre dont il est fait au ciel dont il émane.

Vav contient en lui ces deux axes qui doivent se rejoindre. Et c’est justement par leurs différences qu’ils peuvent le faire. Car deux traits parallèles ne se rejoignent jamais.

Calligraphier, c’est vivre cette étrangeté. Dialoguer avec ces autres traits qui nous bousculent. Découvrir l’altérité. Découvrir notre monde du « deux ».

Il est d’ailleurs intéressant de savoir que dans la Torah, qui commence justement par la 2e lettre Beth, Vav est celle qui apparaît le plus de fois. 42875 fois exactement. 42875 fois où elle est tour à tour : conjonction de coordination, changement de temps des verbes, voyelle, consonne.

Vav connaît toutes les places, tous les rôles. Elle est au cœur de tout. Au cœur de nous.

A l’image de la Séfirah Tiferet dans l’Arbre de Vie, et qui, elle aussi, est à la 6e place.

Tiferet que l’on traduit par « Beauté » ou « Harmonie ». Une harmonie vers laquelle convergent toutes les autres Séfiroth, et à laquelle on associe le patriarche Jacob.

Jacob qui, après s’être confronté à « l’homme » – et non pas à un ange comme de nombreuses traductions l’indiquent – va devenir boiteux et sera alors renommé « Israël ».

On pourrait presque entendre « renommé » au sens de reconnaissance. Jacob a appris à se connaître lui-même, à accueillir tous les contraires qui l’habitent pour en faire unité. Unité au sein de sa propre terre. Une terre qui va lui permettre de s’ériger. Même en biais.

Ce qui résonne avec le second trait de Vav, dont l’orientation de la plume est oblique. Tandis que le trait lui, est vertical et droit. La Tour de Pise en resterait baba.

Cette catégorie de trait est nommée « la potence ».

Un mot qui fait peur et qui est pourtant bien plus positif que l’outil auquel il est associé. Comme si nous avions dévié son sens initial. Comme ce risque permanent de l’humanité : celui de dévier. Parfois de manière heureuse. Et parfois l’inverse. Parfois, en déviant, nous perdons notre axe, et avec lui, le sens véritable des choses.

Car étymologiquement, potence est emprunté au latin potentia, qui signifie « appui, puissance, force, pouvoir ». Puis lentement, on en est arrivé au sens plus concret de « béquille » ou de « support pour pendre ou suspendre ».

Alors notre humanité nous proposerait-elle à de choisir entre devenir pendu ou boiteux ?

Peut-être.

Peut-être que nous devons accepter ces fragilités en nous-mêmes pour nous relier au monde. Nous relier avec la conscience de Vav.

Cette lettre qui cherche à monter une échelle d’humanité. Une humanité boiteuse et pendue à des blessures dont elle ne sait que faire.

Et où pourtant, toujours des Vav se dresseront pour nous lever chaque matin avec le profond désir de faire grandir l’Harmonie.

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