De l'antisemitisme...

Vous avez dit “Génocide” !?


L’antisionisme moderne se déploie aujourd’hui sous de nouveaux noms à partir de quatre invariants historiques de l’antisémitisme.
Ces quatre invariants relèvent d’une même volonté ancestrale : effacer le judaïsme des faces de la terre.

Ces quatre slogans sans cesse répétés, amplifiés par les médias et les réseaux sociaux, sont :

  • Le “génocide” qui n’est rien d’autre qu’une appellation moderne pour l’ancien “ déicide”.
  • Le “colonialisme” qui reprend sous une forme “anti-impérialiste” la caricature du Juif “qui dirige le monde”, celui qui s’accapare toutes les richesses. 1
  • « L’apartheid” qui modernise la vieille accusation de “ repli sur soi particulariste” et des “Juifs qui se serrent les coudes”.
  • “Le “suprémacisme” qui actualise le rejet traditionnel du “peuple élu“ qui se prendrait pour une élite, menaçante pour tout le reste du monde.

L’objectif des antisémites reste le même que dans la première moitié du XXème siècle : chasser les Juifs. Les Juifs étaient alors sommés de quitter les pays où ils vivaient pour revenir chez eux. Maintenant ils sont sommés d’abandonner leur “chez eux”.

Pour aller où ?

Notre revue “Avraham! Avraham ! “ propose une radiologie de ces quatre têtes de chapitre de l’hydre antisémite, numéro par numéro.

Dans ce numéro nous abordons la question du “génocide”.

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Résumé :

L’article montre en quoi l’accusation de “génocide” portée contre Israël ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Elle est même beaucoup plus ancienne ! Il suffit de la relier aux plus vieilles accusations portées contre les Juifs par les chrétiens, les musulmans, et avant eux par les païens. Dans ces temps passés, mais encore très présents, les Juifs furent accusés d’être “déicides”. Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui les ont accusés d’avoir tué Jésus. pour avoir tué Jésus. Ils furent aussi accusés par les musulmans d’avoir été les “assassins du Prophète Muhammad (ou Mahomet) ». Bien avant les païens les avaient désignés comme “destructeurs de dieux”. Assassiner ces références saintes, vitales pour ces peuples, n’est-ce pas aussi vouloir les détruire ?

Ces pourquoi certains n’hésitent pas à voir dans la Torah elle-même ou dans d’autres textes juifs anciens, la source du soit-disant génocide commis par les Juifs. L’Israël moderne ne ferait que s’inscrire dans cette continuité. En cela, les antisémites parlent à visage découvert. Ils regrettent clairement que “Hitler n’ait pas fini le travail “ comme certains l’expriment de plus en plus ouvertement.

L’article s’efforce de démontrer en quoi la Torah et les textes juifs non seulement visent la paix et la fraternité, mais encore en étudient les conditions.

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Vous avez dit “Génocide” !?


Aujourd’hui beaucoup de pays dans le monde voient des foules crier “Israël “génocidaire”, et par extension “ Juif “génocidaire”. Ce slogan, à force d’être répété, finit pas sembler vrai. Même des gens, en apparence de bonne foi, semblent y adhérer. La méthode Goebbels est toujours d’actualité : « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge. Répété dix mille fois, il devient une vérité. »


Cette accusation est sans doute la plus meurtrière des accusations portées contre Israël et les Juifs. Qui voudrait discuter gentiment avec un “génocidaire” ? Un génocidaire, ça s’élimine. Pas d’autre choix moral possible. Tel est l’enjeu.

D’où vient le succès de cette accusation ?

Il suffit de se pencher un peu sur l’histoire pour s’apercevoir que la volonté d’attribuer un génocide à Israël ne date pas de la dernière guerre de Gaza. Elle est employée pour la première fois lors de la 3ème session régulière de l’AG des Nations Unies qui s’est tenue à Paris du 21 septembre au 12 décembre 1948. Nous sommes au lendemain de la Shoah. L’Etat d’Israël naissant avait accepté le plan de partage prévu par la résolution 181 de l’ONU : l’instauration de deux Etats Juifs et Arabes2 sur la terre de la “Palestine Mandat Britannique”.

Israël avait alors accepté un territoire de 14 000 km2 dont 13 000 km2 de désert. Ce n’était qu’un pauvre confetti dans un océan arabo-musulman. Pourtant ce pauvre confetti sans importance fut insupportable aux Etats arabes environnants. C’était encore trop pour eux. Selon leur interprétation de l’Islam, aucun m2 d’une terre musulmane ne pouvait devenir mécréante, et encore moins juive.

C’est pourquoi, au lendemain de la Déclaration d’Indépendance d’Israël, le 14 mai 1948, les armées de tous les pays arabes3 ont décidé d’en finir avec cette souillure. Leur but était clair : exterminer tous les Juifs qui y vivent et reprendre le terrain. C’est paradoxalement après avoir lancé cette attaque exterminatrice que les diplomates arabes présents à la Conférence de Paris se sont mis à hurler “au génocide ” contre les Juifs !!! Ils accusaient juste après avoir eux-mêmes déclaré la guerre ! Il est vrai que celle-ci ne se déroulait pas selon leurs espérances. Ils devront accepter provisoirement leur défaite le 20 juillet 1949.

Les Etats arabes feront perdurer l’accusation « génocidaire » sous le nom de « Nakba » (catastrophe ou désastre). C’est le nom qu’ils ont trouvé, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour faire pendant à la Shoah, et surtout pour faire des victimes, à peine sorties de l’enfer des camps nazis, des bourreaux.

La fuite ou parfois l’expulsion de 700 000 habitants arabes du territoire du nouvel Israël sera alors comparée sans aucune honte à l’extermination de 6 millions de Juifs, méthodiquement et industriellement assassinés par les moyens technologiques les plus affûtés de la civilisation moderne.

Aujourd’hui on trouve pareillement des soi-disant “survivants de l’Holocauste gazaoui” qui se répandent sur les réseaux sociaux. L ’expulsion de 800 000 Juifs d’Orient fut ensuite passée sous silence. Sans parler des expropriations et des massacres qui l’ont accompagnée. C’est donc depuis la création même de l’Etat d’Israël que les Etats arabes ont crié « au génocide » contre les Juifs… tout en s’efforçant, de les exterminer. Sans réussite très heureusement.

Rassurez-vous, les Etats arabes d’alors ne restèrent pas isolés pour crier « au génocide »! Dès 1956, l’URSS soutient cette accusation par la bouche de son dirigeant Nikita Kroutchev, le successeur de Staline. Celui-ci parle d’abord “seulement” de “crimes contre l’humanité”. Puis après une nouvelle agression arabe suivie d’une nouvelle lourde défaite en 1967, l’URSS reprendra, cette fois ouvertement, l’accusation de “génocide” à son compte.

On ne comprend pas cette “erreur” de vocabulaire des Russes. Ils étaient pourtant experts en massacres de masse. Le Goulag a fait près de 4 millions de victimes, sans compter les famines réellement orchestrées et les exécutions extra-judiciaires qui portent le total à 1O millions de morts4. Mais c’était de « bonne politique » si l’URSS voulait jouait sa partition au Moyen-Orient dans le cadre de la guerre froide.

Qu’est-ce qu’un génocide en droit ?

Le juriste Raphaël Lemkin, d’origine juive polonaise, a inventé le mot “génocide” dans son livre “Axis Rule in Occupied Europe” publié en 1944. Il voulait décrire ainsi l’extermination systématique des Juifs par les nazis.

La convention du 9 décembre 1948 de l’ONU, a défini des bases juridiques strictes pour le caractériser5. Elles ne correspondent en rien à la situation au Moyen-Orient, ni hier, ni aujourd’hui. Ce qui caractérise d’abord un génocide c’est la volonté, l’intention affirmée d’en finir avec une population en raison de son identité. Rien d’autre.

Par exemple, quand Ahmed Choukeiry, premier président de l’OLP et marionnette de Nasser, criait “les Juifs à la mer ! ”, il y avait bien là une intention génocidaire.


Mais surtout, on peut se poser la question : comment parler d’un peuple “palestinien génocidé » depuis 1948 alors que, depuis cette époque, son dénombrement est passé de 760 000 personnes (estimations du Foreign Office à cette date) pour atteindre 5 616 203 au jeudi 16 octobre 2025, d’après l’élaboration par Worldometer des dernières données des Nations Unies. Et cela grâce aux bons offices de l’UNRWA. Cet organisme onusien a fait de ce peuple le seul au monde dont le statut de réfugié se transmet comme un héritage de génération en génération. Le peuple juif, lui, n’a pas eu le soutien de l’UNRWA. De ce fait, 80 ans plus tard, il n’a toujours pas surmonté les conséquences démographiques de l’extermination nazie de 1939 – 1945.

Si donc l’accusation de génocide contre Israël et les Juifs ne tient ni juridiquement, ni dans les faits, on peut se demander à quoi tient son succès. Pourquoi tant de manifestants à travers le monde brandissent des pancartes qui rendent Israël et les Juifs coupables de “génocide” ?

Du déicide au génocide une accusation millénaire !

Nous plongeons là dans l’inconscient historique des peuples. Depuis sa formation le peuple hébreu a été en butte aux accusations les plus terribles qu’on puisse imaginer en fonction des époques.

Peu de gens lui ont pardonné de s’être formé autour d’un Livre (La Torah) qui proposait une Éthique pour le “vivre ensemble “ comme on dit aujourd’hui.


Quand le Dieu des chrétiens, puis de l’Empire Romain et de ses descendants dominait encore le monde européen, et même au-delà, la survivance des Juifs paraissait incompréhensible. Leur refus de la “Bonne Nouvelle” sapait la validité du message clérical. Il fallait trouver une accusation qui soit à la hauteur de leur audace. Elle fut rapidement trouvée : les Juifs étaient des déicides. Déjà, certains textes évangéliques6, puis Justin Martyr (vers 100-165 de l’EC), Méliton de Sardes (vers 160-170 de l’EC) et Origène (vers 185-254 de l’EC) allaient développer encore plus explicitement cet argument radical. Quoi de pire que d’avoir tué “Dieu” lui-même pourtant réputé immortel ? “Déicide” deviendra un mot d’ordre meurtrier pour les Juifs à travers les âges.

Le monde musulman reprendra à son tour cette figure du Juif tueur, mais sous une autre forme. Une juive aurait empoisonné le prophète Muhammad ( ou Mahomet).7

L’accusation de “déicide” ou de “prophéticide”8 s’est transformée en accusations plus concrètes dès le Moyen-Age. Ce fut l’accusation de sacrifier des enfants d’abord chrétiens et plus tardivement musulmans. Le premier fait documenté remonte à 1144 en Angleterre avec William de Norwich. Ce petit garçon de 12 ans est retrouvé mort. Un moine accuse alors les Juifs de l’avoir crucifié en parodie du Christ. Ils auraient reproduit le “déicide” afin d’extraire son sang pour fabriquer les matzot9 de Pessa’h (Pâques). Il s’ensuivit un vaste pogrom. Le culte du « petit saint martyr » a persisté au moins jusqu’au 20ème siècle, et peut-être persiste-t-il encore. Ce ne fut que le premier connu d’une très longue série.

Dans le monde musulman, ces accusations sont beaucoup plus récentes. Elles culminent au XIXe siècle, et se développent avec la colonisation européenne et ses missionnaires. La plus célèbre fut l’affaire de Damas en 1840 où un moine italien et son serviteur musulman disparurent. Les Juifs furent encore accusés d’avoir fabriqué des matzot avec leur sang. Résultat : 3 Juifs torturés (2 meurent, 1 se convertit) ; 63 enfants juifs pris en otages ; des synagogue pillée … Ces accusations toutes fondées sur l’utilisation du sang des enfants pour fabriquer des matzot perdurent jusqu’aujourd’hui dans le monde musulman au travers de séries télévisées ( par exemple, la série TV « Ash-Shatat »), des livres, des sermons ( sermon en 2015 à la mosquée Al-Aqsa ).

Peu importe que la Torah interdise explicitement de manger du sang animal et encore moins humain9. Les rumeurs sur le fait que les Juifs sont censés tuer volontairement des enfants perdurent et s’appliquent évidemment à Gaza.

Mais on trouve, dans l’histoire, d’autres accusations calomnieuses contre les Juifs induites par le “déicide”. Lors de la Grande Peste Noire (1347 – 1351 de l’E.C.), ils furent soupçonnés d’avoir empoisonné des puits. On ne compte plus les villes où les Juifs furent rendus responsables de la Grande Peste. Ils furent torturés, brûlés, massacrés en conséquence. Les noms les plus connus pour ces persécutions sont les villes de Strasbourg, Toulon, Saverny, Bâle… en Occident. En Orient, Le Caire, Bagdad, Damas…furent aussi le théâtre d’exactions anti-juives.

Le déicide a toujours conduit directement à considérer le Juif comme un assassin, auteur des crimes les plus odieux, contre les enfants, ou contre des peuples innocents. On n’est pas loin du “génocide” !!!.

Une radicalisation des pratiques païennes ?

Les païens de l’Antiquité pré ou post chrétienne reprochaient déjà aux Juifs de rejeter leurs Dieux 11 au profit d’un “Dieu” incompréhensible parce qu’invisible.

Dans son “Aegyptiaca”, le prêtre et historien gréco-égyptien Manéthon accuse les Juifs (identifiés aux Hyksos ou « lépreux » conduits par Moïse) d’avoir profané les temples égyptiens et détruit et offensé les images des dieux.

Apion (1er siècle de l’EC) reprendra cette version. Paraphrasé par Flavius Josèphe, il dira : « Ces lépreux, menés par Osarseph [Moïse], s’emparèrent des temples égyptiens, brisèrent les statues des dieux, massacrèrent les animaux sacrés d’Apis et forcèrent les prêtres à fuir. Ils instaurèrent un culte impie, rejetant les divinités sacrées de l’Égypte. »

Dans l’antiquité, la destruction des Dieux n’était pas très différente de la destruction du peuple qui l’adorait. Quand un peuple était battu à la guerre, c’était aussi son Dieu qui disparaissait. Détruire des Dieux c’était aussi détruire le peuple qui les adorait et inversement. Dire des Juifs qu’ils brisent des dieux, c’était déjà une accusation de génocide avant même que le mot n’existe.

Le déicide est passé de mode en Occident

Déjà à l’époque de la Shoah, l‘accusation de déicide contre les Juifs était en recul. Les nazis lui substituèrent la notion de race. Cela lui donnait un air plus “scientifique”. Il s’agissait bien sûr d’une “race dégénérée” ou “parasite” , autrement dit, des “sous-hommes” (“untermenschen” en allemand ).

Peu de gens accusent encore les Juifs d’être “déicides”. Ça ne parle plus à grand monde dans nos civilisations désacralisées. Par ailleurs, peu de gens osent reprendre ouvertement la phraséologie nazie pourtant bien répandue dans le monde arabe. Il reste une accusation complètement en phase avec l’idéologie des « droits de l’homme » : le « génocide ».

De plus, le « génocide » tombe bien. Si les Juifs eux-mêmes commettent un génocide, ouf, quel soulagement ! Plus même besoin d’avoir mauvaise conscience à cause de la Shoah. Finalement, tout le monde est coupable. même les Juifs, surtout les Juifs !!! Et beaucoup de se sentir soulager.

La Torah serait-elle génocidaire ?

Certains “pro-palestiniens” en réalité “pro Hamas” se sentent si fort qu’ils ne se cachent plus. Ils affirment ouvertement combattre les Juifs et pas seulement le sionisme. Les plus érudits d’entre eux pointent du doigt les passages de la Torah où il est question d’en finir avec les 7 Nations cananéennes, ennemies irréductibles du peuple hébreu. Ils peuvent aussi citer la conquête de Canaan dans le Livre de Yehoshua11 12. Certains traduisent même qu’il s’agissait de les exterminer. Et dans ce cas, ce ne serait pas seulement les Israéliens qui seraient aujourd’hui génocidaires mais bien tous les Juifs qui se réclament de la Torah et de la Bible hébraïque.

Comment répondre à ces infamies ?

Tout d’abord il faut noter que le nombre de ces populations cananéennes peut varier de 10 14 à 6 selon les passages choisis . Cela signifie déjà qu’ils ne sont pas visés pour eux-mêmes mais pour ce qu’ils incarnent.

Il y a plusieurs termes qui sont employés pour désigner la manière d’agir vis-à-vis de ces populations. Les verbes hébreux employés pour décrire l’action contre les peuples cananéens15 sont appuyés sur des racines trilitères qui peuvent avoir plusieurs sens et laisser libre cours à l’interprétation :

  • Ḥerem (חרם) : le terme ‘Ḥerem peut se traduire par “détruire”, mais aussi par “écarter de l’usage commun” (voir Georges Lahy – “Racines hébraïques usuelles”). Si on inverse les lettres comme le font nos Sages par la méthode du צרוף(tsérouph), cela donne רחם -ré’hemla matrice”.
  • Yarash (ירשׁ) : “déshériter”, “déposséder” ou aussi l’inverse “hériter”, “s’approprier”. L’inversion des lettres donne ישר (iachar) – “ être droit”.
  • Shamad (שׁמד) veut clairement dire “anéantir”, “détruire complètement”. Le terme est relativement unilatéral mais l’inversion des lettres donne שדם (shadam)ou le terrain sur lequel on peut construire.
  • Karat (כרת) signifie “retrancher”, “éliminer” au sens de “bannir”, “exclure”. Ce verbe peut s’appliquer à des Hébreux qui n’appliquent pas la Loi. En inversant les lettres on obtient : כתר (katar) ou “couronner”.
  • Garash (גרשׁ) donne “expulser”, “chasser” mais cela peut donner peut donner שרג (charag) ou “enlacer”.

Ces inversions peuvent paraître superficielles. Elles sont très profondes. Dans la tradition juive chaque lettre possède une énergie qu’il est possible d’accommoder autrement en les inversant et en mettant ainsi à jour d’autres significations.

Le chercheur et enseignant universitaire Hervé Zénouda indique que “ L’étude juive étant le lieu de l’interprétation infinie, celle-ci développe un ensemble d’outils conceptuels pour ouvrir le texte, ouvrir les mots excluant ainsi toute fixation du sens. Ce qui est transmis ici, de génération en génération, ce n’est donc pas des contenus sémantiques précis et figés mais une méthodologie de production de sens sans fin.”

Le refus juif de l’unilatéralité du sens est non seulement une garantie contre le dogmatisme, mais un outil pour rechercher la vérité toujours plus profondément. Cela signifie ici que la référence à la destruction de ces peuples peut avoir beaucoup de sens différents qui relativisent l’agressivité du propos.

Et il est clair dans les commentaires de nos Sages qu’il n’est pas question d’exterminer des populations.

Pour Rachi15 et le Midrash Bereshit Rabbah (44:23), les noms cananéens écrits dans la Torah ne désignent pas des populations à détruire. Il s’agit d’une simple désignation géographique. Elle délimite la terre donnée par la Transcendance à la descendance d’Avraham16.

D’autres commentaires indiquent qu’il s’agit d’éradiquer les pratiques de ces peuples,. Il s’agit d’en finir avec les sacrifices humains, et tout spécialement les sacrifices d’enfants offerts sur des bûchers aux idoles. On pourrait parler d’un droit d’ingérence contre des pratiques inhumaines prônées par l’idolâtrie17. Cela rend d’autant plus curieuse l’accusation portée contre les Juifs de vouloir tuer des enfants.

D’autres textes limitent la portée de ces versets. Ils disent qu’avant toute guerre, il faut proposer la paix et voir si les peuples concernés acceptent des lois plus humaines. Si c’est le cas, il n’est plus nécessaire de s’en prendre à ces peuples18. Si ces peuples acceptent des lois plus humaines sans pour autant adopter toute la Torah, il sera possible de vivre en harmonie avec eux19.

Enfin pour certains autres auteurs, ces peuples ne font que représenter symboliquement le mal dans l’âme humaine21.

Bien entendu toutes ces interprétations ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Elles restent ouvertes et adaptables selon le moment.

Comme on le voit très clairement, le but des Juifs n’a jamais été d’exterminer mais d’“humaniser” l’humanité dans son ensemble : si on progresse dans ce sens, les mots peuvent eux aussi se transformer et prendre un autre sens pour dénouer les blocages qui conduisent à la sauvagerie…

En tous cas aucun Juif, y compris aujourd’hui, ne souhaite la guerre. Il souhaite juste pouvoir vivre librement et en paix, en tant que Juif, comme il souhaite cette même liberté de vivre à chacun selon son identité. A condition que cette identité ne soit pas fonder sur la haine et le désir d’extermination.

Nous le savons, la Torah a toujours choisi la vie contre la mort 21. “Choisis la vie afin que tu vives…”

Gérard Shmouel Feldman

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Notes :

https://www.sefarim.fr/Pentateuque_Gen%E8se_15_20.aspx
https://www.sefarim.fr/Pentateuque_Gen%E8se_15_20.aspx
  1. Ce thème a été particulièrement développé dans “Le protocole des Sages de Sion”. C’est un très célèbre faux de la police secrète tsariste, publié en 1903 en Russie. Il fut rapidement traduit dans toutes les langues de la terre et devint un best-seller. C’est aujourd’hui une référence dans beaucoup de pays arabes et la Charte du Hamas s’y est référé pour justifier son antijudaïsme.

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  2. Les seuls “palestiniens” de l’époque étaient les Juifs qui vivaient sous la tutelle britannique (Palestine Mandat Britannique). Aucun pays arabe ne revendiquait un Etat “palestinien ”.
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  3. Les pays qui ont déclaré la guerre à Israël sont au nombre de 7 : l’Egypte, l’Irak, la Transjordanie, l’Arabie Saoudite, la Syrie, le Liban , le Yémen. Cela fait naturellement penser à la Bible hébraïque ! Ces 7 nations ne correspondent-elles pas aux 7 peuples cananéens désignés comme ennemis irréductibles d’Israël : Hittites (Héthiens), Girgashites (Guirgashites) Amorites (Amorrhéens) Cananéens (au sens spécifique), Périzzites Hivites (Héviens) Jébusites (voir Devarim -Deutéronome 7:1-2 même si le nombre de peuples concernés a pu varier dans la Torah.
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  4. Ces estimations s’appuient sur les travaux d’historiens ayant accédé aux archives soviétiques Viktor Zemskov, J. Arch Getty, Nicolas Werth) et sur des études publiées dans Le Goulag (Werth, 2017) ou dans l’American Historical Review (1993).
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  5. Il s’agit de la convention pour la prévention de la répression du crime de génocide (art II). Elle définit clairement le génocide. Celui-ci désigne les actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Il est clair qu’Israël n’aurait eu aucune intention d’attaquer Gaza et ses habitants s’il n’y avait eu la razzia génocidaire du 7 octobre 2023 qui a suivi les nombreuses attaques à la roquette subies depuis des années. De même Israël n’a jamais, au cours de son histoire déclenché aucune guerre contre quelque peuple arabe que ce soit.
    ↩︎
  6. Matthieu (27:25), actes des Apôtres (2:23, 3:15), puis dans les Épîtres de Paul dans 1 Thessaloniciens 2:14-15, où il est écrit assez clairement écrit que les Juifs « ont mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes ».
    ↩︎
  7. Selon de nombreux hadiths (tradition relatives aux actes et aux paroles du prophète en Islam) que reprendra l’historien Al-Tabari ((839 – 923 de l’E.C.) dans son “Histoire des prophètes et des rois “- la veuve d’un chef juif tué à Khaybar, Zaynab bint al-Harith, aurait préparé un mouton empoisonné pour le Prophète qui ne s’en serait jamais remis. Cette histoire alimente la réputation du Juif “empoisonneur” dans le monde musulman.
    ↩︎
  8. Excusez le “néologisme”.
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  9. Pain azyme que les Juifs mangent pendant les jours de Pessa’h (Pâques).
    ↩︎
  10. On en retrouve le texte explicite dans Bereshit/Genèse 9,4 qui se trouve dans la Sidra intitulée Noah en hébreu ou Noé en français. Une Sidra (au pluriel Sidrot) est une des 54 sections de la Torah qui est lue chaque semaine par les Juifs pratiquants. Cette appellation est celle des Juifs ashkénazes (ou issus d’Europe centrale ou orientale). Les Juifs sépharades (issus de l’expulsion d’Espagne de 1492) et vivant dans le monde oriental appellent ces sections des parachiot (au singulier, paracha). ↩︎
  11. Manéthon de Sebennytos (IIIème siècle avant l’EC) fut un grand historien. Ses écrits ont beaucoup aidé à reconstituer la succession des dynasties des pharaons égyptiens. Apion fut un grammairien égyptien hellénisé d’Alexandrie au 1er siècle après l’EC. Il est surtout connu grâce à Flavius Josèphe qui réfuta ses écrits dans un livre qui nous est resté :”Contre Apion” ou “Sur l’antiquité des Juifs”.
    Flavius Josèphe fut un général juif fait prisonnier par les Romains. Il obtint la citoyenneté romaine et devint un grand historiographe du judaïsme et mourut en l’an 100 de l’EC.Tacite (58 – 120 de l’EC) fut un sénateur romain et un grand historien.
    ↩︎
  12. Le Livre de Yehoshua, appelé Livre de Josué est le Livre de la Bible hébraïque qui raconte la conquête de Canaan par les tribus d’Israël.
    ↩︎
  13. La chaîne de télévision du Hezbollah Al-Manar le fait régulièrement, mais aussi des auteurs comme Regina Schwartz (The Curse of Cain) ou Keith Whitelam (The Invention of Ancient Israël, 1996). Là encore ces opinions modernes sont inspirées par des textes beaucoup plus anciens : ceux de Jean Chrysostome (IVe siècle, Discours contre les Juifs) et de bien d’autres déjà cités pour le christianisme; on peut citer Sira d’Ibn Ishaq (m. 767, Al-Sira al-Nabawiyya, Tafsir d’Al-Tabari (m. 923, Jami’ al-Bayan) et bien d’autres pour l’Islam.
    ↩︎
  14. Bereshit ou Genèse 15, 19 à 21.
    ↩︎
  15. 15:18-21https://www.sefarim.fr/Pentateuque_Gen%E8se_15_19.aspx
    Ces verbes apparaissent principalement dans les 2ème, 4ème et 5ème Livres de la Torah ( Shemot/Exode, Bamidbar/Nombres et Devarim/Deutéronome, .Dans Bereshit/Genèse 15:19-21, il est fait référence à 10 peuples mais aucun de ces verbes n’est utilisé, car le texte se concentre sur la promesse de la terre, pas sur sa conquête immédiate.
    ↩︎
  16. Grand commentateur Juif, français du Moyen Age ( 1040 – 1105 de l’EC ).
    ↩︎
  17. Le Midrash Rabbah Bereshit est un livre de commentaires sur le livre de la Genèse (Bereshit) écrits pas des rabbis ou maîtres entre le Vème et VIème siècle de l’EC.
    ↩︎
  18. Les références sont nombreuses dans les textes (Vayiqra/Lévitique 18:21, 20:2-5, Devarim/Deutéronome 12:29-31 et 18:9-12, Talmud de Babylone (Sanhedrin 64a), Talmud de Babylone (Yoma 82a) Rachi et Midrash Tanhuma – Ki Tetze 1 ; Sifrei Devarim Piska 202 ; Bereshit Rabbah 44:23.).
    ↩︎
  19. Talmud de Babylone, Sotah 35b ; voir aussi Chemot Rabbah 26:2, Nahmanide – Commentaire sur la Torah.
    ↩︎
  20. Talmud de Jérusalem Shevi’it 6:1, 36c., Maïmonide dans Mishné Torah, Hilchot Melachim 5:1, 6:1.. ↩︎
  21. Sifrei – Sifrei Devarim, Piska 202, Bahya -Chovot HaLevavot, Porte de la Soumission.
    ↩︎
  22. Devarim/ Deutéronome 30/19 : וּבָֽחַרְתָּ֙ בַּחַיִּ֔ים לְמַ֥עַן תִּחְיֶ֖ה אַתָּ֥ה וְזַרְעֶֽךָ׃ trad. : “Choisis la vie afin que tu vives toi et ta descendance”. https://www.sefarim.fr/Pentateuque_Deut%E9ronome_30_19.aspx ↩︎

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